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Il faut marcher

  1. Entre la Grèce et le Sénégal, des milliers de kilomètres, des frontières et des mers, imposent la distance à des familles. Du Sénégal, des hommes et des femmes sont partis, passant par la Turquie, pour s’installer en Grèce. Nécessité économique, désir de « faire l’aventure et de réussir pour devenir quelqu’un », rêves de voyages et d’ailleurs, nourris par une foi religieuse et un esprit de sacrifice familial, les motifs de départs sans date de retour sont multiples et parfois cumulés. Il s'agit d'un projet documentaire qui s’articule autour de ces deux territoires et raconte l’histoire de trois familles. La vie du protagoniste, celui qui est parti, est mise en perspective avec celle des familles restées au Sénégal. Réunis dans un livre, les images et les textes rassemblent les membres familiaux, alors qu’en réalité, les rencontres sont rares dues aux limites de circulation que présente un passeport sénégalais. Comme dans le travail de Jim Goldberg, Open see, il y a une volonté de développer une approche globale de la migration, photographiant les lieux de départs ainsi que les lieux d’arrivés, même si mon projet aborde plus spécifiquement le lien familial. Mon passeport suisse m’a donné le privilège de traverser les frontières et réaliser ce projet, m’interrogeant sur les sens des mots « chez moi » et la construction de l’attachement à un territoire. Cette réflexion a été nourrie par les travaux de Yto Barrada et Yann Gross. Il faut marcher mêle portraits, paysages natures mortes et textes. Les images, accompagnées par des textes descriptifs relatant le parcours des migrants, tantôt effacent tantôt rappellent la distance géographique. Les paysages montrent des territoires qui oscillent entre ressemblance et différence créant ainsi une confusion des lieux et illustrant la perte de repères et le déracinement de celui qui se déplace. Les portraits, inspirés du travail de Juul Hondius, sont des plans très rapprochent et plongent le lecteur dans les visages.

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