Pourquoi la liberté doit passer par l’intolérance

Ces-derniers mois ont été marqués par une nette montée en puissance des discours racistes, xénophobes, homophobes ; en bref, d’une multitude d’exposés haineux. Loin d’apparaître comme un acte de liberté, l’expression de telles pensées ne constitue en réalité qu’une illusion de celle-ci et représente au contraire, un grave danger quant à la liberté de penser des individus.

La construction d’un espace libre des idées présuppose que les individus soient autonomes du point de vue de leur pensée - en ayant notamment accès à la vérité, la raison, la connaissance - ce qui se traduit par conséquent par une intolérance avec les thèses fausses et mensongères.Nul besoin de souligner que le caractère mensonger de ces jugements s’appuie sur des études scientifiques, sociologiques et psychologiques de ceux-ci.

Le remède à ce danger, cette intolérance mise en application, s’exercerait donc par le biais d’une censure non seulement d’Etat (comme l’énonce Derrida) mais également par l’ensemble des opérations par lesquelles on limite la propagation d’un certains nombres d’opinions. 

Les « gateskeppers » (les portiers du champ public) opèrent déjà ce type de censure en décidant de mettre à l’affiche telle information par exemple pour les médias, ou en recommandant certains auteurs pour ce qui est des universitaires.

On ne considère dès lors plus la tolérance comme un moyen mais davantage comme une fin : émerge donc la nécessité de construire un espace dans lequel on pourra faire circuler les idées librement. L’existence de cet espace n’est cependant rendue possible que par l’absence de ces idéologies néfastes préalablement éradiquées. Car en effet, dans l’hypothèse d’un monde inégalitaire, en décrétant une tolérance formelle avec toutes les paroles prononcées, vous conférez un pouvoir extreme à ses détenteurs (soit les médias de masse, la publicité) ; vous en venez ainsi à fabriquer des individus qui sont dans le mensonge, l’ignorance, la tromperie, et qui ne seront plus capables à l’avenir, de réfléchir et délibérer. 

De ce point de vue là on renforce alors un monde injuste, d’oppression, un monde qui détruit les conditions d’un débat libre et de réflexion : il ne s’agit pas d’être tolérant mais au contraire être répressif, en somme être tolérant à sa propre répression. En abordant la notion « de tolérance répressive », Herbert Marcuse fait le constat d’une certaine adhésion à un système qui aurait tendance à nous réprimer ; l’enjeu serait donc, à la manière des libéraux du XVIIe, d’en faire un concept actif qui favoriserait les minorités, la liberté de penser, l’émancipation humaine, chose rendue possible uniquement par une intolérance aux opinions erronées fausses violentes.

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