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Billet de blog 7 déc. 2021

De la responsabilité collective du succès d’Eric Zemmour

Alors que se sont cumulées ce dimanche, dans le cadre d’une même intervention, des agressions physiques et verbales envers activistes pacifistes, médias, et magistrats - il m’est apparu nécessaire d'observer ce qui a conduit à l’émergence et au succès d’un tel personnage - condamné pour provocation à la discrimination raciale et à la haine envers les musulmans - dans le débat politique actuel.

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Donné à 13% dans les derniers sondages, parvenant à réunir plus de 10 000 soutiens lors de son premier rassemblement, la tournure des événements autour de la candidature du très radical Eric Zemmour doit avant tout nous interroger collectivement sur la responsabilité qui est la nôtre, d’avoir laissé émerger et triompher celui qui n’était autrefois qu’un polémiste et qui pourtant, aurait déjà dû susciter à l’époque des controverses et des remarques.

Le 26 mars 2013, alors qu’il est sur BFM TV, Eric Zemmour développe sous les yeux ébahis de la journaliste Ruth Elkrief, que « le pouvoir doit rester aux mains des hommes » sinon quoi, « il se dilapide(rait) ». La seule qualité que nous pourrions reconnaitre à cet homme condamné serait une certaine constance intellectuelle et idéologique. Quand il intervient ce soir-là, le débat public est déjà sensibilisé à ses thèses tant misogynes que racistes (étant alors déjà été condamné pour ces-dernières en 2011). Pendant des années, c’est au micro de RTL, sur les plateaux d’On n’est pas couchés ou de CNews, ainsi que dans les colonnes du Figaro que vont se multiplier des attaques toutes aussi infondées que surréalistes. Me vient le souvenir d’Hapsatou Sy, cette femme qui n’avait pas eu la chance d’être selon lui correctement nommée, et qui ce 24 septembre 2018, était probablement l’héritière la plus légitime de cet esprit français dont le chroniqueur aime pourtant tant se targuer.

Les Lumières de son Panthéon doivent décidément être cruellement obscures.

Toutes ces années les médias ont en quelques sortes légitimé ses propos en lui conférant une telle importance, en préférant la polémique à la raison ; en bref en faisant de l’information, un objet de consommation. Or ceci aurait déjà dû à l’époque susciter des condamnations unanimes comme l’a exprimé hier soir dans « C politique » , Ariane Chemin la journaliste grand-reporter au Monde qui évoque un manque de réactions à l’époque : « Comme si il avait fallu attendre qu’il soit un mauvais garçon mal élevé pour qu’on réagisse un peu. Qui a réagi aux propos d’Eric Zemmour ? Pas grand monde. » soutient-elle. 

Il s’agit donc ici de questionner la responsabilité de l’appareil médiatique dans l’ascension de ce personnage qui a vu sa popularité façonnée au gré de ses interventions. Ce-dernier point est d’ailleurs constaté au sein même de ses supporteurs qui affirment - dans le documentaire « Les nouveaux réacs » de Martin Weil - que leur soutien s’explique par le fait qu’Eric Zemmour a été une figure structurante et culte de leur enfance, de par certaines de ses interventions ; ayant grandi avec ce personnage à l’écran comme modèle, il en résulte un engagement aujourd’hui auprès de sa candidature. 

Il convient par ailleurs de souligner la responsabilité des représentants politiques qui de la même manière, alors que les polémiques se succédaient les unes au autres, n’ont que très faiblement réagi.

L’importation de critiques n’étant que très récente et consécutive aux appétits politiques de Zemmour, illustre cyniquement bien une réaction motivée par les seuls intérêts politiques de la caste dirigeante qui voit au travers de sa personne, une inconnue venant bouleverser les résultats d’une équation déjà résolue.

La candidature de Zemmour aura eu le mérite de faire ressortir - si l’on en doutait encore - la lâcheté de certains pseudo-responsables qui ne condamnent que par pur intérêt personnel et non par Humanité! Par l’accoutumance à un discours qui leur servait autrefois à étendre un monopole sur le pouvoir, ils seront « détruits par la bête qu’ils ont créée » (Orelsan - "L’odeur de l’essence").

« Face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible ; il faut avoir le courage de ses convictions, la constance de ses engagements » affirmait Chirac.

 Ces mêmes personnes, tant politiques qu'intellectuels , qui ont accepté le débat avec lui, ont contribué - par leur simple présence autour d'un même plateau -à crédibiliser et légitimer une idéologie vorace.

Enfin, il serait peut-être également judicieux de nous remettre également  tous individuellement en question pour avoir consentie à l’expression nauséabonde de certains propos tous imbuvables les uns plus que les autres. Je n’imagine pas la souffrance qui est celle d’un fils de déporté devant la réhabilitation faite de Pétain. Je n’imagine pas la honte d’un français qui porterait un hypothétique mauvais prénom. Je n’imagine pas la peur des femmes et des personnes LGBT à la lecture de certains de ses écrits où il fait l’apologie des violences sexuelles (cf Suicide Français :« Avant le féminisme, un jeune chauffeur de bus  » pouvait « glisser une main concupiscente sur un charmant fessier féminin  » sans que «  la jeune femme porte plainte pour harcèlement sexuel ») et de délires concernant l’homosexualité (cf Le Premier sexe : « Dans les comédies homo-sexuelles lourdingues, c’était la tante qui imitait le camionneur. Désormais, c’est le camionneur qui prend des leçons auprès de la tante. Des homosexuels qui apprennent à un homme à aimer une femme ! »).

De toute évidence, la seule colonne vertébrale de cet homme est probablement celle résidant dans le majeur adressé en réponse à cette femme qui par provocation, espérait probablement voir ses talents d’argumentateur et de débatteur s’illustrer… Rendez-vous manqué.

En réalité Eric Zemmour est l’heureux bénéficiaire d’un parcours ascensionnel dont il n’est pas responsable. Sa seule responsabilité se trouve probablement dans la guerre civile qu’il passe son temps à essayer de prouver l’existence, en montant les individus les uns contres les autres mais dont il s’avère en réalité, le principal acteur.

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