Lueurs dans le noir, Poème du jour

« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »

 Gérard de Nerval (El desdichado)

 Lueurs dans le noir

Du plus loin qu’il me souvienne, mes rencontres ne furent qu’étoiles filantes, sitôt apparues, sitôt disparues. Ma seule compagne fidèle, robe de solitude scintillante, me colle à la peau depuis toujours avec sa traîne de rêves, d’espoirs, de chimères qui piquent d’étoiles les nuits et les jours, et s’évanouissent au fil du temps, vaines escapades de l’âme brisée par les tourments de la vie, la mélancolie d’exister, l’absence d’êtres de cœur et de feu.

Je le sais aujourd’hui, j’attendais la lumière d’un ailleurs qui n’existe pas, d’êtres autour de moi qui n’en émettaient pas, simples reflets d’un monde imaginaire que je prenais pour l’univers réel. Je la trouvais parfois chez ceux que je ne rencontrerais jamais, qui ne me connaîtraient jamais, génies du passé qui nous avaient par hasard légué la magie de leurs chefs-d’œuvre, Louise Labbé, Mozart, Pergolèse, Botticelli, Schubert, Villa-Lobos et tant d’autres, pour qui j’avais eu le coup de foudre.

J’avais cru trouver en toi, mon unique amour, la splendeur qui me guida pendant tant d’années ; s’agissait-il d’un leurre ? Tu as brutalement voulu éteindre ce flamboyant soleil, m’abandonnant au chaos d’un monde sombre, de la vieillesse qui n’attend pas, de la vision lugubre de l’outre-tombe.

Il me semble pourtant, parfois, que la flamme vacillante de l’illusion voudrait rallumer sa mèche, et jeter de nouveau sa lueur sur la suite des jours. Le songe poursuit les stations de son chemin de croix.

14 octobre 2021  Aimée Saint-Laurent ©

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