De la difficulté de changer de vie (alimentaire)

Pourquoi est-il si dur de changer de régime alimentaire?Je ne parle pas ici de la difficulté physique de se nourrir que de steaks hachés durant une semaine ou de litres de soupe aux choux mais plutôt de la difficulté sociale qui vous fera passer pour un extra-terrestre ou un baba-cool, tout particulièrement en France.

Pourquoi est-il si dur de changer de régime alimentaire?

Je ne parle pas ici de la difficulté physique de se nourrir que de steaks hachés durant une semaine ou de litres de soupe aux choux mais plutôt de la difficulté sociale qui vous fera passer pour un extra-terrestre ou un baba-cool, tout particulièrement en France.

J’assistais dernièrement à un repas avec ma famille et glissais un mot entre le fromage et le dessert sur la haute opinion que j’avais du régime végétarien, moi même ne l’étant pas. J’argumentai sur la valeur morale, le manque de confiance que j’ai dans les circuits alimentaires (ndla: je ne parle pas de casher, ni de halal ici) etc... Aussitôt je dus faire face à une violente réprobation de la part de l’assemblée, comme si j’avais en quelque sorte commis un sacrilège en énonçant ces quelques mots.

La pratique du végétarisme est-elle à ce point tabou dans notre pays?

En France, il y a environ 2% de végétariens alors qu’en Allemagne et en Italie, pays européens assez comparables au nôtre, il y a environ 10% de pratiquants, soit presque 5 fois plus.

Aux USA et en Israel, le taux est de 8% et en Inde, il atteint 40%, Hindouisme oblige.

On voit bien que, Inde mis à part pour causes religieuses, les pays développés comptent plus ou moins 10% de végétariens, ce qui peut peser dans la balance, notamment en terme de choix proposé au consommateur.

En Italie par exemple, pourquoi ce pays pourtant proche culturellement de la France, comporte en son sein plus de 5 fois plus de végétariens que nous?

Il suffit pour comprendre de feuilleter quelques instants”La cuillère d’argent”, sorte de bible de la cuisinière italienne. Beaucoup de recettes italiennes ne comportent en fait pas de viande et s’accordent tout à fait, tel un risotto aux champignons, à un mode de vie végétarien.

Quant à l’Allemagne, il faut bien admettre que ses habitants ont un peu plus de considérations écologiques et environnementales que nous. Car on devient végétarien pour différentes raisons: la santé, la souffrance animale par exemple. Parmi ces raisons se trouve également le développement durable. Il faut par exemple 7 à 10 kg de protéines végétales pour faire un kg de protéine animale (source). Avec une croissance démographique mondiale en constante croissance (ndla: je ne suis pas malthusien!), le végétarisme apparaît comme un choix viable.

Ainsi, il faut voir si votre (nouveau) régime va aller en contradiction avec la culture du pays dans lequel vous vous trouvez.

En France si vous optez pour le végétarisme, vous refusez le régime “culturel” du pays dans lequel vous vivez, vous vous mettez en quelque sorte face à vos compatriotes. Alors que si vous décidez, afin de perdre vos poignées d’amour, de choisir un régime qui vous obligera à vous nourrir exclusivement de steaks hachés et d’oeufs durant une semaine, en interdisant absolument tout légume, vous aurez la bénédiction sociale, ventes en librairie de ce fameux régime à l’appui.

Quelquefois le régime végétarien s’accorde bien avec la culture du pays: l’Inde à cause de la religion dominante, l’Italie car la culture culinaire permet de l’être, ou encore l’Allemagne ou les préoccupations environnementales sont fortes.

Mais la France? La cuisine française (ou la viande est prépondérante) est une part importante de notre culture et refuser de se nourrir de viande, c’est refuser la culture de son pays, le nier. Un peu comme Romulus ou Rémus refusant le lait de la louve.

Ce billet ne se voulait pas un plaidoyer pour une alimentation végétarienne mais plutôt une interrogation face à un manque d’ouverture gastronomique de nos concitoyens. Pourquoi ne pourrait-on pas développer la meilleure vegan food au monde?

Sur ce, bon appétit!


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