HERCULE - Le monde énergétique d'après...

Alors que chacun s'inquiète des conséquences de la pandémie sur sa vie quotidienne, le gouvernement en profite pour envisager de modifier très rapidement l'organisation d'EDF et donc du secteur électrique français. Pourquoi cette urgence et ces travaux en catimini s'il s'agit bien d'une nécessité portée par la préservation de l'intérêt général de la population française ?

En France, nous avons eu la « chance » de grandir dans un monde où l’énergie électrique n’a jamais été un frein au développement.

Bien au contraire, elle a contribué à améliorer grandement les conditions de vie du plus grand nombre. Cela marche si bien que plus personne n’y porte attention… (et c’est bien là le drame).

 

Mais tout ceci n’a rien à voir avec la chance !

 

C’est le résultat d’une volonté politique tournée vers l’intérêt supérieur de la Nation, qui a porté des choix industriels ambitieux, qui n’auraient pu voir le jour sans attribuer une valeur très significative à l’intérêt général.

Jusqu’à preuve du contraire, cette volonté ne nous a pas mené dans le mur, puisque la population française peut bénéficier d’une électricité sensiblement moins chère que la moyenne européenne, qui plus est peu émissive en CO2 ce qui est la première urgence du moment.

 

Alors pourquoi casser quelque-chose qui fonctionne ?

En quoi le système actuel ne répond-il plus à l’intérêt général ?

La Nation se plaint tant que ça de la gestion du système électrique ?

Nous aimerions tous entendre les réponses de nos politiques et dirigeants à ces questions…

 

En quoi l’organisation proposée va-t-elle apporter un bénéfice à la Nation ?

Au moment où l’énergie électrique et la gestion de ses équilibres vont devenir encore plus essentielles, morceler la gestion de cette énergie a-t-il du sens ?

 

Depuis l’ouverture à la concurrence, qui devait bien évidemment résoudre tous les problèmes (d’ailleurs lesquels exactement ?), voici les bonnes nouvelles qui se sont succédées :

  • La facture des consommateurs de ce bien de première nécessité n’a fait qu’augmenter ;
  • La précarité énergétique est en progression constante ;
  • On a mis en place une concurrence complètement absurde qui oblige EDF à vendre ¼ de sa production nucléaire à un prix inférieur au prix de revient, pour que des « opérateurs » (plutôt des traders de fait) puisse commercialiser cette électricité en se faisant une bonne marge sans aucun risque puisqu’ils n’ont aucun coût d’investissement ou d’entretien à assumer :
  • Et maintenant, on n’aurait plus les moyens d’entretenir les centrales nucléaires pilotables qui fournissent plus de 70% de l’électricité, avec un impact CO2 extrêmement limité ;
  • Alors on va remettre les centrales nucléaires dans un panier public qui restera de fait structurellement déficitaire et on met dans le panier privé ce qui peut générer des bénéfices…
  • On monétisera au passage les dispositions de sécurité et de soutien que les concepteurs du système électrique français avaient bien anticipé (renvoi de tension de l’hydraulique pour redémarrer les centrales nucléaires en cas d’incident d’ampleur sur le réseau) ;
  • Pour sûr, on ne fera pas non plus l’impasse sur la monétisation des lâchers d’eau qui permettent d’assurer l’irrigation, le refroidissement des centrales, les loisirs nautiques qui sont pour le moment réalisés gratuitement. Il n’y a aucun risque à venir quant à une possible pénurie d’eau, tout le monde le sait !

 

Comme ça, juste pour voir, est-ce que quelqu’un parmi les chantres de la privatisation d’EDF ou de son éparpillement façon puzzle pourrait nous indiquer une seule vraie bonne nouvelle pour la Nation suite à la privatisation de la production d’électricité ???

 

Passer au monde d’après…

Pour le coup sur ce sujet, et pour le bien de tous, il aurait mieux valu garder le monde d’avant.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.