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Billet de blog 3 déc. 2022

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Décembre

Premiers jours de décembre, première gelée nocturne. Les froids hivers d’antan reviendraient-ils bientôt, avec les Noëls simples de notre enfance ? Non, ils ne reviendront pas. Désormais, nos parents sont à jamais absents. Le monde a basculé.

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Décembre

Premiers jours de décembre, première gelée nocturne. Les froids hivers d’antan reviendraient-ils bientôt, avec les Noëls simples de notre enfance ? Non, ils ne reviendront pas. Désormais, nos parents sont à jamais absents. Le monde a basculé. Aujourd’hui, il faut plus que jamais « consommer ». Nos Noëls ne sont plus magiques, ils ne sont plus métaphysiques, ils sont économiques.

Le père Noël des années 1930 a remplacé Saint-Nicolas en Amérique, et le voici qui parcourt le monde entier, depuis près d’un siècle, installé dans l’esprit des enfants innocemment crédules. Ils entendent son traîneau qui tintinnabule alors qu’il n’y a pas de neige, ils attendent sa descente dans la cheminée imaginaire des cités… Dans les magazines, dans les magasins, c’est Noël illuminé tous les jours, en Occident.

Elles parsèment la campagne en vain, les vieilles églises grises de nos villages, monuments d’un autre temps, dont on aperçoit, ici et là dans la grisaille et la brume de décembre, les clochers pointus qui s’élancent, prières hiéroglyphiques et muettes, vers un ciel opaque où désormais règnent les satellites, où la Station spatiale internationale poursuit son orbite autour de la planète.

Dans l’église du village à l’écart, il n’y aura pas de messe à minuit célébrant la naissance de l’enfant annoncé pour changer le monde, paraît-il. Il n’y a plus de prêtres, certains sont contaminés par la pornographie ambiante. Il n’y a plus de fidèles, excepté de pauvres femmes âgées, endeuillées, isolées. Les gens ne pensent qu’à faire la fête, se gaver de nourritures, et sabler le champagne, sans se soucier du Bien, de leur prochain, de la Charité, de la transcendance de l’Amour. Nos contemporains ? Des Béotiens et des Barbares. Notre civilisation ? Souvenir moribond d’un passé inconnu ou bien oublié.

Toute spiritualité a fui le quotidien dans l’enfer étincelant de la marchandise, du papier-cadeau doré et des faveurs de couleurs, de l’alcool qui bouleverse les mœurs et procure bien-être passager, anesthésie, narcose, dans l’enfer de la publicité manœuvrée par des menteurs, monde factice de la frénésie de paraître. Les marchands du temple et leur folie ont gagné le pari de l’argent à tout prix. La Terre se meurt dans l’euphorie occidentale. Jésus a prêché la sagesse dans le désert, sûrement il pleure. Avant lui, Socrate avait lui aussi été condamné. Après lui, ce fut Thomas More, arbitrairement exécuté par Henry VIII. La sagesse n’a pas cours en ce monde, les puissants ont toujours raison.

Dans peu de temps, de force, Noël sera amish, sans lumière, sans chaleur, sans marchandises. Les algorithmes, les voitures, les avions et les guerres auront eu raison de notre insouciance collective.

3 décembre 2022 Aimée Saint-Laurent © Chants de Guerrière

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