Hôtesses: le tour de France du sexisme

J'ai titré mon article de blog ici du titre d'un article de Mme Hélène Berkaoui. Déjà, c'est une affirmation de soutien par rapport à ce qu'elle a dit dans cet article, belle dénonciation de la situation de ce que Mai 68 dénommait "la femme-objet", ainsi que les féministes de toute époque. Et je voulais ajouter un commentaire pour continuer la réflexion sur ce sujet.

  J'ai titré mon article de blog ici du titre d'un article de Mme Hélène Berkaoui. Déjà, c'est une affirmation de soutien par rapport à ce qu'elle a dit dans cet article, belle dénonciation de la situation de ce que Mai 68 dénommait "la femme-objet", ainsi que les féministes de toute époque. Et je voulais ajouter un commentaire pour continuer la réflexion sur ce sujet.

 En effet, Mme Berkaoui dit dans son article que personne ne voudrait interdire ce métier d'hôtesse(s). Peut-être, oui, car c'est comme le problème du travail des enfants ou de la prostitution infantile dans des pays en voie de développement encore à l'heure actuelle et déjà depuis bien avant les colonisations, surtout que les colonisations datent de bien avant l'époque de Jules César, guéguerres puniques comprises. Ce type de problème est l'un des outils préférés de populistes, des droitistes, des traditionalistes, sadomasomachistes comme aurait dit Freud et Françoise Dolto. Le problème est que celles et ceux qui l'on dit ainsi soumis.e.s au patriarcat, que les extrémistes dénomment des populations dominées, sont dans le besoin financier, le besoin de payer un loyer et manger, au minimum, et souvent sont dans le phénomène d'exclusion, et leur population se situe généralement issue de milieux où l'on ne rencontre que des traditionalistes. Et comment s'en sortir, alors? Interdire ce métier serait l'équivalent à les envoyer au chômage à vie, ou en tout cas, d'en prendre le risque. Aux USA, l'on associe le chômage à vie avec le choix entre le clochardisme et l'armée. C'est ça l'avenir du traditionalisme? Ce phénomène d'exclusion n'est pas vaincu. S'en sortir n'est pas se mettre à côtoyer d'autres gens, un peu au hasard, en se disant: "celui-là" ou "celle-là" "a une bonne tête, pourquoi pas lui parler", car même là, c'est risquer de s'exposer, en effet, et c'est surtout aller de charybde en scylla, en quelque sorte, de piège en piège, à chercher une solution en d'autres gens, en évitant de réfléchir à ce qui a posé problème. C'est là où la psychanalyse trouve l'un de ses intérêts, celui de poser à plat une situation, avoir un lieu où déballer tout ce qui ne va pas, et démonter la mécanique dépressive de se dire que la solution est ailleurs qu'en soi-même. Beaucoup de pseudo-médecins ont proposé des soins énergétiques, et oui, une partie du problème est énergétique, car où et comment trouver un métier pour payer son loyer et manger, car non, la première chose à faire n'est pas de fonder une famille, c'est d'abord d'avoir un travail que l'on aime et qui est utile à la vie. C'est pour cette raison qu'il y a un RSA et qu'il y avait déjà dans les années quatre-vingt quatre-vingt-dix, un RMI: les minima sociaux permettent de choisir. En effet, en patientant avec des minima sociaux, l'on peut monter un projet pour, par exemple, reprendre des études dans des centres AFPA et devenir, au lieu d'hôtesse, au lieu de cireur de chaussures, technicien ou technicienne de laboratoire en électronique. Oui, mais, il y a des capacités en mathématiques à avoir? Oui, et c'est toujours possible de prendre le temps pour faire des remises à niveau parfois s'il y a besoin, pendant dix ans, ce n'est rien dix ans pour obtenir en fin de compte un métier plus intéressant que faire des soudures toute la journée et finir avec une pension d'invalidité permanente et l'impossibilité de vivre sans béquilles, en plus du recul de l'âge de la retraite depuis cette année.

 Alors, oui, s'en sortir, ce n'est pas par un coup de baguette magique. "Mais, ça demande de l'énergie, ça, beaucoup d'énergie?" Oui et non. Vous voulez que je vous donne un exemple que je connais bien? Moi. J'ai commencé la musique en m'y intéressant, mais ne pensez pas que je n'allais pas à l'école avec les plus de trente-cinq heures par semaine que ça demandait. Quand j'ai débuté, j'avais cinq ans, oui, et je ne faisais qu'un quart d'heure par jour d'instrument, c'est au bout d'une quinzaine ou vingtaine d'années que j'ai acquis suffisamment d'autonomie pour faire une heure, deux heures, trois heures par jour. Des concerts? J'en ai faits cinq cents? A peu près, oui, et au début, il m'a fallu accepter à peu près une centaine de concerts sans rémunération, car je n'avais pas de public, même avec mon concert au Théâtre de Beaune en 1994. C'étaient les conditions à l'époque, sinon, je n'aurais jamais débuté ma carrière, et je n'aurais pas eu l'idée de me financer mon matériel pour enregistrer mes disques, car j'ai réfléchi aussi à ce problème: louer un studio pour enregistrer un disque, c'est à peu près deux cents euros la journée, sans technicien.ne.s, les jours de mixage, ça peut être pire, le mastering, n'en parlons pas. Je me voyais mal débourser trois mille euros par semaine pendant je ne sais combien de semaines pour enregistrer autant que je voulais, et que je veux, car je n'ai pas abandonné. Alors, muni de mes connaissances en techniques du son, j'ai décidé de manger moins, car je n'avais pas le choix: soit je déboursais pour enregistrer surtout "la Fin de Satan" qui dure sept heures, des milliers d'euros que je n'avais pas, soit j'économisais pour me financer mon matériel et enregistrer à quasiment n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, autant de disques que je veux. J'ai choisi la deuxième solution, et ai mangé trois fois par jour des pâtes bolognaises pendant à peu près dix ans, parfois sans un bout de pain. Aujourd'hui, quand mes Droits d'Auteur m'auront été payés et quand mes distributeurs m'auront payé la rétribution légale contractuelle de la distribution de mes disques, j'aurai abouti à un premier stade professionnel, celui de gagner ma vie avec la musique, ce qui fonde ma vie, et de plus en étant anti-capitalistique, car je ne suis pas une entreprise de commerce, et je continue d'être honnête en tout et pour tout, c'est d'ailleurs ma force, l'honnêteté. Un jour, quelqu'un m'a dit: "ouais, ouais, trimer, trimer, 'pis s'en sortir à quarante ans, non, non, pas pour moi", et je n'ai rien répondu, car je me suis dit que: "moi, si", j'avais à peu près vingt ans, à l'époque. Partir de rien, être honnête, ne pas lâcher un millimètre de terrain, et gagner ma vie avec la musique, auto-produire, ça, c'était l'un de mes buts, et au bout d'à peu près quarante ans, j'y suis arrivé. "Tu avais des facilités" pourrait-on me dire, car oui, j'ai fait de très bonnes études en musique et je me suis fait remarquer très tôt pour mes capacités musicales, mais j'aurais pu en rester à faire cinq minutes de musique par jour ou tous les deux jours, et devenir soudeur ou professeur de sport, de philosophie, et m'encroûter dans une vie de frustré en haïssant tout le monde. J'ai fait le choix de travailler pendant plus de vingt ans, puis de me battre pendant plus de vingt ans, pour gagner ma vie avec ce qui me passionne le plus, la musique. Je n'ai rien sacrifié, même pas le baccalauréat, même en ne restant aux épreuves du bac qu'une heure, et en rédigeant ma dissertation de philosophie sous forme plus de plan moitié développé que de dissertation, puisqu'il m'aurait fallu à peu près douze heures pour faire ma dissertation en entier. Par anti-conformisme, d'ailleurs, j'ai passé un bac musique aussi, et au moment de l'épreuve de musique, j'ai rédigé ma dissertation sous forme de tableau comparatif, comme un tableau de signes d'étude de fonctions de mathématiques, et je suis sorti au bout d'une heure. Je vais vous le dire clairement, ça me faisait lourdement ch...er de passer des diplômes, mais pas les études. Repensez que quand j'étais à l'école, je n'avais qu'à peu près un quart d'heure à une demi-heure de disponibles pour travailler la musique.

 Qui est capable d'affronter Rome? Tout le monde. Qui est capable d'affronter la lecture du ROME? Je ne suis pas sûr que tout le monde le puisse, mais quand même. Vous ne savez pas ce que c'est que le ROME? C'est le dictionnaire de l'AFPA, de l'ancienne ANPE, le répertoire de quasiment tous les métiers possibles, ça fait autant de volumes qu'Encylopaedia Universalis, plus de vingt volumes, avec une ou deux pages de descriptif de métier par métier, des milliers de pages, des millions de métiers y sont répertoriés. Ca, c'est un outil social pour s'en sortir. Mettre le nez dedans, c'est passer du temps, beaucoup de temps à lire des descriptifs de métiers, avec les stages parfois d'un ou deux ans, qui permettent d'y accéder. Apprendre à lire ou à écrire? Si ça prend dix ans, pourquoi pas non plus? J'arrive à lire et à écrire, oui, mais ce n'est pas d'un coup de baguette magique, ce n'est pas un don du ciel qui me serait tombé dessus un jour d'orage ou de pleine lune. J'ai fait des études oui, mais sans attendre de l'aide provenue de nulle part. J'ai eu du mal à continuer mes études quand j'ai sombré dans une dépression nerveuse qui a failli me coûter la vie, oui, mais j'ai continué mes études par moi-même, et j'ai fini par vaincre cette dépression nerveuse. La vie n'est pas facile, oui, mais personne n'a dit qu'il fallait que ce soit facile ou que ça ne le soit pas, et ça vaut le coup quand même. S'y mettre, sans attendre, et même si une impression de chape de plomb fait que l'on colle au fauteuil, que l'on a envie de fermer les yeux, ne pas se laisser faire, se dire: "dans cinq minutes, je rouvre les yeux et je me lève pour 1. passer l'aspirateur, 2. prendre un livre et le commenter", et il se peut qu'une heure, deux s'écoulent, mais au bout d'un moment, les yeux se rouvrent et l'énergie pour passer l'aspirateur et prendre un livre et un stylo est là, le lendemain, au lieu de deux heures pour trouver sa force au fond de soi-même pour se dire "lève-toi et marche", il n'y aura besoin que d'une heure, le troisième jour, ça sera cinq minutes, le quatrième, la force pour en plus faire la vaisselle sera là, le cinquième, la force pour sortir aller lire au moins dix pages du ROME sera là, et le sixième, parler à un.e conseiller.ère pour choisir dix stages pour les dix ans à venir permettra d'établir un projet d'avenir. Même les gens qui n'ont pas un niveau scolaire de cinquième peuvent faire ça.

 Alors, oui, interdire ce type de métier d'hôtesse ne servirait à rien, comme le fait de vouloir interdire, tout court, car si ce n'est pas accompagné du fait d'expliquer pourquoi interdire ce qui est interdit et donner des éléments de réflexion sur une loi supplémentaire ne règle rien. C'est comme ce traditionalisme à la Macron qui est de faire intervenir d'abord la Police, ensuite les CRS, ensuite l'Armée, et 'pis quoi encore, ET en vélo? Il n'a rien expliqué, rien réglé. Ce n'est pas interdire le métier d'hôtesse ou de soudeur, ni interdire la prostitution, ou les interdire et coller des amendes aux contrevenant.e.s qui peut régler ce type de situations d'exclusion, mais le fait de donner les possibilités de s'en sortir, tel que par le fait de trouver une force en soi pour se dire "oui, je suis seul.e mais je sais que je vais trouver la force de me lever", et une fois que l'on n'est debout, l'on n'a plus envie de se rasseoir, tel que le Socialisme le permet, tel que les traditionalistes veulent l'interdire, voulant supprimer tout système social. La solution, c'est le médecin? Non, la solution, c'est un ensemble de personnes qui font partie d'un système social qui permet à tout le monde d'accéder à des conditions de vie possibles, et c'est le Socialisme qui permet l'amélioration des conditions de vie et l'amélioration du système social. Ce ne sont pas les traditionalistes qui vont améliorer quelque chose, ou qui vont réparer ce qui ne peut pas être réparable, ou qui se corrigeraient, ou qui corrigeraient ce qui ne va pas, ou qui sont la solution, ni le mariage non plus, ni le fait de faire des enfants, non plus, ni de renoncer à toute dignité, c'est de se battre, avec sa tête, jamais avec ses poings, mais toujours avec cette certitude qu'avoir raison et être honnête est la seule force qui permet de régler une situation. Les réponses ne proviennent jamais de l'extérieur, ne sont jamais apportées. C'est la condition humaine que s'il y a un problème, il faut y réfléchir par soi-même, pour éviter que les problèmes se posent. Ca aussi, ce que je dis, c'est du féminisme, car se libérer du traditionalisme, se battre pour ses droits, pour son droit à la dignité, son droit à faire des études pour accéder à un métier sans pénibilité pour ne pas finir à quarante ans sur une chaise roulante et en accident du travail, ça, oui, ça vaut le coup, et ça permet d'améliorer les conditions de vie en améliorant ses conditions de vie à soi. Ce n'est pas l'armée ou des diktats qui permettraient ça, type Boltsonaro qui, lui, ne pense qu'à regarder les gens s'entretuer, un traditionaliste. Vous ne trouverez pas la réflexion dans des livres, par contre, dans certains livres, vous trouverez des idées pour réfléchir. Vous ne trouverez pas une personne qui vous dira quoi faire, mais vous trouverez peut-être de temps en temps, une ou deux personnes qui vous diront leur méthode pour ne pas avoir les nerfs qui lâchent, ce qui n'est pas applicable à tout le monde: trouver sa solution à soi, ce n'est pas prendre exemple.

 Je dis ça, les socialistes l'ont déjà dit il y a plus de cent ans. Oui, et même l'année dernière. Et moi, je le dis aussi, parce que c'est vrai.

 Interdire n'est pas suffisant. Expliquer non plus. Recevoir un conseil non plus. Faire trois ou quatre séances de psychanalyse non plus. Il y a besoin de ne pas sombrer dans l'apathie, le sommeil, et il y a besoin de se forcer à travailler avec sa tête s'il y a besoin de s'y forcer, jusqu'à ce que ça devienne naturel ou quasiment, même si ça prend plus de cinquante ans d'efforts. Ce métier d'hôtesse ne sera pas interdit, à mon avis, mais il y a besoin de prendre conscience que ce n'est pas une porte de sortie, comme la fac de musicologie, ce n'est pas une voie de garage, tant ça demande de travail. Il n'y a pas de domaine dans la vie où il n'y a pas besoin de réfléchir: se servir d'une fourchette sans avoir réfléchi à comment ça s'utilise est impossible, pour un stylo, c'est pareil, pour une machine à laver aussi, pour un ordinateur aussi, pour un piano aussi, pour un poste à soudure ou un fer à souder aussi, pour un pinceau aussi. Trouver des conseils peut être bien, mais se conseiller soi-même est mieux.

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