Soudan, une planète en détresse

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Chaque homme, chaque enfant, chaque femme est un univers. Chaque ville est une constellation. Chaque pays est une Voie lactée. Ayant abandonné et perdu de vue les étoiles, la civilisation du lucre, a délaissé sa liberté de rêver, et donc de créer. Absorbés par les lumières artificielles de ses écrans et celles de ses luttes intestines, devenues obsessionnelles en Europe occidentale, notamment celle pour sauver la planète, nous avons omis un léger détail. À savoir que partout où les lois sont absentes, où la justice ne peut être appliquée sur des bases légales, où les plus riches règnent en maîtres, il ne subsiste qu’autocraties et dictatures.

 

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Le Soudan, parmi tant d’autres cas, est une planète en détresse. Soudan, pays aux guerres tribales, ethniques, nationales, régionales, internationales... et ce depuis des décennies. Un pays coupé en deux par ceux-là même qui prétendent vouloir soulager la planète de ses maux. Un Nord en crise entre société civile et une mainmise militaire, entre rigorisme religieux et velléités de démocratie. Partout des communautés locales qui peinent à cultiver les sols, à se nourrir et dans le même temps des terres cultivables cédées en grand nombre aux monarchies pétrolières jusqu’à la Corée du Sud. Pays qui a reçu, des milliards de dollars d’aides. Des aides des américains, des évangélistes, des européens, des églises, des saoudiens, des chinois, des sociétés d’extraction en tout genre, d’investisseurs étrangers, de bailleurs de fonds, de l’Union africaine, de la Troïka (États-Unis, Royaume-Uni, Norvège), du système onusien, du FMI, de l’Europe, des russes... des aides encore et toujours. Mais des aides pour faire du bien à qui ? ou à quoi ? et comment ?

Car au Sud, après tant de barbarie, de violence, de souffrance, de corruption et d’ingérence où sont-elles les infrastructures, les administrations, les démocrates du 193ème État membre des Nations Unies ? Après tant de palabres où est-elle stabilité étatique ? Et qu’est-il advenu de l’unité nationale ? Le monde entier est au Soudan, un peu comme des convives s’invitant à un banquet planétaire. Paradoxe suprême, il ne manque que le Soudan à la table des festivités. Les uns tirent les ficelles, les autres maintiennent le statu quo. Dans le Sud, des centaines d’initiatives essayent de raccommoder les processus de paix sur un canevas sans ossature. Dans le Nord, l’Arabie Saoudite, mais pas que… influence la gouvernance et les orientations économiques. Un peu comme si le corps soudanais ne disposait plus de sa capacité décisionnelle et opérationnelle. Sous la baguette historique de l’Egypte, puis celle des anglais, les peuples soudanais ont-ils eu un jour cette capacité à choisir leur propre destin ? Et chez nous, face à l’omnipotence des lobbies industriels et financiers, les peuples ont-ils encore voix au chapitre ?

 

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À croire que les soudanais eux-mêmes ont été dépossédés de leur présent et donc de leur avenir. Et quel futur, au Sud, pour des adolescents et des enfants qui n’ont connu que le chaos et le chant des armes automatiques ? Et quel dessein, au Nord, pour une jeunesse éveillée et éduquée qui ne veut plus de l’ancien monde, mais qui est sous le joue de mains archaïques extrêmement puissantes.

Ironie du sort, dans le Sud, les sommets de la paix s’en chaînent et se déchaînent, et toujours rien à l’horizon. Dans le Nord, les tractations menées par les uns et les autres se suivent et se ressemblent que trop. Comment avec autant d’experts, de spécialistes et d’éminences grises obtenir aussi peu de résultats probant dans la reconstruction d’un État ? Soit les acteurs internes sont incapables de diriger, soit le concert de la communauté internationale brasse de l’air, soit les musiciens ne jouent pas sur la même partition. Chercher les verres dans le fruit ?!? Dans ce pays, sur cette terre aride où les famines sont légion et où le sang s’est déversé à profusion même l’air vaut son pesant d’or. D’ailleurs, qui oserait se dresser face à la diplomatie du chéquier ou à celle des marchands d’armes ? Pourtant, une terre est une terre. Ce qui se passe là-bas résonne ici…

Au Nord, en 2019, la rue s’est dressée magnifiquement et pacifiquement pour changer d’univers, pour vivre sur une autre planète justement. En face, les forces se sont fédérées pour cassées cet élan, ce cri d’espoir et pour mieux refermer le couvercle sur la lumière des étoiles naissantes. Tant et tant de vies sacrifiées, d’enfances violées et de larmes égarées dans un désert soudanais de silence et de compromissions. Dans ce grand marasme dantesque, il règne tant d’hypocrisie, de mensonge et d’omission, la chape en plomb climatique soulevée par la jeune Greta Thunberg est un mirage face à la toute-puissance des hommes et de leurs intérêts économiques. L’auteur du livre Sapiens, Yuval Noah Harari, a raison lorsqu’il écrit que notre espèce saccage tout, dévore tout, pille tout, empoisonne tout. Elle est sans pitié. Les bons sentiments et les droits humains sont des histoires, ils ressemblent à de la poudre de perlimpinpin pour endormir les grands enfants pendant que d’autres dérobent les victuailles dans le garde-manger planétaire.

 

Pour l’Homo sapiens, seul compte les jeux et la détention du pouvoir. Pas loin de là, la guerre au Yémen fait rage... Un navire marchand gigantesque passe au large de Port Soudan laissant dans son sillage un voile noir. À lui seul, il aura pollué en particules ultrafines autant qu’un million de voitures (ils sont 93'000 à parcourir les mers du globe et à assurer 90% du commerce mondial). Lorsque sur la Terre, la majorité des populations survivent et n’aspirent qu’à vivre en paix, une minorité ultra-prédatrice tente par tous les moyens de s’accaparer les richesses mondiales. En ce qui concerne les plus démunis, ceux qui évoluent la peur au ventre, savoir ou non, si les pailles en plastique que l’on met dans le verre des gamins pour qu’ils s’amusent sont un danger pour l’environnement ressemblerait à un rêve d’abondance. En fin de compte ne serait-ce pas l’Homme qu’il faut sauver de lui-même et non pas une planète qui n’a que faire de nos ruminations égocentriques et de nos soubresauts de conscience. 80 % des habitants de la planète (99 % des Européens et des Américains) ne voient plus les étoiles briller dans les cieux. Que regardent-ils alors ?

 

 

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