Et une médaille de plus, une!

J'ai fini par comprendre l'injustice dont j'ai été victime en 1993, de mémoire, lors que j'ai passé ma Médaille d'Or. En voici un court récit, car je devrais avoir cette médaille, et je vais vous expliquer ce que j'ai compris de ce qui s'est passé exactement.

J'étais donc en dépression nerveuse. J'allais en cours au Conservatoire de Dijon un peu à reculons, car j'étais déjà entré dans une méditation qui me demandait toute mon énergie et avais déjà décidé de ne parler à quasiment personne, puisque je ne portais intérêt qu'à des choses de valeur et que les gens qui m'entouraient de près ou de loin n'avaient rien à dire d'intéressant, à part une ou deux personnes. De toute façon, avec moi, c'est comme ça: l'on aurait beau s'asseoir à ma table, si j'ai décidé de ne pas décrocher un mot, c'est que c'est comme ça et pas autrement.

 D'ailleurs, ça me rappelle une réunion avec la MLDH, SOS Racisme, pas mal d'ONGs et des journalistes, à laquelle j'ai assisté mais je n'en ai pas grand souvenir, à part qu'il a été discuté des vagues de migration actuelles, de la montée des eaux, notamment du niveau du sol aux Pays-bas, et que cette réunion a eu lieu à, de mémoire, à côté de Dijon dans un village, vers 1990 ou 1991. Déjà à l'époque, ce qui se passe à l'heure actuelle était prévisible, mais je n'ai pas grand'chose à en dire de plus, à part que tous ces débats à la radio ou la télé ont eu lieu il y a plus de trente ans, pendant que les monarchistes-pédophiles étaient déjà en train de sombrer dans la mélancolie et les maladies psycho-corporello-neuro-dégénératives (tiens, ça fait pas plus de vingt-six lettres, ce mot que je viens de m'inventer?).

 Bref.

 J'en étais à passer la première année ou la deuxième, en 1992 ou 1993, mon baccalauréat autant que ma Médaille d'Or de clarinette. Mon bac, je ne m'en préoccupais pas, puisque je n'avais l'intention de rester qu'une heure à chaque épreuve, puisque j'avais besoin des cours en Terminale, mais pas d'un bout de papelard donné par des individus qui regardaient de haut et avec mépris la totalité de l'Univers en se prétendant avoir quelque chose à m'apprendre, en effet, j'avais déjà lu Sartre et des extraits de De Beauvoir, les deux philosophes qui m'intéressaient le plus dans l'Histoire de la Philosophie jusqu'à l'époque. Par la suite, j'avais l'habitude de me laisser pousser la barbe pour me faire identifier comme philosophe, pensant avoir une barbe comme Socrate en avait apparemment une, et ce n'est que lorsque trois maghrébins en passant à côté de moi m'ont permis de comprendre que je ressemblais à un terroriste islamiste que j'ai décidé de me raser, et j'aurais tendance à les remercier parce que je n'en avais pas conscience: je passais pour un traditionnaliste brun ou gris.

 Lorsque je prenais mes cours de solfège, en dernière année avant le Supérieur, ou de clarinette, en classe de Supérieur dont la classe ne durait qu'un an et pas deux à l'heure actuelle, l'actuelle classe de COP pour laquelle il n'y avait pas besoin de proposer un projet professionnel devant un jury scripturellement et verbalement, je ne faisais quasiment même pas attention à la tête des prof.fe.s, car je me demandais ce que je fo...tais sur cette planète. Il me semble que c'est le genre de question que tout le monde se pose au bout d'à peine quelques années, ou en tout cas, une grande partie de la planète tous les trente ans.

 Alors donc, ma réputation d'excellent élève à qui il n'y a besoin de rien dire pour que ce soit parfait était déjà faite, autant au niveau scolaire qu'au niveau musical, voire dans les domaines aussi du dessin et de la poésie, puisque j'avais gagné à huit ou neuf ans un concours de poésie et la publication de mon poème dans la revue Florilège de l'association Les poètes de l'amitié à côté de Dijon, ma première peinture à l'école maternelle ayant été une rose rouge, et la deuxième, une forêt recouverte d'un désert recouvert d'une ville recouvert de guerre, et j'avais dit que ç'avait du sens, mais l'instit n'avait pas été trop d'accord avec cette croûte. C'avait été long à sécher.

 Lors donc que je prenais mes cours de clarinette, en Supérieur donc, l'année sanctionnée par l'attribution de, soit une médaille d'or, soit une d'argent, soit une de bronze, soit une vermeille, soit "a concouru", les prof.fe.s avaient l'habitude de glisser une petite phrase de temps en temps qui passait et étaient passées généralement inaperçues, du style "ne ratez pas votre première note", ou bien "ici, le terme en allemand veut dire accélérer contrairement à ce que semblerait indiquer l'expression du texte de la partition", etc. Sur cette dernière petite phrase, tous.tes les concourant.e.s avaient raté le terme en allemand sur la partition lors du passage de l'épreuve de déchiffrage instrumental, et de ralentir légèrement n'était pas hors de propos dans la partition, c'est pourquoi ça n'avait pas été pris en compte par le jury. J'avais obtenu comme la plupart, une médaille d'or pour le déchiffrage. En solfège, j'avais obtenu la mention Très Bien. En musique de chambre, mes accompagnateurs avaient un peu mis le souk dans la partition, et l'on n'avait, en trio, obtenu que la mention Bien.

 Par contre, au moment où je passais l'épreuve de clarinette...

 La veille, l'on avait, toute la classe de clarinette, depuis les Débutant 1 jusqu'aux Supérieur, participé à une répétition générale devant toutes les classes de clarinette. C'a duré de 12h00 à peu près, jusqu'à plus de minuit, date de passage des Supérieur, dont moi-même.

 Au moment où j'ai récité le lento du Concertino de Carl Maria von Weber qui était la pièce classique à apprendre par coeur, le silence s'est fait alors que l'on fatiguait et s'agitait sur les sièges, sauf moi qui passais à l'époque pour amorphe comme une légumineuse et pourtant écoutais en pensant à autre chose que ce qui se passait. Ma lecture fut apparemment impressionnante, j'avais d'ailleurs suivi tous les conseils du prof en les devançant quasiment. Il souriait, content, satisfait de constater que je pouvais faire nettement mieux que les pouet-pouet que je faisais en cours du fait que même pousser la porte du Conservatoire me fatiguait. A vrai dire, quand je n'étais pas tout seul chez moi avec ma clarinette et mes livres, j'avais une légère tendance à me faire suer pour dire correctement ce que je pense. A la fin de mon audition, un élève de mon niveau qui passait aussi l'épreuve de médaille de Supérieur me dit: "Tu places la barre haut, Nirmel." Je crois me souvenir que j'ai répondu: "Oui.", l'un des seuls mots que j'ai sortis de ma bouche en un an et demi de quasi-mutisme.

 Lorsque deux jours après l'épreuve eut lieu, je passais en dernier dans la liste, et l'on présentait les morceaux l'un après l'autre les un.e.s après les autres: d'abord une série de Concertinos, puis l'épreuve de traits d'orchestre, puis l'épreuve de morceau contemporain. Le morceau de contemporain, c'était "Evocations pour Ellora". A l'époque, je m'étais dit: "Quelle idée! Franchement, c'est un morceau d'un compositeur pour son amoureuse, peut-être qu'elle était morte, c'est à lui ce truc-là de le lire, pas à moi de faire ça." Je n'étais déjà pas motivé, en effet.

 Lorsque je lus par coeur mon Concertino, tout alla pour le mieux, en apparence. Il fallut juste que j'indique un peu le tempo au pianiste au début du morceau, mais ma première note était bonne, la justesse était là, et j'avais placé une concentration bien dirigée de façon à mettre en relief tout ce que je pouvais cracher de tripes de ce morceau dont l'aspect ténébreux n'est pas même douteux, dès la première note. Une des gageures du morceau était la première phrase à lire en une seule respiration, à cinquante à la noire sur quasiment trois lignes, si je me souviens bien, avec une intensité dramatique incrémentielle jusqu'à une note qui a tendance sur la mécanique de la clarinette à être criarde, et que je lus juste, sans pic d'intensité, sans crête, comme j'aurais tendance à dire au regard de mon travail actuel sur l'électroacoustique: ç'aurait été enregistré qu'il n'y aurait rien eu à masteriser dans ma prestation.

 Lorsque je me mis à passer l'épreuve du morceau de traits d'orchestres, j'entrai, je posai ma partition, je me préparai à emboucher la clarinette, et, soudain, de derrière la porte, se fit entendre un sifflement comme un pinson: c'était un élève qui sifflait dans le sas de la salle de concours pour passer le temps, avait-il dit. Je ne me laissai pas déconcentrer, et tout alla bien aussi.

 Lors que je me mis à passer l'épreuve de contemporain, je posai sur trois ou quatre pupitres ma partition que j'avais scotchée pour n'avoir pas une page à tourner. Je fis semblant de lire la partition, comme les autres candidat.e.s. Vous n'imaginez pas le nombre de triples, quadruples, quituples, octuples croches qu'il y a par page dans cette partition, des traits tout le long à un tempo élevé. J'ai donc improvisé le morceau de contemporain, les autres candidat.e.s avaient pour l'un qui m'avait dit que je plaçais la barre haut car il savait improviser plus ou moins et moi aussi, et les autres même sans avoir improvisé de leur vie. Il n'y avait pas une seule note de la partition, je résumai à quelques minutes.

 La délibération du jury dura des heures. Le concours avait duré de 14h00 à plus de 19h00.

 La médaille d'or fut remise à une jeune femme blonde, les cheveux en brosse à la garçonne avec une robe plutôt transparente. La médaille d'argent aussi, celle de bronze aussi, celle vermeille aussi. Et j'obtins... a concouru.

 Je demandai des explications au jury qui me dit "l'on peut être un très bon musicien de jazz et un mauvais interprète en classique".

 J'ai compris il y a à peine un ou deux ans que le pianiste avait fait exprès de rater son entrée, ses premières croches.

 J'avais indiqué le tempo dans ma respiration, ça, j'en avais l'habitude depuis de très longues années. Les croches sur deux ou trois temps du pianiste accompagnateur avaient l'air d'être suspendues, rythme inaudible pour lequel l'on pouvait se dire qu'il avait la main flasque, les doigts lâches, tempo qui ne se faisait pas entendre, tandis que je tenais un sol grave pendant trois temps continus. Alors, je marquai légèrement le tempo avec mon souffle, de façon à lui faire entendre un peu comme pour un vibrato a tempo, le tempo que je prenais. Il eut l'air de suivre. Je me reconcentrai à ce moment-là et le morceau fut parfait... sauf qu'il n'aurait pas fallu que j'indique le tempo, et ç'avait été l'une des petites phrases dites pendant l'année, que quoiqu'il arrive, il ne fallait pas s'arrêter ni essayer de corriger le pianiste qui savait ce qu'il avait à faire. Effectivement, il fit ce qu'il avait à faire, pour que je n'obtienne pas la Médaille d'Or.

 Dès que j'eus compris cette corruption que j'avais subie à l'époque, j'ai décidé d'écrire à l'actuel directeur du Conservatoire. Quelques semaines plus tard, je lui ai écrit, il y a un ou deux ans. Il m'a répondu d'une lettre qui semblait me respecter que les décisions du jury sont sans appel.

 Voici ce qui se peut passer pour virer un élève des études supérieures et placer comme prof.fe.s des incompétent.e.s à qui des diplômes immérités sont attribués. Je sais comme sait pertinemment, que cette médaille d'or, je l'avais méritée. Je n'ai fait aucun foin de cette histoire, n'y ai quasiment jamais repensé, c'est pourquoi d'ailleurs, je n'ai pas fait attention à ce détail que je viens de vous tapuscrire. J'ai fait mon début de carrière sans y faire attention, car ça ne portait pas tant préjudice que ça à ma vie, puisque j'avais déjà décidé de faire du jazz en tout premier lieu. Et puis, je peux aussi dire qu'à l'époque, quelques mois plus tard, j'allai être gavé de médicaments psychotropes à base d'opiacées. Depuis que j'ai retrouvé la mémoire de ce fait discret au cours de cette longue journée de concours, j'ai écrit ce courrier pour lequel le directeur du Conservatoire actuel a refusé de recevoir ma plainte, et puisque la juge du pôle social  du Tribunal de la Sécurité Sociale a décidé comme l'URSSAF de me faire payer des charges uniquement de formation professionnelle ainsi que de me rendre mon dossier et mon dernier courrier quand je suis allé la voir lundi de quatorze à quinze heures, ayant décidé elle comme l'URSSAF qu'un taux multiplié par zéro, de rémunération, faisait autre chose que zéro, alors, j'ai décidé de placer ces quelques articles de blog pour tout déballer aussi sec sur la place publique de ce journal éthique, même si Gainsbarre n'aurait pas été content. Ainsi je ne sais combien de plaintes j'ai déposées auprès de plusieurs tribunaux dits compétents, même auprès de la Police Nationale à Dijon, et apparemment, il n'y en a pas trace, comme si, pour les tribunaux, je n'existais pas.

 Est-ce que, petit à petit, mon existence serait effacée? D'abord les dépôts de plainte, ensuite les traces à la Police, ensuite le dossier médical, ensuite ma scolarité et mes études supérieures au Conservatoire de Dijon? Et puis quoi encore, mon adresse, une ré-écriture de l'annuaire comme le petit logiciel de Basic-Dos du TO7 que j'ai trouvé dans un ouvrage d'informatique des années 80, et puis une ré-écriture des signatures sur mes peintures, et un changement de nomination et patrimonial me concernant à la SACEM, ainsi qu'un remplacement dans le livret de famille de mon prénom pour l'attribuer à quelqu'un d'autre, et puis un effacement donc ensuite de l'ONG dans laquelle je suis né, puis un effacement de ma famille en plus de mon nom de famille, et puis dire aux gens que j'étais Satan incarné aussi, et l'auto-dafé de la Fin de Satan de Victor Hugo, et puis une redécouverte dans huit cents ans que j'avais quand même existé et que ma famille existait et que les populations vivant alors auraient été complices du fait de m'avoir oublié d'avoir douté de moi pour les punir et les esclavagiser autant qu'à l'heure actuelle sous prétexte de gens pour me venger qui n'ont aucune raison de me venger, vu que je ne suis ni mort ni interné? Il faudrait autant de larmes, coups de fouets, lapidations, électrocutions, décapitations, autodafés que ça pour qu'il y ait de l'Art et de l'artistique et prouver que j'existe? Non. D'ailleurs personne ne me fera subir toutes ces prétendues impunités, personne ne fera perdre la mémoire de ma vie en qui me connaît, comme personne n'a fait oublier d'auteur.e.s ou de personnes importantes dans l'Histoire de l'Art ou celle des ONG autant que personne n'aura effacé un.e seul.e individu autant que même un geste du petit doigt n'est pas effacé ni effaçable une fois fait, perfection de la mémoire qui ne s'efface ni ne se change. Ce n'est pas prétention de ma part que ce que je dis ici, je sais que j'ai raison, et même dans ce que je dis ici, je continue d'être Juste, juste avec moi-même, juste pour que ce genre de situation ne se généralise pas surtout dans les lois et la jurisprudence, donc juste aussi avec les sociétés actuelles autant qu'avec l'avenir, qui doit être beau et le sera, tout le chemin de temps qui fera le Paradis Socialiste, le Paradis Terrestre et l'Harmonie Cosmologique, la beauté accomplie de l'Univers, la paix sur Terre et dans les Cieux, et la plus belle preuve que l'évolution et le progrès sont inexorables, c'est que les sociétés ne sont plus les mêmes: l'Antiquité gréco-romaine était l'esclavagisme, le Moyen-âge fut le servage, le Classicisme fut la République et la Démocratie, et l'époque actuelle est l'acquisition des Droits Sociaux et des droits des Femmes, ainsi que l'expansion de la Charte des Droits Fondamentaux et Humains et leur Environnement sur Terre et dans les Cieux, DFH etc. Rien ni personne ne m'effacera ni ne me changera, rien ni personne ne change, grâce à la temporalité.

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