Sarkozy, Le Pen, Valls : la république des irresponsables

« L’enfer, c’est les autres », la célèbre formule de Jean-Paul Sartre dans Huis clos est en passe de devenir le nouveau paradigme de la communication politique.

« L’enfer, c’est les autres », la célèbre formule de Jean-Paul Sartre dans Huis clos est en passe de devenir le nouveau paradigme de la communication politique. Nicolas Sarkozy et les juges, Marine Le Pen et les journalistes, Manuel Valls et les frondeurs, chacun a trouvé ses « autres » pour éviter toute responsabilité dans les évènements le concernant. Tous trois potentiellement un jour candidats à l’élection présidentielle.

Nicolas Sarkozy est l’ancien président qui compte le plus d’implications dans des affaires en tout genre. Ce n’est pas de sa faute mais celle des juges (notoirement connus comme étant de dangereux gauchistes …) qu’il accusait pourtant, jusque-là, de laxisme envers les délinquants.  Les nouveaux élus FN suite aux élections municipales cumulent les paroles et les actes en contradiction avec l’esprit et parfois la loi républicaine. Marine Le Pen accuse les journalistes (eux aussi des gauchistes notoires) qui traqueraient ses militants. Quand il s’agit de son père, président d’honneur de son parti, elle se tait ou désapprouve timidement. Manuel Valls fait face à des résultats économiques et politiques décevants. Ce n’est pas de sa faute ou celle de la politique menée par son gouvernement mais celle des frondeurs (encore des gauchistes décidément…). Ils auraient aussi la future responsabilité des échecs électoraux de leur parti.

Bien sûr, la liste ne s’arrête pas là. De la « part d’ombre » d’un Cahuzac à la « phobie administrative » de Thomas Thévenoud, en passant par l’ignorance de Jean-François Copé pour l’affaire Bygmalion, les élus de notre pays semblent déchargés de toute culpabilité.

Les Français avaient l’habitude de se voir traités comme des enfants ignorants ou sans mémoire par les hommes politiques. La presse avait l’habitude de taire certains agissements par solidarité de palais. Mais voilà que l’ère numérique, la désacralisation de la fonction présidentielle, l’arrivée de Médiapart et les débuts de la  haute autorité sur la transparence ont progressivement perturbé l’ancien manège. Sommés de répondre, les politiques se cachent, font de la diversion, créent des polémiques pour détourner l’attention médiatique et, le pensent-ils, populaire. Comme l’Europe ne peut pas être responsable de tous les maux, ils trouvent d’autres cibles.

Mesdames, Messieurs, faites preuve de dignité. Assumez vos actes et leurs conséquences. N’hésitez pas à dire les raisons de vos changements de décisions ou d’orientation. Les Français comprennent davantage les erreurs que les mensonges ou l’obstination. A défaut, vous renforcerez plusieurs sentiments néfastes pour notre République Française. L’inutilité du vote : comment voter pour des responsables politiques justement responsables de rien ? La caste des dirigeants : comment imaginer vivre dans une démocratie réelle si les puissants ne sont jamais condamnés ? La solution autocratique : pourquoi ne pas confier les pleins pouvoirs à quelqu’un et éviter ainsi les tergiversations et les freins administratifs ou politiques ? Tout cela nous menace. Je préfère penser que vous ne le souhaitez pas.

 

Nicolas Simiot

Spécialiste en Communication politique et publique

Chargé de cours à Sciences Po Lyon

Militant et citoyen inquiet

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