Nicole Péruisset-Fache
Chercheure en sciences humaines indépendante, poétesse
Abonné·e de Mediapart

299 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 févr. 2022

Nicole Péruisset-Fache
Chercheure en sciences humaines indépendante, poétesse
Abonné·e de Mediapart

Portrait de Poutine par un fin connaisseur de la Russie

Un fin connaisseur de la Russie, Français parfaitement russophone, aujourd'hui décédé, a laissé un portrait du nouveau tsar de toutes les Russies dans ses mémoires. Il m'a confié ce texte en 2020. Je ne corrige pas les fautes ni les accents qui manquent.

Nicole Péruisset-Fache
Chercheure en sciences humaines indépendante, poétesse
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Who is Mr Putin? Oct 91

    Du “patsan”* aux frequentations borderline des arrieres cours de St Petersbourg, enfant tardif d’un couple survivant du siege de la ville, au president de toutes les Russies, il y a l’immensite de la terre russe. Comme un alpiniste qui a atteint le sommet et ne sait pas très bien comment redescendre, il repousse sa sortie en la sachant proche, prisonnier du pouvoir qu’il a concentre entre ses mains et obsede par l’immunité. Exorcisant les cygnes noirs qui s’accumulent, il se donne du père de la Nation entoure de courtisans et d’oligarches lies a son destin et devoues a son bien être. Qu’il est loin le falot guebiste que je rencontre pour la premiere fois durant la perestroika a St Petersbourg !

   Conference internationale a l’hotel Pribaltiiskaia dont je suis le guest speaker et qui va changer ma vie. On m’affecte deux assistantes russes, la premiere qui traduit avec ardeur mes slides et la seconde, Valentina*, qui ne veut rien savoir prétextant son ecriture impossible. Valentina est aujourd’hui mon epouse et la mère de mes enfants. Viree de son travail pour intelligence avec l’ennemi, moi, fille unique d’une famille très sovietique ou l’apparition d’un français parlant couramment le russe était regardee de travers, elle endure cette situation. Respect et reconnaissance ! Et pour deux merveilleux enfants qui comprennent et parlent russe comme leur frère ainé.

 Ce matin de la conference arrive Anatoly Sobtchak , le maire de St Petersbourg, president de seance. On fait connaissance, il me presente ses collaborateurs dont VVP, silencieux et deferent, et dont je devine aux chaussures, style Mephisto gris, l’appartenance aux organes… Déjà maire adjoint , prepose aux relations avec les étrangers, sa carte de visite traine encore dans mes classeurs. «  N’hesitez pas a l’appeler, si vous avez besoin de quelque chose, il vous expliquera comment vous en passer ! »

  Passionne par ce qui se passe sous mes yeux, je rejoins Schlumberger, multinationale franco americaine de l’energie,  recrute par mon ami Michel pour diriger les debuts en Russie de la societe . Me voila installe a st Petersbourg observant les futurs cadres du pays débuter leur carrière dans l’orbite de la mairie. Bientôt a la tete de Gazprom-Miller, Sberbank-Gref, Sechin -Rosneft et consorts, ils se font les dents dans cette ville partagee entre les gangs, le racket , les premiers casinos, la prise de contrôle des hotels . Certains y laissent leur vie, d’autres visiblement savent louvoyer et profiter largement du système. La se dessinent les cercles du pouvoir encore en vigueur aujourd’hui.

   A Londres s’est creée la BERD* dirigee par J A.,personnage dont les Anglais veulent très vite se débarrasser. La France ,attributaire prioritaire du poste, nomme très vite un successeur, J de la R., gouverneur de la Banque de France. Son proche conseiller, mon ami Claude, associe de MCKinsey, me telephone pour que je leur donne un coup de main lors de l’organisation du sommet annuel de la banque qui doit se tenir au Palais de Tauride*. Quelque temps auparavant une de mes assistantes me rapporte une visite récente et inquietante dans nos bureaux situes dans une zone industrielle pres de l’aeroport . A mon retour elle m’informe d’une demande de RV d‘un personnage énigmatique. Tout le personnel russe me parait effraye ; je prends mon temps pour réfléchir et m’informer . Je fixe le RV plus tard et le jour venu je reçois poliment  deux personnages patibulaires, attiffes comme dans les feuilletons de la tele russe, de blazer et manteaux couleur prune qui commencent a me parler sécurité des livraisons et autres activités de l’entreprise (chez SLB a ce moment avions encore une activite station service qui était le business le plus florissant mais le plus dangereux). Je comprend très vite la tentative de racket et St Petersburg étant le siege d’une lutte d’influence entre le groupe de Tambov et celui de Malychev, il me faut faire l’idiot pour gagner du temps… ce que je fais très bien !!!

  Palais de Tauride ce matin de mars, -15o, soleil eclatant, les delegations debarquent les unes après les autres, les journalistes se rassemblent. Voila De la R. et mon ami, je les retiens dans le vestibule pour attendre l’arrivee d’A. Sobtchak et les introduire a part. Il arrive comme toujours suivi de VVP  en costume 3 pieces gris . Anatoly m’aperçois et se dirige vers nous, je fais les presentations puis prend a part Sobtchak : « Anatoly Alexandrovitch, il faut que je vous parle d’un sujet dont je n’ai  pas vraiment envie de faire part aux journalistes, surtout compte tenu de vos efforts pour attirer les investisseurs étrangers » .

   « Viens me voir a Smolny cet après midi. » Poutine a bien entendu.Moi aussi.

A 15 h je remonte le long couloir de l’Institut de jeunes filles Smolny qui reste encore le siege historique du pouvoir après avoir été le QG de Lenine et des bolcheviks et le cadre du meurtre de Kirov. On m’introduit sans attendre dans le bureau de Sobtchak, je revois encore la coupelle de fruits et la batterie de telephones ivoire dans cette piece de lambris sombre. Après les politesses d’usage sur la reunion du matin, j’expose la tentative de racket dont j’ai été l’objet et les consequences qui peuvent en decouler ; pas besoin de lui faire un dessin, il a tout de suite saisi le danger ; il attrappe un des telephone ivoire, la vertouchka* et commence  un dialogue avec un interlocuteur que je ne vois pas mais dont je devine très vite l’identite. «  Demmerdez vous. Je ne veux pas ce genre de choses ? Faites ce qu’il faut ! »

   Rien a ajouter ! Je n’ai jamais plus entendu parler du mec au pardessus prune et quand je passe en voiture sur le peripherique de St Petersbourg, je me plais a imaginer que je roule sur les restes de ce personnage qui a fini sa carrière dans le beton des piliers d’autoroute. Quant a l’interlocuteur au telephone , il a fait du chemin depuis et puis la Russie s’est mise a construire un réseau autoroutier sérieux... en particulier de St Petersbourg a Moscou…Sic transit…."

NdE : *patsan = gangster  ;  * vertouchka = banane (je suppose qu'il s'agit du combiné de téléphone) *Valentina : le prénom a été modifié.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
Le jour où le post-fascisme a pris le pouvoir en Italie
Le parti de Giorgia Meloni a largement dominé les élections italiennes du 25 septembre. La coalition de droite devrait obtenir une majorité absolue au Parlement. Le résultat de décennies de confusionnisme et de banalisation du fascisme dans lesquels se sont fourvoyés tous les mouvements politiques de la péninsule.
par Ellen Salvi
Journal
UBS : quand Bercy se refuse à indemniser une lanceuse d’alerte
Sans Stéphanie Gibaud, il n’y aurait pas eu de scandale UBS. Alors que l’État a récupéré des milliards grâce à ses informations permettant de mettre fin à l’évasion fiscale de la banque suisse, le ministère des finances se refuse à l’indemniser. Le tribunal administratif lui a demandé de reconsidérer sa position. Bercy a fait appel.
par Martine Orange
Journal — Santé
En Mayenne : « J’ai arrêté de chercher un médecin traitant »
En Mayenne, des centaines de personnes font la queue pour un médecin traitant. Dans ce désert médical, le nombre de médecins n’est pas suffisant face à une énorme demande. Inciter les médecins à s’installer dans des zones sous-dotées ne suffit peut-être plus. Certaines voix prônent une autre solution : la contrainte. 
par Célia Mebroukine
Journal — Moyen-Orient
Des Russes désertent vers la Turquie pour ne pas « mourir pour Poutine »
Après que le président russe a décrété la mobilisation partielle des réservistes pour faire face à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, de nombreux citoyens fuient le pays afin de ne pas être envoyés sur le front. 
par Zafer Sivrikaya

La sélection du Club

Billet de blog
La gauche en France doit sortir de son silence sur la guerre en Ukraine
[Rediffusion] La majorité de la gauche en France condamne cette guerre d'agression de l'impérialisme russe, demande le retrait des troupes russes de l'Ukraine. Mais en même temps reste comme paralysée, aphone, abandonnant le terrain de la défense de l'Ukraine à Macron, à la bourgeoisie.
par Stefan Bekier
Billet de blog
« Avoir 20 ans en Ukraine » : un témoignage plus nuancé
Dans son édition du 12 septembre 2022, l'équipe de « C dans l'air » (France 5) diffusait un reportage de 4 minutes intitulé : Avoir 20 ans à Kiev. Festif, le récit omettait que ces jeunes ukrainiens font face à des impératifs bien plus cruels. M'étant aussi rendu en Ukraine, j'écris à Maximal Productions un email ré-adapté dans le présent billet afin de rappeler une réalité moins télégénique.
par vjerome
Billet de blog
Ukraine : non à la guerre de Poutine
Face à la guerre, la gauche au sens large a pris des positions divergentes, divergences largement marquées par des considérations géopolitiques. Le mot d'ordre « non à la guerre de Poutine » permet d'articuler trois plans : la résistance des Ukrainiens contre l'agression russe, les mobilisations contre la guerre en Russie, la course aux armements.
par denis Paillard
Billet de blog
Chéri, je crois qu’on nous a coupé le gaz !
Depuis quelques mois, la discrète Roumanie ravitaille le reste du monde. Le plus grand port de la mer noire s’érige au nom de Constanța. Les affaires battent leur plein. Les céréales sont acheminées dans des wagons sans fin. Aujourd'hui, comment vit-on dans un pays frontalier à l'Ukraine ? Récit de trois semaines d'observation en Roumanie sur fond de crise énergétique et écologique.
par jennifer aujame