Julie*: victime de la société patriarcale

Entre 2008 et 2010, 20 sapeurs-pompiers violent en réunion et à multiples reprises une enfant de ses 13 à 15 ans. Le procureur déclare la gente féminine et le caractère parfois trop débridé de celle-ci comme responsable.

“Tu as crié ? Tu as hurlé ? Tu leur as dit non en hurlant ? Eh bien tu vois t’as pas été violée”. Voici la réponse énoncée par la police face à la plainte de Julie, 15 ans à l’époque, violée depuis ses 13 ans à multiples reprises par 20 pompiers de Paris. 

Avril 2008, le cauchemar débute: "Un jour, alors que ma mère s'était absentée, il m'a posée sur le lit, s'est assis à califourchon sur moi et m'a violée. À partir de là, ma vie a basculé pour devenir un enfer…" (interview donnée par Julie au Parisien).

Julie est alors en 4ème dans un collège de Val-de-Marne. Excellente élève, elle fait également de la danse et de la musique. Suite à une crise d’angoisse au collège, les pompiers interviennent. L’un d’eux, Pierre, âgé de 20 ans, conservera ses coordonnées, annotées sur sa fiche d’intervention, et la recontactera par la suite via les réseaux sociaux. L’adolescente, croyant aux prémices d’une amitié, subit alors son premier viol.

La descente aux enfers: “Elle exprimait avec son corps comme elle pouvait ce qu’elle subissait” (Corinne Leriche, mère et porte-parole de Julie).

Crises de tétanie à répétition, scarifications, phobie sociale, séjours en hôpital pédopsychiatrique, déscolarisation, tentatives de suicide (elle s’ouvre les veines avec des lames de rasoir, se pend…). La jeune fille est seule et passe la plupart de son temps enfermée dans sa chambre. Ses parents sont déconcertés et ne comprennent les raisons de ce mal être soudain. Julie est diagnostiquée dépressive. Ses médecins lui prescrivent des doses très importantes de neuroleptiques, une dizaine d’antidépresseurs différents ainsi que des anxiolytiques, condamnant la jeune fille à un état permanent de légume. “C’était un légume ma fille à cette époque là, elle ne parlait pratiquement plus, elle dormait tout le temps. Y’a même un pompier qui en a témoigné, merci à lui, qu’il avait l’impression qu’elle était shootée, j’ai des photos à ce moment-là de Julie… Ses yeux… Ma fille n’était plus ma fille, on avait l’impression qu’elle était complètement droguée”. Cet enchaînement d'évènements nécessitera pas moins de 130 interventions de la part des pompiers entre 2008 et 2010. 

Novembre 2009: premier viol en réunion. « Tu sais que Julie n’a que 14 ans et que même un flirt n’est absolument pas envisageable… Tu me confirmes que tu l’emmènes se promener au parc de S. puis que tu la ramènes à la maison ? » (Corinne Leriche).

A la suite d’un séjour en hôpital psychiatrique, Pierre viendra chercher Julie à son domicile, habillé en pompier, pour une promenade. En réalité, il l’emmènera chez lui et la violera à nouveau avec deux autres pompiers collègues. 

Les viols s’enchaînent: "Il [ndlr: Pierre) a agi comme le chef d'orchestre. Il a fait circuler le numéro de ma cliente, organisé des rencontres avec d'autres hommes comme un maquereau aurait pu le faire" (Mr Tamalet, avocat de la partie civile).

Le numéro de Julie tourne parmi les pompiers et les viols continuent: dans les parcs, les parkings et même les toilettes de l’hôpital psychiatrique où a séjourné la victime.

Juillet 2010: Julie parle

Cette dernière est à nouveau hospitalisée en pédopsychiatrie alors qu’elle exprimait de plus en plus son désir d’en finir avec la vie. Les médecins décident alors de couper toute prise de médicaments. La jeune fille retrouve sa pleine conscience, ses capacités intellectuelles, de décision et de communication. Elle se confiera alors à sa mère, Corinne.

Août 2010: du courage

Corinne prend contact avec le Chef de centre de la BSPP (Brigade de sapeurs-pompiers de Paris). Le Chef de compagnie de la caserne concernée se déplacera alors en urgence afin de participer à l'entretien durant lequel Julie leur remettra la liste exhaustive des 20 pompiers accusés de viol: Pierre, Julien, Jérôme, Jean-Claude, Fabien, Romain, Jérémy, Alexandre, David, Pascal, Mickaël, Grégory, Adrien, Juan, Freddy, Steven, Dimitri, Damien, Jorel et François (caserne Bourg-la-Reine). Suite à quoi, elles iront porter plainte au commissariat de police.

L’hypocrisie sociétale débute:

Outre le fâcheux accueil de la police démontrant un manque de bienveillance et de formation inouïe dans les commissariats, Corinne se rend vite compte de la complexité de sa démarche: durant plusieurs mois, il ne se passe rien. Aucune action n’a été effectuée depuis le dépôt de plainte, aucune audition, aucune sanction. Cette dernière devra écrire à l’état-major des Sapeurs Pompiers de Paris (caserne de Champerret) pour déclencher une enquête interne, et envoyer un courrier officiel au procureur de Versailles pour que la police récupère les résultats de l’enquête interne, 6 mois plus tard.

Déni de justice: 17 pompiers relaxés 

Sur les 20 pompiers accusés, 17 ne seront pas incriminés et seront entendus en tant que “témoins”, malgré des aveux faits par certains d’entre eux. En effet, ils déclarent ne pas avoir eu connaissance de l’âge et de l’état de fragilité de Julie. Pour rappel, à chaque intervention (130), les pompiers devaient remplir une feuille d’intervention indiquant le nom, la date de naissance, l’âge, la raison de leur intervention et les médicaments en cours que prend la personne à charge. Durant 2 ans, ils ont été témoins des hospitalisations, scarifications, crises d’angoisse et tentatives de suicide de la jeune fille. En d’autres termes, ils semblaient parfaitement au courant de son âge ainsi que de sa détresse. Apparemment, cela ne les a pas arrêtés. Ces 17 pompiers continuent actuellement d’exercer.

La justice estimera également l’accusation d’abus d’autorité comme non pertinente. Les pompiers n’auraient pas agi dans le cadre de leur fonction. Pourtant, selon les témoignages de Corinne Leriche, les accusés venaient chercher Julie chez elle en tenue de pompiers. Et c’est uniquement de par leurs statuts de figures d’autorités militaires et de spécialistes de la santé que les parents de la jeune fille leur ont fait confiance. “Il y en a 2 qui sont venus chez moi habillés, qui étaient deux pompiers de la caserne de Villejuif. Ils sont venus alors qu’ils étaient en service, ils sont venus chez moi en VLM de pompier, habillés en pompiers… Pourquoi c’est pas écrit?” (Corinne Leriche pour fr3).

Pour finir, ils ne seront pas non plus tenus responsables de non assistance à personne en danger. “Ils ont violé ma fille sur un capot de voiture… Y’a les deux autres qui étaient en train de filmer, parler. Ils sont partis, ma fille a fait une crise de tétanie. Ils sont repassés devant, ils ne se sont pas arrêtés. La justice a osé mettre ces quatre personnes en examen pour non assistance à personne en danger. Alors qu’elle venait d’être violée par deux d’entre eux et que deux autres personnes étaient en train de regarder.”

Seulement 3 pompiers seront donc incriminés et placés en garde à vu et en examen, initialement pour viol en réunion sur mineur de moins de 15 ans. 

Déni de justice: la requalification

Huit ans après, le même juge requalifiera le crime en délit d’atteinte sexuelle. La différence fondamentale entre ces deux chefs d’accusation, c’est le consentement de la victime. Lorsqu’une personne majeure commet une atteinte sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans, si l’on suppose que la victime n’a pas consenti, l’infraction adéquate est celle d’agression sexuelle (ou de viol s’il y a eu une pénétration). Pourtant, en l’absence d’éléments de preuve de ce non consentement, l’affaire peut se voir requalifiée en atteinte sexuelle, infraction qui suppose que la victime a consenti à la relation sexuelle (source: collectif pour l’enfance). A noter, ce délit est passible d'un maximum de dix ans de prison, soit moitié moins que la peine encourue aux assises.

Déni de justice: les arguments de la défense

Ceci étant dit, voici les éléments avancés par la défense pour justifier de leurs actes:

Julie, cette enfant de 13 ans, aurait été fichée nympho par les pompiers. C’est pourquoi ils auraient fait tourner ses coordonnées au sein des casernes.

Julie, cette enfant de 13 ans, aurait été en couple avec Pierre et totalement consentante à se faire violer en réunion et filmer par les copains de son “amoureux” sur un capot de voiture. Rappelons ici que cet acte a déclenché chez Julie une crise de tétanie. "Il maintient sa position, ils étaient alors en couple et elle était parfaitement consentante" (Mme Daphné Puglies, avocate de la défense). 

Extrait témoignage pompiers © Corinne Leriche Extrait témoignage pompiers © Corinne Leriche
Julie, cette enfant de 13 ans, aurait envoyé des messages “très crus” aux pompiers selon une source proche de l’AFP. Corinne témoigne: “J’ai en ma possession… des documents montrant que c’était eux qui prenaient contact avec elle... Pourquoi la justice n'a-t-elle pas saisi les ordinateurs des pompiers… Pourquoi n'ont-ils pas saisi les téléphones” (Corinne Leriche).

Julie, cette enfant de 13 ans, aurait été consentante à se faire violer dans les toilettes de son hôpital pédopsychiatrique alors qu’elle y séjournait afin que des spécialistes de la santé lui viennent en aide et prennent soin d’elle. Mais le pompier accusé n’aurait pas réalisé sur le moment qu’il se trouvait dans un hôpital… 

Le procureur (c’est à dire le représentant du ministère public dans les tribunaux) a déclaré que Julie avait développé une grande fascination pour les pompiers et que “ces derniers avaient pu la croire consentante, que leur succès habituel auprès de la gent féminine et le comportement parfois débridé de celle-ci à leur endroit ne les ont pas incités à la réflexion” (extrait de l'Arrêt de la Cour d’Appel de Versailles). 

Extrait de l'Arrêt de la Cour d’Appel de Versailles © Corinne Leriche Extrait de l'Arrêt de la Cour d’Appel de Versailles © Corinne Leriche
En d’autres termes, les pompiers sont dédouanés de toute faute par le procureur et Julie est responsable de son viol car la gent féminine a un comportement parfois trop débridé.

Déni de justice: Julie fait appel

Sous le choc de se voir accusée responsable des viols qu’elle a subi, Julie recommence les tentatives de suicide, par voie médicamenteuse et par défenestration, la laissant handicapée à 80%. Avec le soutien de sa famille, ses avocats et de trois associations (Enfance et partage, Innocence en danger, Acpe), cette dernière fera appel afin que le délit soit requalifié en viol et que les 17 autres pompiers soient incriminés. 

En parallèle, Corinne Leriche lance une pétition en ligne à destination du Garde des Sceaux, Mr Eric Dupont Moretti et récolte environ 247 000 signatures (à date). “Je suis épuisée, je suis vidée, 10 ans… Merci à tous et à toutes car on a passé 9 ans, seuls, dans le silence, avec un avocat qui nous demandait de nous taire. Et depuis 1 an, quand la décision de requalifier en atteinte sexuelle est sortie, on a décidé de changer d’avocat et j’ai décidé de ne plus me taire et je ne me tairai plus et j’ai décidé que tout sortira au fur et à mesure, voilà. Et si je dois écrire un livre, j'écrirai un livre mais justice doit être rendue à Julie.”

A partir de décembre 2019, Corinne commencera à alimenter un compte Twitter et à élever haut et fort la voix. Elle publiera des extraits de l’enquête judiciaire, des témoignages des pompiers, des versions mensongères, des incohérences et hypocrisies dans le discours du juge ou de l’avocate de la défense, etc. Elle mettra toute son énergie dans le combat de sa fille afin de prouver sa non responsabilité dans les faits dont on l’accuse.

Extrait témoignage pompiers © Corinne Leriche Extrait témoignage pompiers © Corinne Leriche

Extrait témoignage pompiers - Version mensongère © Corinne Leriche Extrait témoignage pompiers - Version mensongère © Corinne Leriche

Commentaire de la partie civile concernant le mémoire déposé par la défense © Corinne Leriche Commentaire de la partie civile concernant le mémoire déposé par la défense © Corinne Leriche

 

Extrait annexes: liste des médicaments que prenaient Julie à l’époque des faits et effets secondaires modifiant le comportement © Corinne Leriche Extrait annexes: liste des médicaments que prenaient Julie à l’époque des faits et effets secondaires modifiant le comportement © Corinne Leriche
Malgré cela, lors de l’appel du 24 septembre 2020, le procureur souhaitera ne laisser que 5 minutes de parole à l’avocat de la partie civile et annoncera qu’il plaidera contre la requalification en crime.

Le jeudi 12 novembre, la Cour d’appel de Versailles tranche et confirme la qualification d’atteinte sexuelle. “Voila aujourd’hui une décision qui, je pense, ne fait pas honneur a la justice française dans sa conception de ce qu’est un viol et démontre une fois encore que nous avons un retard énorme dans l’écoute des victimes en la matière et dans la conception de ce qu’est un consentement à un acte sexuel. On parle pour mémoire d’une jeune femme mineur, collégienne, sous l’emprise pendant toute la période des faits d’un très lourd traitement médicamenteux, de nature à abolir toute possibilité de consentement et des viols commis par des professionnels du secours et de la santé, en l’occurence des pompiers” (Mr Tamalet, avocat de la partie civile).

Le 19 janvier, le Général des pompiers de Paris accusera Corinne Leriche de propos diffamatoires pénalement répréhensibles et l’invitera à se modérer sur les réseaux.

Notion de consentement: “Je vous rappelle qu’une jeune fille de 13 ans ça peut rêver d’un flirt, ça ne rêve pas de fellations” (Corinne leriche)

En France, le viol est défini par l’article élargi 222-23 du code pénal. Ce dernier indique que "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol". 

En août 2018, une nouvelle loi devant renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes a été votée. Portée par Marlène Schiappa, elle était censée mieux protéger les mineur.e.s contre les violences sexuelles masculines. Seulement, la loi, telle qu’elle est écrite, pose plusieurs problématiques. 

Pour commencer, il ne suffit pas d'éliminer les quatre éléments que sont la violence, la contrainte, la menace ou la surprise, pour qu’une relation soit consentie. En effet, de nombreux phénomènes physiques, biologiques ou psychologiques interviennent lorsque nous sommes victimes de violence. Par exemple, la sidération psychique (un phénomène qui a été observé à l’IRM), se traduit par une paralysie face à une situation qui dépasse l’entendement, qui est trop horrible et/ou impensable. Ou bien encore la dissociation, une déconnexion émotionnelle qui donne l'impression d’être déconnecté de la réalité et de ne plus ressentir la douleur ou les émotions, la personne concernée peut alors devenir une sorte de pantin (source: Muriel Salmona, psychiatre). La loi française devrait considérer comme une négative tout ce qui ne relève pas de l’affirmation explicite: un silence, la passivité… Comme c’est d’ailleurs le cas en Suède ou au Royaume-Unis: « On sait que, dans 70 % des cas, les victimes se retrouvent en état de sidération, ce qui veut dire que leur agresseur n’a même pas besoin de recourir à des menaces ou à la violence. En disant que tout ce qui n’est pas un oui est un non, la loi affirme juste le principe du consentement », détaille l’avocate Olivia Björklund Dahlgren auprès du Monde. Le consentement doit être « donné volontairement, comme résultat de la libre volonté de la personne, évaluée dans le contexte des circonstances pertinentes » (source : Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe). Ce qui signifie non seulement qu’il ne doit pas être extorqué à l’aide des moyens cités dans la loi française, mais également qu’il doit être exprimé clairement et avec enthousiasme par une personne en pleine possession de ses moyens, libre et éclairée. En ce sens, la France ne respecte pas la convention européenne d’Istanbul signée par 45 pays et l’Union Européenne. En novembre 2019, le Conseil de l’Europe épingle la France. Un rapport rendu public souligne les lacunes françaises en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et notamment concernant la définition du viol. Les auteurs du rapport déplorent que « la définition des agressions sexuelles et du viol ne repose pas sur l’absence d’un consentement libre mais exige le recours à la violence, contrainte, menace ou surprise ». Dans un communiqué datant de 2019, Marlène Schiappa s’était engagée à « expertiser » toutes les pistes d’amélioration suggérées dans le rapport afin de les mettre en place « dans les plus brefs délais ». 

Ensuite, la loi ne stipule pas d’âge légal de présomption de non-consentement. Comme c’est par exemple le cas au Danemark (15 ans), en Suisse, aux Pays-Bas (16 ans), etc. En 2018, le gouvernement avait renoncé à inclure cette notion dans la loi car cela risquait d’être non conforme à la Constitution car contraire au principe de présomption d’innocence. Le Conseil d’Etat déclare: « Pour que celle-ci soit jugée constitutionnelle, il faut, d’une part, qu’elle ne revête pas de caractère irréfragable et, d’autre part, qu’elle assure le respect des droits de la défense, c’est-à-dire permette au mis en cause de rapporter la preuve contraire ». Suite à l’affaire Duhamel, le débat a été réouvert et le 21 janvier 2021, le Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi portée par Annick Billon (présidente centriste de la délégation aux Droits des femmes) visant à interdire tout rapport sexuel avec un mineur de 13 ans, sans que soit interrogée la question du consentement. Néanmoins, ce seuil est jugé insuffisant par les associations de protection de l'enfance, qui poussent à ce qu'il soit porté à 15 ans. Le Sénat a rejeté un amendement de Marie-Pierre de La Gontrie visant, en cas d'inceste, à le fixer à 18 ans. 

Aussi, dès l’âge de 6 ans, c’est à la victime d’apporter la preuve matérielle de son non-consentement. Or, la plupart des actes n’en laissent aucune. Une présomption simple serait d’inverser cette responsabilité. Ce serait à l’adulte de fournir la preuve du consentement de la victime, de l’enfant. 

Pour finir, Corinne Leriche dénonce l’arrêt de la justice qui déclarait “qu’une fellation ne peut pas être forcée et qu’on est violée seulement par pénétration”. Ceci est contraire à la loi qui stipule que “Tout acte de pénétration sexuelle” est puni, qu’il soit donc vaginal, anale ou oral. 

Extrait arrêt de justice - Fellation © Corinne Leriche Extrait arrêt de justice - Fellation © Corinne Leriche
Julie n’est pas un cas isolé ou un simple fait divers: 

Les viols sont fréquents: en France, 1 femme sur 6 et 1 homme sur 20 déclarent avoir subi des viols ou des tentatives de viols au cours de leur vie. 

Les viols sont peu dénoncés: seules 10% des victimes portent plaintes

Les violeurs restent impunis: seuls 1% des viols font l’objet d’une condamnation. Et de nombreuses déqualification sont recensés. 

Les victimes sont mises en cause: pour 4 français sur 10, la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public ou a flirté avec lui. 

De nombreux cas recensés chez la BSPP: “Sauver ou périr” (devise des pompiers)

Plusieurs sapeurs-pompiers de la brigade de Paris sont visés par des enquêtes.

En mars 2018, une pompier de 25 ans de la caserne de Boulogne-Billancourt explique avoir subi des agressions sexuelles répétées pendant plusieurs mois. Eté 2017, l'équipe de gymnastique des pompiers de Paris est mise en cause pour agressions sexuelles (affaire également renvoyée en correctionnel). En 2016, Alizée (nom d’emprunt), ancienne Sapeur-pompiers subit du harcèlement sexuel et moral par ses collègues et est violée par un Caporal. Elle sera par la suite déclarée inapte et renvoyée. Elle sera traitée de “fouteuse de merde” par sa hiérarchie qui lui demandera de "reconnaître, dans un compte rendu, que ses propos étaient exagérés".

Corinne Leriche déclare: “Il y’a aussi des femmes pompiers qui m’écrivent pour me dire qu’elles ont été victimes d’agression de la part de pompiers dans leur caserne et que ça a été l’omerta et que c’est elles qui ont été mises à la porte”

Des témoignages confirmés par les pompiers eux-mêmes (extrait témoignage pompier dans le cadre de l’affaire Julie):

Extrait témoignage pompiers - Cas recensés chez la BSPP Extrait témoignage pompiers - Cas recensés chez la BSPP

Le rôle crucial du militantisme: « Ce n’est pas un combat de femmes, c’est un combat de Société, avec un S majuscule. » (Claudine Cordani)

De nombreuses militantes féministes (Nous toutes, Osez le féminisme, Femen, le Collectif National pour les Droits des Femmes, Alliance des femmes, Héroines 95, l’Amazone…) ont soutenu Julie et sa maman et ont relayé l’affaire créant ainsi le hashtag devenu désormais viral #justicepourjulie.

Les actions de soutien se sont enchaînées depuis l’année dernière: collages dans les rues (mouvement initialement lancé par Marguerite Stern contre les féminicides), rassemblement dans la cour du tribunal durant l’audience du 24 septembre, manifestation du 18 novembre devant le Ministère de la Justice place Vendôme rassemblant 200 personnes en présentiel et 7 300 en virtuel, plusieurs actions symboliques des Femen et des militantes devant le siège de l'état-major des sapeurs-pompiers de Paris aux mois de novembre et décembre, actions de relais sur les réseaux sociaux en janvier, manifestation du 7 février, etc.

Les Grenades - Collage caserne pompiers Place Monge Paris © Corinne Leriche Les Grenades - Collage caserne pompiers Place Monge Paris © Corinne Leriche
 Un premier point est que Julie et Corinne ont passé 9 ans à se battre seule. Dire que l’action de ces militantes féministes est d’un grand soutien serait un euphémisme. Depuis le début des faits, Julie a dû faire face à des figures d’autorités qui n’ont cessé de remettre sa parole en question. Alors, le 24 septembre, lorsque le procureur la jugea à nouveau responsable, elle écouta, les larmes aux yeux, ces dizaines et dizaines de femmes qui, depuis la Cour du Tribunal, criaient de toute leur force “Julie, on est avec toi”

Un deuxième point est que leurs actions ont fini par interpeller les journalistes français mais également étrangers, des personnalités reconnues (Adèle Haenel par exemple) et également des figures politiques (Laurence Rossignol, Vice-présidente du Sénat, ancienne ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes et Audrey Pulvar, Adjointe à la Maire de Paris).

L’affaire s’ébruite, de plus en plus de media relaient, les signataires de la pétition sont de plus en plus nombreux, une lettre ouverte au Président “Si Julie était votre fille” est écrite par Mie Kohiyama, présidente de MoiAussiAmnésie, publiée par Mediapart dans les invités du club et signée par plus de 60 responsables d'associations, militant.e.s féministes et de la cause des enfants, personnalités, élu.e.s, artistes, autrices, sportives de hauts niveaux telles qu'Adèle Haenel, Nadège Beausson, Charlotte Arnould, Adéalaïde Bon, Melissa Plaza… Laurence Rossignol a également déclaré qu’elle déposerait à nouveau une proposition de loi pour que soit qualifiée de viol toute relation sexuelle majeur/mineur. 

Laurence Rossignol © Corinne Leriche Laurence Rossignol © Corinne Leriche
De nombreuses associations avaient alerté Marlene Schiappa sur l’inefficacité de l’article 222-23 tel qu’il est écrit. L’affaire Julie se révèle finalement être un exemple parmi tant d’autres. La zone grise de consentement est un point que les militantes relèvent depuis plusieurs années.

Le combat continue: « On se doit de se battre jusqu’au bout pour la dignité de notre fille, pour tous les enfants qui sont violés dans notre pays, et pour qu’une loi sorte de cette situation »

Le 4 janvier 2021, la partie civile dépose son mémoire en Cour de cassation, l’audience étant prévue le 10 février. 

Corinne Leriche évoque également un recours contre la France. Elles iront jusqu’à la Cour Européenne des droits de l’homme s’il le faut. “En embauchant des pompiers de Paris, elle (ndlr: la France) m’assure leur intégrité... Ils doivent être capables de prendre en charge nos enfants sans les violer.”

Les faits sont clairs et nombreux: la victime est mineure et particulièrement jeune, les viols provoquent chez elle de graves problèmes médicaux, les témoignages malveillants de la défense sont mis en lumière, les déclarations mensongères sont avouées, les cas recensés chez la BSPP sont nombreux, la Cour Européenne des Droits de l’Homme alerte la France quant aux manquements perçus dans leur loi. Malgré cela, la justice française persiste à débattre sur le consentement de Julie et sur le caractère apparemment trop débridé de la gent féminine, nourrissant ainsi la culture du viol. 

“Aujourd’hui, Julie porte un combat bien plus grand qu’elle…” (Corinne Leriche).

#JusticepourJulie

Pour signer la pétition




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