365 jours : une partie d’échecs avec soi-même

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365 jours, c’est long ! C’est court, d’autres s’époumoneront à vous dire ! 0ui, c’est court pour les êtres humains que nous sommes. Surtout si l’on considère que nous vivons soixante-dix années en moyenne, et seulement quelques instants fugaces ou furtifs — à chacun d’entre nous de définir l’adjectif qui lui sied le mieux — de pleine conscience. La pleine conscience ? Qu’est-ce que c’est encore ce truc-là ? Pas la moindre idée ! Il y a deux ans, un livre de Christophe André m’est tombé dessus et m’a conduit par rebond vers John Kabat-Zinn. Deux éminents activistes de la question.

365 jours, c’est long ! La vie nous malmène, nous bouscule, nous berce, nous tiraille, nous gâte, nous brise, nous réjouit, nous illumine, nous gifle, nous éveille, nous illusionne… Nous sommes la Vie. 365 jours, c’est court ! Car une seule pensée, répétée maintes fois, peut nous révéler à nous-mêmes pour le pire et pour le meilleur. Une seule (in)action et c’est tout notre monde qui se trouve changé et métamorphosé en paradis ou en enfer. Nous sommes à la fois les maîtres et les serviteurs de notre destinée. Et alors, la pleine conscience dans tout ça ? Pas la moindre idée. Parfois, on a tout gagné et on se sent abattu et épuisé. Parfois, on a tout perdu et on se sent libre et soulagé, comme grandi en quelque sorte. C’est à n’y rien comprendre !

365 jours pour être. Pas pour avoir. Pas pour devenir. Pas pour faire. 365 jours pour être. Nous sommes tous portés sur la chose. Quelle chose ? Devenir ! Nous voulons devenir celui-là ou faire comme celle-là ! Nous sommes obnubilés par nos élans schizophréniques. Ressembler à… être comme… les magazines nous endorment, les écrans nous ensorcellent et nous nous égarons dans une forêt de délires imaginaires. Vouloir avoir toujours plus est contraire à nos besoins spirituels. Le « toujours plus » cache le besoin de moins. Et seul « le moins » délivre notre être de sa camisole nombriliste. J’en déduis que la pleine conscience, ce serait d’une part accepter ce qui est sans illusions ou affabulations et, d’autre part, comprendre simplement que, dans l’instant présent, nos pensées impactent nos mots et nos corps (physique, psychique, éthérique et astral). Ce serait aussi assimiler que si l’on pense une chose, que l’on en dit une autre et que l’on agit encore autrement, notre vie ne peut être que désordre. Tiens, tiens, vous m’en direz tant…

Et encore ? La pleine conscience, ce serait percevoir que notre nourriture est physique, mais aussi visuelle, olfactive, verbale, sensorielle, auditive, sentimentale, énergétique, émotionnelle et relationnelle… Il en va de même de notre hygiène ! Ce serait également accepter que nous ne plaisons pas à tout le monde, que nous ne pourrons pas aimer tout le monde non plus et que nous disposons même du choix de déplaire si cela nous chante. Ce serait digérer qu’il faut laisser derrière soi certaines habitudes, envies, postures… pour faire place à de nouvelles. Ce serait accepter d’avoir des hauts et des bas, des maux variables, des crises passagères, des frustrations accablantes, de vives émotions, de mornes passions, sans critiques, sans culpabilisation et sans jugement. OK et après ? Après, ce serait arrêter de secouer notre mental dans tous les sens tel un hochet avec des stimuli visuels à longueur de journée.

365 jours, c’est court ! Alors arrêtons de nous répandre en long, en large et en travers sur les réseaux sociaux. Contrairement au purin que l’on déverse dans les champs pour les enrichir, nous, nous nourrissons gratuitement la blogosphère en répandant notre temps, notre énergie, notre substance, nos silences et notre existence pour le bonheur des Big Data… Cet acte masturbatoire compulsif et individualiste ultime est contraire à notre bien-être. La preuve en est que, dans notre société, les gens qui se sentent seuls sont de plus en plus nombreux (rien qu’en France, cinq millions de personnes, soit trois quarts des 18-24 disent se sentir seuls). La maladie de notre société occidentale : nous sommes riches matériellement, hyperconnectés et tellement seuls, parce que pauvres de cœur. Il faudrait inverser la tendance. L’unique moyen pour ce faire est de se confronter aux autres, à l’humain, de délaisser les écrans et de mettre du sens dans nos assiettes. Sans quoi, la grande dépression collective nous guette. Alors quoi ?

Be happy! Be Love ! Be yourself! Be connected! Be different! Be good! Be cool! Be safe! Be kind! Be smart! Be healthy! Be famous! Be quiet! Be strong! Be original! Be curious! Be the change! Eat, pray, fuck, work, breath, sleep… STOP ! Accepter de faire moins, de paraître moins, permet de se recentrer sur ses priorités, sur ses valeurs, sur ses envies intimes, sur ses projets… S’engager pour les autres, pour sa commune, pour l’intérêt citoyen… Se recentrer simplement en observant le monde qui nous entoure, en écoutant son cœur, en suivant sa respiration, revenir à soi... Se donner du temps. Accepter de ne rien faire. La pleine conscience, ce serait peut-être d’arriver à vivre avec nous-mêmes, avec nos imperfections, avec nos travers, avec nos contradictions, avec nos incohérences et à en rire. Oui, en rire, parce que nous les observons, parce que nous nous connaissons et que nous reconnaissons par ce biais notre véritable nature composée d’aspérités et de rugosité. C’est pour cette raison que nous nous aimons, que nous aimons les autres et que cette foutue vie est si merveilleusement géniale ! Parce que, finalement, « la pleine conscience » est une aventure sans fin dont nous sommes les artisans…

 

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