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Billet de blog 28 févr. 2022

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Le baroud de déshonneur de Poutine

Je publie ici un article de mon cousin germain Dominique Fache (1949-2021), agrégé de russe, ancien Directeur général de Schlumberger puis d'Enel pour la Russie et la CEI, éminent observateur de la Russie contemporaine et de son chef mafieux.

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Par Dominique Fache (1949-2021) (président de la Russian Technology Foundation, agrégé de russe, ayant vécu et travaillé en Russie de 1991 à 2020, et été en contact professionnel avec Poutine qu'il a vu à l'oeuvre pendant 30 ans, depuis son rôle de 1er adjoint à la mairie de Saint-Pétersbourg en 1991 jusqu'à 2021.

Publié le 23 févr. 2018 à 12:00

Le symbole du cygne noir choisi par David Hume pour illustrer la notion d'improbabilité, popularisé ensuite par Nassim Taleb dans son ouvrage sur la crise de 2008, marque l'imaginaire russe bien au-delà du ballet de Tchaikovsky et de sa dualité cygne blanc/cygne noir, la lutte du bien et du mal. Une sourde incertitude entoure le début de la campagne électorale pour la présidentielle russe, bien que personne ne se fasse d'illusion sur le résultat final.

Ksenia Sobchak, une personnalité politique russe, déclare que Vladmir Poutine est déjà élu et qu'elle se bat pour le « round » suivant. A vrai dire, si l'on réfléchit bien à la situation, Poutine appartient déjà à l'histoire. Un cycle prend fin et la question qui compte est bien celle de l'épisode suivant, de son déroulement et de ses acteurs.

> ANALYSE - Poutine, un président candidat face à la lassitude de la Russie

Repue de l'homme providentiel, la Russie saura - t-elle gérer ce moment critique de son histoire ? Pour ceux qui croyaient encore au règne du cygne blanc ou à l'envol de la chouette de Minerve, l'histoire russe pourrait apporter un démenti cinglant à ceux qui pensent venue la fin de l'histoire.

Poisse historique ?

Ce ne sera pas la première fois que la Russie se prendra les pieds dans le tapis de sa propre histoire et que les fins de cycle/moments charnières donneront lieu à ces farces tragiques improbables, invraisemblables ou monstrueuses. Ainsi de la révolte des Décembristes, du Temps des troubles, des Bolcheviques faux majoritaires et vrais minoritaires, de l'escamotage de Beria, liquidé subrepticement à la mort de Staline, ou encore de la chute de l'URSS décrétée plus grande catastrophe historique par le même Poutine.

On a voulu faire au mieux, mais ça a foiré comme d'habitude !

Autant de cygnes noirs hasardeux qui déjouent les pronostics des esprits les mieux disposés et confirment l'expression de la sagesse populaire reprise du dirigeant politique russe Viktor Tchernomyrdine (1938-2010) : « On a voulu faire au mieux, mais ça a foiré comme d'habitude ! » Comme si une sorte de poisse historique collait au destin de la Russie.

Bilan en demi-teinte

L'heure n'est pas encore venue du bilan de la présidence de Poutine. Les historiens le feront le moment venu, à tête reposée. Il est contrasté : si la Russie a incontestablement retrouvé de sa superbe dans le concert des nations - et beaucoup de Russes lui en font crédit -, son PIB plafonne entre l'Italie et l'Indonésie, loin de celui des trois géants : Etats-Unis, Chine et Europe. Les quelques succès diplomatiques ont été oblitérés par l'omniprésence de l'ordre « gazpromien » et les fêlures nées des prises d'otages du théâtre de Moscou, en 2002, de celle de Beslan, en 2004, ou encore dela tragédie du Koursk (2000), guère effacées par le bluff en Crimée.

On pourra gloser longtemps sur les mérites respectifs d'un Etat fort ou juste, sur le jugement du peuple ou des élites, sur la solidité des valeurs et des institutions en place. Pussy riots, bikers allumes Croisés de causes perdues, hagiographes de bazar, judokas-businessmen, barbouzes rangés, mafieux d'opérette, Rastignacs des couloirs du Kremlin, on aura vu défiler une faune hétéroclite, parfois carnavalesque, en particulier dans ces shows complaisamment diffusés par des chaînes de télévision complices et serviles.

Cygne blanc ou cygne noir ?

Sur ce fond d'écran où l'on ne sent plus de grand dessein, si ce n'est de la grandeur auto-alimentée, on ne peut exclure l'apparition d'un cygne noir incongru, déclencheur d'autres événements improbables, dont certains signaux faibles remontent par des canaux inconnus des démocraties établies, et inaudibles des observateurs habituels.

Et si on se pose la question de cette exception russe et du pourquoi d'un potentiel dérapage d'un scénario si bien huilé : il devient très compliqué de faire coexister une exigence morale élevée avec une réalité endémique de corruption structurant la société entière, y compris, et surtout, ses élites. De ce double postulat intenable peut jaillir des situations fatidiques redoutables, jamais conjecturées dans les scenari les plus audacieux. Et peut-être ce qu'a Dieu ne plaise ! Car la Russie est comme le Lac des cygnes. On ne connaît jamais la vraie fin de l'histoire, ni qui triomphe du cygne blanc ou du cygne noir.

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