Jeu de patience, Poème du 20 novembre 1991

Tu es entré. Les morceaux du puzzle que j’avais eu tant de mal à rassembler, dans le tapage, le roulis de ma traversée, au fil des jours bientôt devenus des années, se sont éparpillés aux quatre coins de mon âme.

Jeu de patience

  

Tu es entré.

 Les morceaux du puzzle que j’avais eu tant de mal à rassembler, dans le tapage, le roulis de ma traversée, au fil des jours bientôt devenus des années, se sont éparpillés aux quatre coins de mon âme.

A la surface de chaque pièce m’apparaît le sceau de ta présence et je ne peux l’expliquer, et je ne comprends plus ce désordre. J’ai perdu le mode d’emploi. Je ne sais comment poursuivre le jeu et tu me regardes en silence.

Je me surprends, une fois de plus, à énumérer une à une, moi-même, toutes les questions et à ne déceler, au bout du compte, que la pénombre de mes propres réponses.

 Ferai-je mieux d’allumer un feu de joie de tous ces débris épars, ou faut-il, coûte que coûte, que je reprenne la partie au départ ?

Puisqu’il me faut faire le point,  je dois décider d’être sage. J’attendrai que le temps qui passe m’offre la solution de l’énigme ou m’apporte, à mon insu, la réconciliation des extrêmes qui me tiraillent et me brisent. Ou, plutôt que de faire confiance à l’avenir, j’opterai, comme un enfant distrait, pour un autre jeu et la certitude de gagner à la fin. J’oublierai cet écartèlement de l’être atomisé. Je battrai le rappel de mes victoires passées, je brandirai, même déchiré, l’étendard de mes espoirs. Ta présence n’aura plus alors d’autre effet que de faire éclore sur mon visage intrépide la vaillante rose d’un sourire.

 Et, reconquise sur les forces de l’absurde qui voudraient me détruire l’intégrité du destin que je me suis choisi, je rendrai grâce à qui veut bien l’entendre pour le bonheur limpide de savoir que tu existes.

                                                20 novembre 1991    Aimée Saint-Laurent ©

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