Pour une justice transformatrice

Et si la sanction pénale ne servait pas la justice ? Patrick Trémeau violeur en série récidiviste fut condamné en 1998 à 16 ans de réclusion criminelle. Libéré en mai 2005 après 10 ans de détention, il récidive et est de nouveau arrêté en septembre de la même année.

Parallèlement, la magistrate Naïma Rudloff à la tête du département de lutte contre le terrorisme au parquet général de Paris affirmait en juillet dernier à l’OBS, à l’aube de la libération de 150 détenus condamnés, que « le risque de récidive des djihadistes qui sortent de prison est élevé ».

La question n’est pas tant de savoir si tel ou tel individu a suffisamment été condamné ou non, mais plutôt de trouver une véritable réponse afin que les meurtres, vols et viols ne se reproduisent plus ; de toute évidence la justice punitive ne le permet pas

Alors que faire ? Faut-il considérer que tout n’est pas fait pour arrêter les viols et les féminicides tout en accusant toute remise en cause des condamnations pénales de complicité envers les actes commis, ou bien enfin ouvrir les yeux et admettre que ce ne sont pas 5, 10 ou 20 ans enfermés qui feront évoluer un individu ?

La justice pénale va à l’encontre même de l’idée selon laquelle il n’y aurait pas de déterminisme. C’est cette même idée, forgée sur les combats de l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, qui a mené à l’abolition de la peine de mort en 1981. En effet, avait alors été avancé l’argument selon lequel l’individu auteur d’un mal pouvait également être par la suite, celui d’un bien. Or, si l’on s’en conforme à cette vision, pourquoi attendre la durée d’une peine pour laisser à l’individu la possibilité de faire un bien au sein de la société ?

De plus, par sa sanction, elle charge l’individu d’une violence supplémentaire à celle de ses faits condamnés. Effectivement, l’idée n’est pas de refuser de voir le mal causé par l’auteur d’une infraction pénale qui constitue de toute évidence une violence. Il s’agit plutôt de ne pas en émettre une supplémentaire, de prolonger la violence. On ne soigne pas une plaie par un coup supplémentaire. 

Se pose par ailleurs la question de la responsabilité des actes commis. Comme Geoffroy de Lagasnerie, je considère que de la même manière que l’a fait la psychiatrie au cours du XXe siècle, le rôle de la sociologie est « d’arracher les gens au système pénal » ; la lutte contre un fléau ne passe pas obligatoirement par sa punition. On met en cause l’implication d’un individu en refusant de considérer l’implication d’un cadre plus global qui est celle du système ; tout supporter de cette doctrine est dès lors complice des faits qu’il ose lui même condamner. Ce même argument a d’ailleurs pu être avancé dans les années 1970. Le Mouvement de Libération des Femmes alors formé autour de Simone de Beauvoir manifestait pour la reconnaissance du viol, puis une fois cette-dernière acquise, les victimes se rendaient dans les cours d’Assises demander la libération  des violeurs, se battre contre le procureur et la responsabilité niée de l’implication plus large de la domination masculine, de la complicité de l’État, de l’absence de politiques entre les sexes…

« On ne naît pas héros ou traître, on le devient »

 Le problème réside donc dans une inadéquation entre un problème socio-politique et une réponse avec un système dépolitisant désocioligisant qu’est la justice pénale ; car oui cette-dernière individualise la responsabilité plutôt qu’analyser le phénomène dans sa globalité. En faisant cela notre système se voile la face et se refuse à ouvrir les yeux sur son implication dans les potentiels maux que le système inflige aux individus, forme de violence pouvant être elle-même la source d’un passage à l’acte ; toute violence n’est pas visible.

L’avènement d’une justice transformatrice se caractériserait notamment par une évolution des conditions d’incarcération qui romprait avec la cellule contemporaine, mais plus largement par une réflexion collective sur la reconnaissance des individus, du rôle de la société et de ce qu’elle véhicule. 

 

On répond justement à la tristesse d’une famille qui a vu l’un de ses membres tué non par l’incarcération totale de l’auteur mais plutôt par un combat pour que ce qui leur est arrivé, ne se reproduise pas à d’autres.

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