Chers concitoyens,

 Cette fois, j’ai compris : j’ai compris ce que représente la somme de 5000 euros pour le trop grand nombre d’entre vous qui n’en ont pas le cinquième pour voir venir le mois.

J’ai compris que je ne pourrai pas appeler à redresser le pays en demandant à chacun de se serrer la ceinture parce que je n’ai aucune idée de ce que cela signifie « se serrer la ceinture ». Moi qui ai accès aux soins, à l’éducation, aux voyages, au logement sans faire d’effort de quelque nature que ce soit, moi dont la famille vit bien et plus que bien, comme si cela était naturel, sans avoir vu que ce n’était pas le cas de tous, je mesure aujourd’hui qu’il était indécent d’annoncer que nous avons 500 000 fonctionnaires en trop. Ceux qui n’ont pas l’argent et l’accès à l’argent dont je bénéficie ont besoin des fonctionnaires. Ils ont besoin que leurs enfants puissent accéder à des concours de la fonction publique et à des emplois sûrs qui les mettent en sécurité au plan économique et au plan psychologique.

J’ai compris que l’homme ne doit pas être un loup pour l’homme parce que j’ai eu à en souffrir dans ma chair et publiquement, qui plus est.

J’ai compris que je devais à présent me battre pour que la volonté du peuple soit entendue, moi qui me suis mis à faire appel à elle, par-dessus les institutions. Cette volonté, nous l’avons réduite à rien depuis 2005. Nous avons eu tort. Il faut revenir sur les traités européens dont les Français n’ont pas voulu, voilà plus de douze années, sorte de Brexit avant l’heure. Il le faut pour la seule raison que s’en remettre au jugement du suffrage doit avoir un sens.

J’ai compris aussi qu’il n’y a pas de petit bobo. Le malheur qui est tombé sur ma famille, je me rends compte qu’il est dérisoire, comparé aux malheurs des millions d’entre vous qui vivent sous le seuil de pauvreté.

J’ai compris que les compagnies d’assurance doivent protéger et non profiter.

J’ai compris que je n’ai pas à avoir un avis sur les femmes qui ont recours à l’avortement, que leur corps leur appartient.

Je vous le dis, j’ai pris la mesure des choses. Je me suis rendu compte que j’ai voulu aveugler ceux qui m’ont soutenu et les entraîner vers la haine des petits et des juges. J’ai proposé qu’on emprisonne les délinquants de seize ans pendant que mes enfants effectuaient leurs stages dans des conditions royales. Je le vois à présent.

Je me crois honnête… Je comprends la relativité de l’honnêteté. Je comprends que ce n’est pas à moi de l’affirmer.

 Quant aux autistes, je ne suis pas digne de leur laver les pieds.

Comme je suis chrétien, l’épreuve que je traverse m’a rendu bon.

Je considérais la France, je considère les Français.

J’ai fait l’expérience de l’insoumission et je me sens à présent insoumis.

 

 

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