Inégalité hommes-femmes : le monde de la culture veut faire sa révolution

2006. L’inégalité hommes - femmes du milieu culturel éclate au grand jour, à la suite du rapport Reine Prat. S’en suivent dix longues années, durant lesquels l’égalité patine, tâtonne, recule même. 2017 sera-t-elle l’année du changement ?

Dès 1946, la République française décide d’inclure dans sa Constitution le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes, dans tous les domaines.

On sait pourtant ce qu’il en est réellement. Aujourd’hui encore, l’égalité hommes-femmes peine à passer des textes aux mœurs (24 % d’écart de salaire, 44,8 % des emplois féminins sont concentrés dans quelques secteurs peu rémunérateurs, rôles stéréotypés et genrés…).

Le monde de la culture ne fait malheureusement pas exception à cette tendance. Et ce depuis longtemps.

2006 : la bombe du rapport Reine Prat

En 2006, le rapport Reine Prat, commandité par le ministère de la Culture, fait l'effet d'une bombe en révélant des discriminations criantes entre les hommes et les femmes du secteur du spectacle vivant. 

Ainsi, les hommes dirigent :

  • 92% des théâtres consacrés à la création dramatique 
  • 89% des institutions musicales
  • 86% des établissements d'enseignement
  • 97% des compositeurs
  • 94% des chefs d'orchestre
  • 85% des auteurs des textes
  • 78% des metteurs en scène des théâtres du secteur public étaient des hommes. 

Surprise. La culture, réputée libre et ouverte, était un milieu aussi sexiste que les autres.

2013 : une vraie claque

Il a fallu attendre une femme (encore !) pour faire bouger les choses. Un an après l’élection de François Hollande et sept ans après le rapport Prat, la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin du Parti Communiste français, présidente de la délégation aux droits des femmes, lâche une bombe dans le paysage politique français. « Rendre visible l’invisible » est un rapport au vitriol qui montre que, non seulement la condition des femmes dans le monde de la culture ne s’est pas améliorée, mais que ces dernières ont toujours du mal à obtenir des postes de direction. 

Fleur Pellerin, fraîchement parachutée au poste de Ministre de la Culture, prend le sujet à bras le corps. Elle met en place un observatoire de l’égalité hommes-femmes qui, à défaut d’aboutir à des résultats concrets, fera chaque année un constat d’échec qui alimentera la grogne populaire. En 2015, Frédéric Hocquard, directeur d'ARCADI (un établissement public de coopération culturelle créé à l'initiative de la Région Île-de-France) lâche, virulent, il y a « plus de femmes généraux de corps d'armée que de directrice de théâtres labellisés ! ».

Surprenant ? 

2017 : le sursaut

A force de claques, le monde de la culture a fini par se remettre en question.

L’étude 2017 de l’observatoire de l'égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication tire, pour la première fois, un bilan qui semble témoigner d’une légère inflexion (le constat reste pourtant sévère). Beaucoup reste à faire pour promouvoir l'égalité dans les nominations, les rémunérations, l'accès aux professions et à la programmation.

Quelques réalisations, encore timides, sont ainsi le symbole d’une avancée. En premier lieu, la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté du 27 janvier 2017 prévoit une proportion d’au moins 40 % de chaque sexe dans les commissions placées auprès des établissements publics gérant l’attribution des subventions ou aides financières. Cette initiative devrait permettre de soutenir plus largement les initiatives culturelles féminines, souvent laissées pour compte. La ministre a également adopté pour la première fois, le 15 décembre 2016, une feuille de route Égalité – valable pour 2017.

Dans le même temps, un label « Égalité », délivré par l’Afnor, a été créé, prenant en compte la « présence féminine » dans les projets culturels publics et mettant par ailleurs la pression sur les collectivités.

 

Des partenaires sociaux particulièrement proactifs

Heureusement, il y a du bon, malgré tout.

Très impliqués dans cette dynamique, les partenaires sociaux multiplient les initiatives pour accélérer cette égalité entre les sexes, comme l’a montré le débat « La discrimination des femmes est-elle une fatalité dans le spectacle vivant ? » organisé à Avignon, dans le cadre de la Maison professionnelle du spectacle vivant en juillet 2017. Dans ce cadres, Cécile Denis, directrice de la communication de l’Afdas - Assurance Formation des Activités du Spectacle – et Isabelle Thirion, directrice de l’accompagnement solidaire et social du groupe Audiens – organisme de protection sociale des professionnels de l’audiovisuel, de la communication, de la presse et du spectacle – ont échangé sur les différents moyens déployés par leurs organismes dans une logique de sécurisation des parcours professionnels des femmes du monde de la culture.

« Nous portons une attention particulière aux femmes qui veulent reprendre leur activité professionnelle après leur congé maternité. Elles ont souvent été coupées de leur réseau et nous voulons pouvoir les accompagner », expliquait Mme Thirion. « [Audiens sait aussi] qu’il y a une faiblesse particulière liée aux familles monoparentales. Dans 9 cas sur 10, la mère garde l’enfant et nous accordons des aides pour les soutenir, comme des bourses d’études », a-t-elle ajouté. Le groupe accompagne aussi les femmes dans les négociations annuelles des salaires, en « intégrant un regard sur l’égalité homme-femme ». Une politique innovante qui mérite d’être applaudie.

 

La solidarité entre femmes pour faire avancer les choses

La solidarité s’organise via des initiatives de particuliers, comme le Bureau des filles – une association dédiée à l’accompagnement de metteuses en scène et de leurs compagnies. Ce bureau propose « un espace ressource de mutualisation, de réflexion et de synergie » où des metteuses en scène d’expérience accompagnent et conseillent la jeune génération. Les doyennes aident à adapter leurs œuvres aux conventionnements de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), des directions de lieux de création, leur assurant ainsi une plus grande diffusion.

Preuve étant que, dans la culture comme ailleurs, la sororité est l’avenir de la femme ?

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