Le luxe et la beauté par Kering : racisme, sexisme et esclavagisme

Kering, numéro 2 mondial du luxe et de la beauté, a certes enregistré d'excellents chiffres en 2018, mais accumule les affaires depuis quelques années.

Voir ses résultats s'envoler et atteindre des sommets, quand on est une entreprise, relève de plus en plus du luxe. C'est pourtant ce que vient de connaître Kering, dont les résultats 2018 ont atteint des niveaux records ; le géant industriel a vu son résultat opérationnel (ROC) bondir de 47 % (!) à près de 4 milliards d'euros, tandis que son chiffre d'affaires grimpait de 29,4 % pour frôler les 14 milliards d'euros. Si bien que son PDG, François-Henri Pinault, a souligné « une année exceptionnelle […] liée à notre vision d'un luxe moderne, avec un fort parti pris en matière de créativité, qui permet de croître au-delà des tendances du marché. »

A quel prix ?

La locomotive de cette « vision moderne », la marque italienne Gucci, qui rencontre un important succès auprès des Millennials chinois et américains, a enregistré une croissance très solide (+ 37 %) et franchi la barre des 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Kering compte également sur l'une de ses griffes phares, Yves Saint Laurent (+ 18,7 % ; 1,7 milliard d'euros de chiffre d'affaires), pour diffuser une « modernité sans concession » et caracoler en tête de l'industrie du luxe. Mais aussi sur Balenciaga, toute nouvelle venue dans les sacs et le prêt-à-porter, dont le chiffre d'affaires devrait dépasser le milliard d'euros cette année.

Face à des résultats numéraires, difficile de ne pas pousser un « cocorico » de circonstance. Pourtant, la « vision moderne » de Kering n'est pas faite que de rose. Le groupe français a connu d'incroyables ratés, étonnamment passés sous silence à l'heure des comptes. Le dernier en date remonte à début février seulement. Alors que plusieurs polémiques autour du « blackface » (ou « grimage en noir ») avaient éclaté ces derniers mois, Gucci n'a rien trouvé de mieux à faire que de sortir un pull noir remontant jusqu'au col et orné de grosses lèvres rouges. Cette provocation a créé ainsi un tollé sur Internet, après que de nombreux internautes ont accusé la marque italienne de racisme.

Si le monde du luxe et de la mode, en particulier, accumule ce genre de bourdes difficilement excusables, le groupe de François-Henri Pinault n'en est pas à son « coup d'essai ». La polémique liée au « blackface » – qui a d'ailleurs poussé le rappeur américain 50 Cents à brûler un t-shirt Gucci dans une vidéo virale – rappelle ainsi la campagne de publicité très gênante d'Yves Saint Laurent, qui en 2017 avait fait poser des femmes maigrissimes dans des positions très lascives. L'Autorité de régulation professionnelle de la publicité n'avait pas hésité, à l'époque, à épingler la marque française pour l'image dégradée de la femme qu'elle véhiculait.

Fréquentations sulfureuses

Outre les sorties de route racistes et sexistes, la « vision moderne » de Kering semble attacher une attention toute particulière aux méthodes de travail dégradantes et aux pratiques fiscales répréhensibles. Ces pratiques pourraient d'ailleurs expliquer en partie les bons résultats du groupe tricolore, et de sa marque italienne fétiche en particulier. L'an dernier, Gucci a par exemple été accusée de recourir massivement à des sous-traitants chinois « bon marché », payés une misère et travaillant dans des conditions déplorables. Cette révélation avait poussé le maire de Prato en Toscane, où vit l'une des plus grandes communautés chinoises d'Europe, à dénoncer un « nouvel esclavage ».

C'est notamment au profit de la même griffe que Kering aurait évadé quelque 2,5 milliards d'euros d'impôts depuis 2002 (dont 1,4 milliard pour Gucci), comme le révélait Mediapart en mars dernier. Selon le média français, le numéro 2 mondial du luxe aurait perpétué, après le rachat de la marque italienne en 1999, un accord fiscal avec la Suisse, où se trouve Luxury Goods International (LGI), la plateforme logistique de Kering, qui lui permettait de limiter à 8 % son taux d'imposition sur les sociétés...

Cerise sur ce gâteau avarié, les dirigeants du groupe français entretiennent des rapports –professionnels quoi qu'assez intimes – resserrés avec des personnes sulfureuses, au premier rang desquelles l'actuelle maire de Paris, Anne Hidalgo, qui n'avait pas hésité, pour faire plaisir à François-Henri Pinault et montrer aux Parisiens sa collection d'art, à acheter la Bourse de commerce pour la modique somme de 86 millions d'euros. Ou encore le patron du Crédit Mutuel Arkéa, Jean-Pierre Denis, administrateur de Kering, qui militerait sans relâche pour l'indépendance de sa banque à des fins d'enrichissement personnel...

Mais que ne ferait-on pas pour des résultats au sommet.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.