Les gilets jaunes : un peuple se réveille

Aujourd’hui, je suis triste ! Triste de voir l’Arc de Triomphe, symbole de notre patrimoine national, pris à parti par les casseurs ! Triste d’assister à des scènes d’une violence inouïe entre les gilets jaunes et les CRS ! Triste de ne pas voir les gilets jaunes s’emparer de la question écologique ! Triste de regarder des débats stériles où la plupart des partis politiques essaient de récupérer le mouvement des gilets jaunes ! Triste enfin de voir mon pays, la France, divisée en deux camps, entre ceux que l’on considère à tort comme des beaufs écervelés, les gilets jaunes, souvent habitants dans des zones périurbaines ou rurales qui ont du mal à finir le mois avec des bas salaires et les autres qu’on appelle bobos, ayant conscience du problème écologique, percevant cette possible fin du monde mais pour la plupart élisant Macron en étant prisonniers de leurs contradictions! 

Mais je suis également en colère ! En colère contre des députés et des ministres totalement déconnectés de leur peuple et qui ne comprennent rien à ce mouvement, ni aux difficultés économiques, ni aux revendications des gilets jaunes. Et surtout je suis en colère contre Emmanuel Macron, qui aura réussi en an et demi à faire pire que n’importe quel de ses prédécesseurs, en mêlant mépris social et injustice fiscale. Ce dernier a allumé le feu au cours de ces deux années : « Les illettrées » en parlant des ouvrières de GAD, « Pour se payer un costard, faut travailler » en s’adressant à un syndicaliste, « Un emploi, je vous en trouve, faut juste traverser la rue » en répondant à un chômeur, sans oublier « les gaulois réfractaires au changement », « les fainéants » ou le « le pognon de dingue » des aides sociales. Il a également cherché à soumettre les corps intermédiaires : syndicats, associations ou partis politiques pour que son pouvoir ne souffre d’aucune contestation ou même de discussion possible. Cet individu est indigne de la fonction présidentielle, où l’on se doit de respecter chaque citoyen peu importe sa situation, sa profession ou sa classe sociale. Macron, c’est le loup de Wall Street qui est devenu président d’un peuple sur lequel il crache en buvant du champagne avec ses amis milliardaires. Cela est représenté à merveille par sa politique, il supprime la part financière de l’ISF et met en place une flat tax de 30 % sur les dividendes au nom de quoi, ses amis investiraient par magie en France. C’est la théorie du ruissellement appliqué aux États Unis par Reagan et au Royaume-Uni par Thatcher entraînant une financiarisation de l’économie et une paupérisation de la classe moyenne. Auquel cas, il a augmenté la CSG et les taxes sur le carburant opérant ainsi un transfert des 10 % les plus fortunés vers les 10 % les plus défavorisés ! Le pire du pire étant l’utilisation de la taxe carbone au nom de l’écologie alors qu’il ne présente aucune propositions véritables sur ce plan. Ne parlez surtout pas de la ridicule prime à la conversion pour acheter des véhicules électriques avec des batteries au lithium. Dans ce cas, on peut parler de manipulation ou de comment diviser les foules. Si il voulait vraiment une transition écologique, alors pourquoi avoir baisser son froc devant la Commission Européenne et Jean Claude Juncker lorsqu’il avait la possibilité d’interdire le glyphosate ? Parce que ces humanistes de Monsanto ou de Bayer étaient chagrinés ? Pourquoi avoir raboté la taxe sur les transactions financières alors qu’on pouvait récolter 30 milliards d’euros par an afin de financer cette fameuse transition ? Parce que nos honnêtes banquiers d’affaires de Goldman & Sachs, JP Morgan ou HSBC lui ont soufflé à l’oreille qu’ils n’étaient pas d’accord ? Dans la même veine, a-t-il eu le courage de s’attaquer aux géants du numérique, le GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple pour reprendre les milliards qui échappent à l’optimisation fiscale sachant que ces sociétés revendent nos données personnelles ? Pire, il leur a même déroulé le tapis rouge avec le même prétexte : qu’ils investissent afin de créer de l’emploi. 

Il n’y a pas de véritable démocratie lorsque les lobbys des multinationales imposent leur loi en sacrifiant l’école, les hôpitaux et notre bien commun le plus essentiel : notre planète, au nom d’intérêts privés. Et c’est sûrement contre quoi se sont unis les gilets jaunes. Si le mouvement en était resté à la hausse des taxes sur le carburant, nous ne parlerions plus des gilets jaunes. Or les gilets jaunes parlent plus que cela, ceux qu’on a appelé les classes laborieuses, juste destinées à s’abstenir, se sont réveillées et ce sans le soutien de syndicats ou partis politiques. Bien évidemment, certaines actions menées par certains gilets jaunes visant à bloquer des commerces ou à discriminer des homosexuels ou des minorités ethniques sont inadmissibles. Certes, le mouvement est hétéroclite et il y a probablement des personnes de sensibilité proche de l’extrême droite. Mais   c’est le peuple méprisé, oublié, fragilisé, sous-qualifié qui s’est réveillé. Il a, au contraire, soif de justice fiscale et de démocratie directe. Les gilets parlent de lutter contre l’optimisation fiscale des grands groupes et de mettre en place le référendum d’initiative citoyenne afin de renouveler le pacte républicain. Ils ne font plus confiance à nos élites, ils se sont révoltés contre eux, eux qu’on disait endormis, fainéants, assistés ou absents du débat démocratique et cela s’est cristallisé sur Macron, symbole de l’aristocratie financière et de la démocratie des experts qui ont confisqué le pouvoir au peuple depuis des décennies et cela à travers toute l’Europe. En 2005, les français votent non à la Constitution Européenne. Les experts estiment que le peuple a eu tort, on ratifie le Traité de Lisbonne en 2007, sa stupide règle des 3 % et sa doctrine idéologique ordo libérale de l’austérité. En 2015, les grecs votent le plan de sauvetage proposé par la commission européenne et la BCE. Les experts estiment que le peuple a eu tort et grâce à la complicité d’Alexis Tsipras, le plan de sauvetage est adopté. En 2018, le gouvernement italien choisit de mettre en place un revenu de citoyenneté de 780 euros et d’avancer l’âge de retraite et ce, en respectant les règles concernant le déficit public. Que font nos experts ? Ils choisissent de ne pas valider ce budget. Pire, un commissaire européenne a déclaré  « les marchés vont apprendre aux italiens à voter ». 

La démocratie n’est pas à vendre et elle ne doit plus appartenir aux experts et aux lobbyistes de tout genre qui se battent plus pour faire plaisir aux grandes fortunes et aux multinationales. La démocratie appartient au peuple et seulement au peuple et lorsque le peuple ne se sent plus représenté de manière légitime, alors il sort dans la rue pour s’exprimer. Nous avons besoin de renouer avec la démocratie, une démocratie partagée avec les citoyens que ce soit par le tirage au sort ou le référendum citoyen, une démocratie où le consentement à l’impôt doit se faire par tous, multinationales et milliardaires doivent donner l’exemple, une démocratie sociale : revenu de base, garantie de l’emploi et du logement, service civique citoyen sont tant d’idées qui peuvent redonner espoir au citoyen et foi en la cite et enfin une démocratie où la priorité sera mise sur la transition écologique car sans notre planète et la biodiversité qui la compose, nous ne sommes rien et nous ne serons rien. Il y a urgence et si les gilets jaunes veulent converger dans les luttes, ils doivent marcher ensemble le 8 decembre pour la lutte contre le réchauffement climatique ! Redonnons au peuple le pouvoir ! Redonnons à la planète de l’espoir ! 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.