De la différence de la copie et de l'oeuvre

Le but de cet article est ici de différencier la copie de l'œuvre artistique.

Le but de cet article est ici de différencier la copie de l'œuvre artistique.

Or on nous vend en tant qu'objet toujours une copie, avec une semi-exception pour le cinéma, compensée par l'acte "véhiculé" et une totale exception du livre qui est un art se véhiculant que par la copie. Or l'accent est mis de nos jours sur la protection des arts audio...

DE LA NON POSSIBILITE DE COPIER UN LOISIR (DU MOINS CERTAINS...) OU UN ART

La loi Hadopi a passé la seconde et on nous a promis une guerre sans merci contre la copie. Ce projet a été largement appuyé et aidé par les "ayants-droits", c'est à dire la plupart des maisons d'éditions (et Jean-Yves Lafesse). Le but de tout ça est de protéger les œuvres artistiques ainsi que leurs auteurs. Quand on se demande si Mozart ou Mahler avait besoin de ce genre de protection, on nous rassure en arguant que ces deux artistes n'avaient pas besoin de s'en soucier puisque la copie musicale n'existait pas (encore). D'ailleurs les maisons de disque n'existaient pas non plus... De là à penser que maisons de disques et copie sont liées...

 

MAISON DE DISQUES... OU MAISONS DE COPIES?

Que nous vendent exactement ceux que l'on appelle dorénavant les "majors" (accentuant un peu plus malgré eux par ce terme la domination d'un marché)? Un loisir? Un art? C'est du moins ce qu'ils avancent. Et bien non, pas du tout. Le loisir musical, a toujours été d'écouter un artiste, sous entendu de l'écouter live, que ce soit une session acoustique ou concert géant. La maison de disque, la bien nommée, ne nous vend qu'un disque, une copie d'un moment musical qui n'est qu'un enregistrement dans un studio. C'est à partir du moment où l'on a créé des manières d'enregistrer un son, que l'industrie naissait, le vinyl devenant le fer de lance de ce nouveau bizness. Et à chaque industrie, ces ouvriers: les artistes. Une manière de retrouver un peu leur indépendance: la scène. Manière de communiquer son art aux auditeurs, d'assurer soi même (un peu aidé quand même) sa promotion, cet art est quasiment redevenu public grâce à la copie dite pirate.

En conclusion, ce que veulent véritablement les majors du disques, c'est de rester un monopôle de la vente de copie.

 

COPIE DE FILM OU DE CINEMA?

Peut-on copier un film?

De quoi parle t-on ici? On parle du loisir en tant que film ou en tant que moment "je vais au cinéma" (accorder de l'attention au terme "je vais", acte véhiculé)? Le cinéma dans sa définition et dans son verbe, est le lieu ou l'on voit une œuvre donc on ne pourra jamais en substance copier le cinéma. On peut en revanche copier la copie qui est projetée lors de ce loisir. Mais pas l'acte. Encore une fois, ceux qui ont le monopôle de la distribution des copies, ce sont les ayants-droits, une industrie dont les ouvriers sont cette fois les acteurs (qui étaient à l'origine d'ailleurs salariés des studios, ils sont encore sous contrat), les scénaristes, les réalisateurs. Aux USA, ils ne se sont d'ailleurs pas trompés d'ennemis et se sont regroupés en puissants syndicats. En France, on flatte les égos et on désigne un seul coupable à la baisse de rentabilité: le téléchargement.

 

PEUT-ON COPIER MONET?

La peinture peut se copier mais le support et l'oeuvre se confondent ici. L'oeuvre c'est le support, ce sont les pigments utilisés sur une plaque de chêne. Aller  à une expo Monet ou Basquiat, ce n'est pas contempler les nymphéas chez sa tante Josianne.

La peinture, tout comme la sculpture ou l'architecture est donc incopiable. Serait-ce là un indice de supériorité artistique? (C'est une question sans malice aucune de l'auteur).

 

THEATRE REVIVAL

Le théatre est un peu  comme le cinéma, il en est d'ailleurs l'ancêtre. A ceci prêt que lui n'est véhiculé que par la scène, donc par l'instant. Certes on peut regarder le théatre sur un DVD ou à la TV, mais l'émotion et le ressenti ne sera plus le même (de même entre un BlueRay et une séance de cinéma me direz-vous mais la frontière est cependant plus ténue).

La encore, art difficilement copiable (au sens piratable, que ce soit par votre petit neveu de 10 ans ou par Universal).

 

L'EXCEPTION: LE LIVRE

Le livre lui est l'extrême des arts. Lui ne peut être véhiculé que par le support et donc la copie. On peut certes imaginer des lectures, ou alors comme sur Europe 1 des lectures radiodiffusées mais cela reste très confidentiel.

Il est donc un support hautement piratable et paradoxalement moins défendu par Hadopi que peut l'être 90210 ou B. Spears. La raison est politique et culturelle. Le livre rapporte moins que le cinéma, la TV et l'audio. Le livre est également vu comme un art sur le déclin, contrairement aux autres qui eux, exploitent au mieux la technologie.

On peut certes lire sur des kindle, des liseuses electroniques, ou sur son iPad mais en proportion, qu'est-ce-que cela représente, comparé au nombre de téléspectateurs  sur une série ou au boxoffice d'un blockbuster américain? Que cela interesse t-il que B. Werber soit copié? Jack Lang?

La vérité est que cela n'intéresse personne, la copie électronique de livre étant en plus pas le support le plus répandu dans l'acte de consommation de l'art. Une part encore considérable de personne préfèrent le papier.

En résumé c'est un art qui n'est pas en danger, au sens piraterie, et qui ne rapporte beaucoup que quand il sert de base à un scénario (peut-on imaginer un énorme succès de librairie sans adaptation?). Autant de raison de ne pas le protéger...

 

PLUSIEURS CONCLUSIONS

Que peut-on tirer de tout cela?

L'art a évolué avec la technologie.

En premier lieu,  la peinture, la sculpture, l'architecture. Ici l'œuvre et le support sont confondus. L'artiste transforme la chose.

Ensuite, invention de la presse et généralisation de l'écriture.

Enfin, les arts basés sur des moments (musique, théâtre...) sont capturés. Le cinéma naît de cette envie de capture. La copie permet à cette industrie de se développer en diffusant rapidement les œuvres et en faisant payer bien sûr les consommateurs.

Le grain de sable: la technologie est désormais à la portée de tous et permet à l'utilisateur lambda de faire une copie privée.

Le futur: l'industrie va donc se tourner vers ce qui ne peut pas être copié: le moment.

Va t-on donc voir (re)naître "les arts oubliés" moins populaires comme l'architecture, la sculpture ou encore la peinture?

 

A propos, vous ne trouvez pas qu'il y'a de plus en plus d'expos?

 

PS: pour rester dans le thème, écoutez (par le moyen que vous voulez) Rapture, de Laura Veirs. En voici les paroles:

 

With photographs

And magnetic tape

We capture

Pretty animals in cages

Pretty flowers in vases

Enraptured

And doesn’t the tree

Write great poetry?

Doing itself so well

Do you blame monet?

His gardens in giverny

He captured

And lovely basho

His plunking ponds and toads

Enraptured

The fate of kurt cobain

Junk coursing through his veins

And young virginia woolf

Death came and hung her coat

Love of color, sound and words

Is it a blessing or a curse?

Enraptured

 

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