Jeunes et culture: une équation insoluble?

Il faut lire, aller au musée, au cinéma, au théâtre. Toutes ces activités culturelles sont trop souvent perçues comme une contrainte par les jeunes. Elles ne les intéressent pas et quand bien même un film leur plaît, ils le regardent depuis une plateforme en ligne. Pourtant, la culture est une source d’enrichissement extraordinaire qui permet de découvrir des vocations et de tisser du lien social.

Alors que le festival d’Avignon a fermé les portes de son édition 2017 il y a un mois, le bilan de fréquentation des publics jeunes est encore moyen et ce malgré des offres très attractives pour rajeunir le public. Les habitués viennent toujours aussi nombreux, mais ils ne sont que 16% de spectateurs à avoir moins de 26 ans. Malgré une politique tarifaire avantageuse qui permet d’obtenir quatre places par personne au prix de dix euros chacune, le festival d’Avignon peine à susciter un engouement de masse au sein de la jeunesse. C’est pourquoi des initiatives comme la mise à disposition de casques dotés d’un petit écran qui permet de se retrouver en immersion complète dans le spectacle entendent bien changer la donne.

Le « pass culturel » : une réponse universelle et efficace ?

Le festival d’Avignon, n’est pas le seul confronté à ce problème et le gouvernement réfléchit depuis plusieurs semaines à l’instauration d’un « pass culture » destiné aux jeunes de 18 ans. Selon la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, ce pass pourrait être mis en place dès 2018 et permettrait de consommer des produits culturels à hauteur de 500 euros. Livres, spectacles, cinéma, etc. sont concernés et le but visé est de rendre plus accessibles des biens culturels à une jeunesse pas toujours favorisée ou qui préfère dépenser son argent autrement. Depuis 2016, un tel dispositif existe en Italie et a été utilisé par une majorité de bénéficiaires (60 %). En France, en 2018, le nombre de jeunes concernés serait d’environ 805 000 soit un coût de plus de 400 millions d’euros.

L’initiative est louable, mais les moyens de la financer sont restreints. Le gouvernement a fait savoir qu’une petite partie seulement serait issue du budget du ministère, la plus grande partie étant prise en charge par les diffuseurs et les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). Un vœu pieux pour le moment qui laisse un grand point d’interrogation sur le futur d’un dispositif qui doit également se prévenir des abus. En Italie, certains pass ont été échangés contre de l’argent liquide pour une valeur (légèrement) inférieure au pass. Néanmoins, pour sa défense, le pass culture n’est pas une réponse globale, mais peut apporter des solutions comme l’ont montré certaines initiatives locales. Le département de la Seine-Maritime a, par exemple, mis en place un pass qui permet de payer des biens culturels ou sportifs à hauteur de 100 euros pour les jeunes âgés de 6 à 15 ans. Une politique qui va au-delà du simple aspect culturel.

La culture pour tisser du lien social

La culture ne se résume pas à l’acquisition de connaissances pour se distinguer des autres. C’est surtout une manière de tisser et comprendre la relation à soi et aux autres. Ainsi, rendre la culture attractive est essentiel afin de former les nouvelles générations et de les ouvrir à des univers qu’ils ne côtoient jamais malgré leur proximité géographique. A titre d'exemple, le château de Versailles a ouvert ses portes, cet été, à des jeunes de la région parisienne parfois très éloignés de la culture, à l’occasion d’une « Journée de vacances à Versailles ». Un programme unique qui est une introduction grandeur nature à l’histoire de France.

Ces jeunes peuvent ainsi se construire grâce à des références qu’ils embrassent ou qu’ils délaissent, mais qu’ils ont au moins eu la chance de connaître. Participer à des projets  comme monter un spectacle et le jouer devant un public est aussi un moyen exceptionnel pour porter un regard différent sur soi et les autres. Les professionnels qui travaillent dans le social ont compris depuis de nombreuses années la pertinence de l’art et de la culture pour se construire ou se reconstruire.

Ce lien étroit, mais encore trop peu mis en avant entre la culture et le social a suscité l’intérêt d’un groupe de protection sociale comme Audiens qui vise à rendre accessible la culture à tous les publics. Partenaire de différents festivals et autres prix, Audiens a remis le Prix de l’Initiative numérique 2017 à Culturo Game, une application basée sur les jeux vidéo qui permet de découvrir des contenus culturels et patrimoniaux. Un prix qui réconcilie ainsi deux aspects, le jeu vidéo (souvent rattaché aux jeunes), et le patrimoine (souvent rattaché à une population plus âge).

L'initiative montre surtout que les moyens et politiques pour attirer la jeunesse ne sont limitées qu'à notre créativité. La difficulté est d’actionner le bon levier auprès du bon public. Pour en revenir au « pass culture », celui-ci peut se montrer un dispositif global intéressant, mais qui doit être complété par une kyrielle d’initiatives au plus proche de la réalité de jeunes trop souvent indifférents – en raison de leur manque de connaissances – à la richesse culturelle de notre pays. Plus la culture irradiera les jeunes générations, plus le lien social sera renforcé. Il s’agit là d’un cheval de bataille dont devraient s’occuper les élus. 

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