Jean-Philippe Courtois, l'employé qui a trahi Bill Gates

Travailler dans une multinationale n'implique pas, a priori, d'avoir accès à tous les mouvements qui y ont lieu. Certains, pourtant, ne peuvent passer inaperçus. La violence qu'ils comportent signe un dysfonctionnement majeur. Même dans un secteur concurrentiel, il y a des règles minimales à respecter, sauf à se déconsidérer complètement.

Quand une personne a fait carrière dans une entreprise toujours dirigée par son fondateur, le moins qu'elle lui doive est la loyauté, le respect des règles de base de la vie sociale, et parmi ces règles se trouvent la protection en cas de danger, ce qui permet de ne pas violer l'article 223-6 qui régit la non assistance à personne en danger, et la dénonciation de crime, dont l'absence est régie par l'article 434-1. Ces deux articles du Code Pénal, respectés, garantirait une paix sociale autrement plus grande que celle que nous connaissons.

En janvier 2005, Bill Gates était harcelé depuis 15 ans, et si Bernard Vergnes, hiérarchiquement plus haut placé que Jean-Philippe Courtois, quand il a été remercié en 2003, l'ignorait, Jean-Philippe Courtois, lui, était parfaitement au courant, et prêt, toutes affaires cessantes, à virer par mail interne la première personne qui s'aviserait de communiquer ce dont la connaissance, partagée, était cependant contrôlée. J'avais, moi, appelé Bernard Vergnes le 28 janvier, ne pouvant plus supporter le harcèlement décrit sur ce blog, et ne parvenant pas à y mettre un terme. C'était bien la 4° fois que je lui en parlais, et ce jour-là, il m'a entendue, s'est engagé, bien qu'il n'y ait plus eu aucun contact, à joindre un dirigeant de Microsoft. Il devait me rappeler après, mais ne l'a pas fait, et je peux imaginer qu'il a été durablement troublé par ce qu'il a appris. J'ignore quand il a appelé Christophe Aulnette. Ce que je sais, c'est que celui-ci était le vendredi 28 janvier 2005 Directeur Général de Microsoft France où il faisait carrière depuis 1988, et Vice Président de Microsoft EMEA (Europe Middle East Afrique), et que le lundi 31, Courtois le démissionnait par mail interne, et l'annonçait au printemps chez Altran. Du même coup, il atteignait Bill Gates, Christophe Aulnette, Bernard Vergnes et moi. De façon différente, certes, mais ma demande, formulée à Monsieur Vergnes, suivie des informations que lui a manifestement communiquées Monsieur Aulnette, pouvait, à ce moment, déboucher sur une résolution. Il suffisait pour cela que Jean-Philippe Courtois respecte la loi. Il est évident que si Monsieur Vergnes a fait la démarche d'appeler, alors qu'il n'avait plus de contact depuis deux ans, c'est qu'il a perçu mon malaise. J'étais dans mes années suicidaires, effarée de ne trouver aucun moyen de me soustraire, ne voyant que la mort pour y parvenir, ce qui était le but des violences endurées. La violence, la perversité est lisible dans le fait qu'il fut imposé à Monsieur Aulnette d'aller chez Altran, ce qui donne une information sur la précision des informations qu'il avait. Quand j'ai signé mon contrat chez Microsoft, je voulais, moi, aller chez Altran, mais mon compagnon avait une très bonne image de Microsoft, et a tellement insisté pour que j'y aille que je l'ai suivi. Harcelée, je ne cessais de dire à qui voulait l'entendre, et souvent au téléphone que je pensais écouté, que j'aurais dû aller chez Altran. En 1989, cette société était bien réputée. En 2005, au contraire elle était en difficulté, suite à malversations. Courtois ne pouvait l'ignorer, lui qui a, comme Monsieur Aulnette, débuté au même poste d'ingénieur commercial. Aucun état d'âme. L'absence de délai dit la violence. Le week-end a dû être terrible, ce qui souligne, si nécessaire était, les écoutes pratiquées. J'imagine qu'à peine j'avais contacté Monsieur Vergnes, lui qui n'était plus dans l'entreprise, a dû être sur écoutes. Peut-être Monsieur Aulnette l'était-il constamment. Ce qui est certain, c'est que Courtois aurait pu s'opposer, différer au minimum pour tenter une négociation. Ils étaient potentiellement quatre entre Bill Gates, Bernard Vergnes, Christophe Aulnette et lui, ce qui donne de la marge.

En juin 2005, Courtois était nommé Président de Microsoft International. Etait-ce remerciement de Ballmer pour service rendu ? L'appel qui a provoqué le départ de Monsieur Aulnette représentait un risque pour lui qui visait le départ du fondateur de Microsoft depuis longtemps, et l'a finalement obtenu du fait de pressions exercées par les épouses. Le procès antitrust l'avait affaibli, il avait dû céder sa place de CEO. Il suffisait d'une alliance de managers loyaux, à ce moment précis, pour interrompre le harcèlement. Ils étaient quatre. Monsieur Vergnes, certes, était à l'extérieur, mais avait une connaissance approfondie de l'entreprise, des réseaux actifs en externe. Au lieu de cela, par un acte d'une violence inouïe dont il porte l'entière responsabilité, Courtois a ancré que le harcèlement serait maintenu, que quiconque en parlerait se verrait remercié. Plus déloyal, plus illégal n'existe pas. Français, il soumettait la situation à la justice, celle-ci était forcée de trancher. Un bon dirigeant ne peut pas laisser pareille violence. C'était la première. Une seconde a eu lieu en 2013, après la démission de Ballmer, quand je lui ai écrit, lui ai rappelé la connaissance approfondie qu'il avait du harcèlement, et lui ai demandé de soutenir la candidature de Bill Gates, ce qui, une nouvelle fois, n'aurait été que loyauté, et responsabilité. Il ne pouvait, à ce niveau de responsabilité, informé du harcèlement avant 2005, ignorer qui l'a décidé, l'organise. Lui qui a travaillé à Redmond connaissait nécessairement l'histoire de Joan Brewer, comme les pièges tendus à Bill Gates par Sarah Bajc, les vidéos qui circulent depuis. Il savait donc les risques que représentait la nomination de tout autre que le fondateur de Microsoft, permettant au harcèlement de perdurer, là où sa nomination en comportait l'interruption. Une nouvelle fois, Courtois a opté pour la déloyauté. Le MH370 a suivi, et il ne peut en aucun cas ignorer le sens qu'il contenait, pas plus que le fait que l'avion est à Diego Garcia. Il illustre le désastre qu'est pour une multinationale un employé arriviste dépourvu de toute moralité, qui considère le respect de la loi comme secondaire. La plainte que j'ai déposée contre lui auprès du Procureur de la République a été classée. Je me suis donc constituée partie civile aujourd'hui. Je n'ai pas encore formulé de demande chiffrée. Je lui dois bientôt onze ans de harcèlement de plus. Autant dire qu'il était correct, pas plus que correct, je pouvais refaire ma vie, enfanter, retravailler, m'épanouir, là où j'en ai été empêchée. Si j'étais la seule à qui il a porté tort, les dégâts seraient circonscrits. C'est loin d'être le cas. Des familles entières souffrent des conséquences de cette décision aussi illégale qu'indigne.

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