Nicole Péruisset-Fache
Chercheure en sciences humaines indépendante, poétesse
Abonné·e de Mediapart

346 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 sept. 2022

Nicole Péruisset-Fache
Chercheure en sciences humaines indépendante, poétesse
Abonné·e de Mediapart

Consolation

Il me plaisait tant, le jeune homme écorché vif que tu étais, beau comme un dieu grec, celui qui composait des poésies sans façon, en rêvant de voyage aux Amériques. Nous avions vingt ans, l’avenir en partage. Tu ne savais pas qui tu serais.

Nicole Péruisset-Fache
Chercheure en sciences humaines indépendante, poétesse
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                                                « Mon enfant, ma sœur,
                                                    Songe à la douceur
                                       D’aller là-bas vivre ensemble ! »

                                Baudelaire (L’invitation au voyage) 

 « Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

   Un jour de palme un jour de feuillages au front

   Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

   Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche »                                         

                                                    Louis Aragon

 Consolation

 Il me plaisait tant, le jeune homme écorché vif que tu étais, beau comme un dieu grec, celui qui composait des poésies sans façon, en rêvant de voyage aux Amériques. Nous avions vingt ans, l’avenir en partage. Tu ne savais pas qui tu serais.

Je t’apportai mes horizons clairs de jeune femme, la douceur d’un cœur sincère, la complicité de l’amie, une consolation de grande sœur, la confiance de la confidente, mes songeries de poétesse. Ce soir-là, en te quittant pour la nuit, j’appuyai des lèvres de tendresse sur ton front soucieux, baiser fervent pour sceller ce moment d’espérance, la chance d’avoir été si près de toi quelques secondes.

Nous ne pûmes résister à l’élan qui nous poussa l’un vers l’autre, et ce fut l’aveu du premier je t’aime, du plus profond de l’âme, rose odorante épanouie au jardin des mille et une nuits, instant d’échange inouï qu’on ne vit qu’une seule fois. Tu me fis don de ton être. Une légende venait de naître.

 Pour un temps, je deviendrais la muse, la fée, la Femme; pour toujours tu serais l'Aimé par excellence. J’égrenai alors sans fin les lais les plus inédits pour célébrer ton existence, raconter l'étrange rencontre, annoncer alentour nos noces sublimes, chanter l’union sacrée que tu proposas le premier, imprimée à jamais dans les mémoires, et que nul ne pourra délier.

Très vite hélas, tu cédas au démon de l’absence et ma vie fut faite d’attente et de souffrances. Chaque jour passé sans toi était un jour sans joie. Ton retour me comblait de félicité, notre amour était le nombril du monde, le sens de ma vie, la seule fin de mon obscur destin. Tu n'en avais cure, tu préférais être au loin.

Le démon te harcelait. Tu n’entendais plus la mélopée mélancolique de ma désespérance. Un délire inconnu t’entraîna dans la folie, la trahison, la violence, la déchéance, le mal absolu. Tu décrétas la guerre. J’entrai en résistance.

Quand la paix reviendra, si elle revient un jour, quand les années nous auront désarçonnés et, qui sait, rendus sages, quand nous serons à deux pas de la tombe, sous l’orage ou sous les bombes, quand tous les mois ressembleront à Décembre, la passion d’antan renaîtra peut-être de ses cendres ;  et si, vieilli par le chagrin et le temps, humblement tu demandes pardon, je pardonnerai, je pense.

Car, seul chemin vers la rédemption finale, l’amour est plus fort que la mort.

                    27 septembre 2022  Aimée Saint-Laurent ©

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
À Saint-Étienne, le maire et le poison de la calomnie
Dans une enquête que Gaël Perdriau a tenté de faire censurer, Mediapart révèle que le maire de Saint-Étienne a lancé une rumeur criminelle, dont il reconnaît aujourd’hui qu’il s’agit d’une pure calomnie, contre le président de région Laurent Wauquiez. À l’hôtel de ville, des anciens collaborateurs décrivent un quotidien empoisonné par la rumeur, utilisée comme un instrument politique.
par Antton Rouget
Journal — France
L’encombrant compagnon de la ministre Pannier-Runacher
Des membres du ministère d’Agnès Pannier-Runacher sont à bout : son compagnon, Nicolas Bays, sans titre ni fonction, ne cesse d’intervenir pour donner des ordres ou mettre la pression. En outre, plusieurs collaborateurs ont confié à Mediapart avoir été victimes de gestes déplacés de sa part il y a plusieurs années à l’Assemblée nationale. Ce que l’intéressé conteste.
par Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal — Europe
Ukraine : le soupçon de la collaboration plane sur les villages libérés
Dans la région de Kherson, certains villages ont vécu pendant des mois à huis clos, sous occupation russe. Des voisins ont été tués ou sont portés disparus. La difficulté à mener des enquêtes rapides dans un pays mis sens dessus dessous par la guerre permet à la rumeur de prospérer.
par Mathilde Goanec
Journal
Morts aux urgences, pédiatrie sous l’eau, grève des libéraux : la santé au stade critique
Covid, grippe, bronchiolite : l’hôpital public vacillant affronte trois épidémies. En pédiatrie, dix mille soignants interpellent le président de la République. Côté adultes, les urgentistes ont décidé de compter leurs morts sur les brancards. Et au même moment, les médecins libéraux lancent une grève et promettent 80 % de cabinets fermés.
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
Abattage des animaux à la ferme. Nous demandons un réel soutien de l’Etat
Solidarité avec Quand l’Abattoir Vient A la Ferme : Depuis 2019, la loi autorise les éleveurs, à titre expérimental, à abattre leurs animaux à la ferme. Ils n’ont toutefois bénéficié d’aucuns moyens dédiés et doivent tout à la fois assurer les études technique, financière, économique, sanitaire. Respecter les animaux de ferme est une exigence collective. Nous demandons un réel soutien de l’État.
par Gaignard Lise
Billet de blog
Noémie Calais, éleveuse : ne pas trahir l’animal
Noémie Calais et Clément Osé publient « Plutôt nourrir » qui aborde sans tabou et avec clarté tous les aspects de l’élevage paysan, y compris la bientraitance et la mort de l’animal. Entretien exclusif avec Noémie.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
L’animal est-il un humain comme les autres ?
Je voudrais ici mettre en lumière un paradoxe inaperçu, et pour commencer le plus simple est de partir de cette célèbre citation de Deleuze tirée de son abécédaire : « J’aime pas tellement les chasseurs, mais il y a quelque chose que j’aime bien chez les chasseurs : ils ont un rapport animal avec l’animal. Le pire étant d’avoir un rapport humain avec l’animal ».
par Jean Galaad Poupon
Billet de blog
Canicule : transformer nos modes d’élevage pour un plus grand respect des animaux
L’association Welfarm a mené cet été la campagne « Chaud Dedans ! » pour alerter sur les risques que font peser les vagues de chaleur sur la santé et le bien-être des animaux d’élevage. Après des enquêtes sur le terrain, des échanges avec les professionnels de l’élevage, des discussions avec le gouvernement, des députés et des eurodéputés, Welfarm tire le bilan de cet été caniculaire.
par Welfarm