Mais au fait, qu’est ce que « La Gauche » ?

En écrivant ces lignes je prends soudain conscience ô combien il est déconcertant, pour celui qui le tente, de se référer aujourd’hui à une Éthique de Gauche et de vouloir l’utiliser comme point de comparaison. Mais je me rends également compte que je touche peut être ici à l’épicentre de tout ce que depuis plusieurs mois je tente d’écrire et d’atteindre.

Mais je me rends également compte que je touche peut être ici à l’épicentre de tout ce que depuis plusieurs mois je tente d’écrire et d’atteindre. Nous vivons à présent dans un univers social où ces mots accolés paraissent ne plus adhérer au réel… Ils sont encore là, en tant qu’idées, fantasmes ou nostalgie, mais deviennent des repères de plus en plus brumeux,  aux contours un peu flous, que l’on ne parvient plus à pleinement saisir et sur lesquels il n’est plus possible de s’appuyer sereinement  comme il l’était encore, il n’y a pas si longtemps.

Pourtant, derrière l’usure et les souillures, les dévoiements de sens et les accaparements, la clarté perce encore sous les décombres et pour celui qui veut s’en donner la peine il est certainement encore possible d’en déblayer l’accès.

L’idée de Gauche en politique a, par définition valeur à désigner la partie gauche de l’hémicycle d'une assemblée parlementaire par extension à l’épisode révolutionnaire (du  28 août au 10 septembre 1789 ) qui vit, lors du vote succédant au débat sur le veto royal à la Constituante, les députés qui étaient opposés à cette mesure se regrouper « à gauche » du président du Bureau. 

Refuser d’y voir un contenu idéologique et en réduire le sens à un simple positionnement spatial relèverait  soit de la malhonnêteté intellectuelle, soit de la pure crétinerie. Puisque cet acte est fondateur, et donc par essence symbolique il faut bien en admettre toute la portée et surtout reconnaitre les frontières  conceptuelles qu’il à, en ce jour, créées.

Et ce n’est pas peu signifiant puisqu’ il s’agit par ce regroupement physique (« à gauche »)  de tous ces députés de manifester leur opposition à la prolongation du pouvoir monarchique face à celui du peuple qu’ils représentent (combat qu’ils perdront d’ailleurs à cette occasion  par 625 pour le droit de véto suspensif et 325 contre).

Mais il  est certainement  possible d’affirmer sans crainte que c’est bien ce jour là qu’« être à gauche » a pris son sens « primal », puisque y fut ainsi exprimé pour la toute première fois le principe liminaire (et pourtant sans cesse depuis bafoué) de tout projet socialiste révolutionnaire à venir, à savoir que l’autorité de l’Un ne peut prévaloir celle de Tous.

Il faut lire à ce sujet le discours de Robespierre [« Discours contre le veto royalsoit absolu, soit suspensif »][1] où il s’exprime avec la plus grande clarté:

-        « Celui qui dit qu'un homme a le droit de s'opposer à la loi, dit que la volonté d'un seul est au dessus de la volonté de tous. Il dit que la nation n'est rien, et qu'un seul homme est tout. S'il ajoute que ce droit appartient à celui qui est revêtu du pouvoir exécutif, il dit que l'homme établi par la nation, pour faire exécuter les volontés de la nation, a le droit de contrarier et d'enchaîner les volontés de la nation ; il a créé un monstre inconcevable en morale et en politique, et ce monstre n'est autre que le veto royal. »

Qui viendra contester que cette limpidité ne puisse s’appliquer à notre époque ? Et qu’elle met à nu l’immense imposture qui aujourd’hui nous régit ?

 Depuis ce moment là et pour toute l’histoire humaine à venir « être à gauche »  n’est pas un simple positionnement politique c’est une extraordinaire fracture avec l’ancien monde, une, jusque-là, inconcevable insubordination à l’Autorité millénaire, l’apparition de l’idée, ô combien iconoclaste, que le peuple (ou plutôt l’hétérogénéité dont il est fait), ne peux acquérir la qualité de « Nation » que s’il s’interdit toute possibilité d’assujettissement à un quelconque guide suprême !

« Etre à  gauche » ne préfigurait  pas simplement la genèse d’un nouveau courant politique (ce à quoi tous ont tenté immédiatement de le réduire) mais c’est un changement radical de paradigme (ou pour le moins, son possible) en regard d’un conservatisme obscurantiste et dominant, depuis l’avènement  du patriarcat… Ce « grand chambardement » de ce qui était considéré jusque là comme l’ « ordre naturel du monde » s’objectivera par la décapitation du monarque, acte dont la fonction et le pouvoir symboliques transcendent largement la simple exécution d’un homme. C’est le principe de la Royauté, de l’Autorité absolue incarnée dans une seule personne investi de (et par)  la grâce de Dieu qu’il s’agit d’éradiquer du champ politique et social. Il faut donc le « détacher » du corpus idéologique de gouvernance…     

Alors, bien plus que la manifestation d’un nouveau projet politique, ce « pas de côté », effectué par quelques centaines de révolutionnaires, exhibe,  en cet instant et pour la postérité,  le caractère foncièrement  réactionnaire de tous les gouvernements  qui l’ont précédé. S’il ne spécifie pas encore ce qu’est « La Gauche » il désigne par contre en toute clarté ce qu’est « La Droite ». En quelque sorte il la fait émerger du « Naturel », de l’ « allant de soi » qui jusqu’alors lui assurait une irrécusable autorité sur le peuple ainsi soumis.

Pas étonnant, alors, que ce qui essentiellement la caractérise depuis, toutes tendances confondues, ait pour nom « conservatisme » ! (on y arrive…)

Comme le mot l’exprime sans ambages, il n’a au fond pour seul et unique objectif que celui de préserver les privilèges de ceux qui s’en réclament et tout particulièrement la hiérarchie sociale dont ils sont, à chaque niveau, les bénéficiaires.

Et c’est bien à cela que s’attaquent frontalement ces présomptueux « Gauchistes » tout frais émoulus. Ils veulent l’ « Egalité », la « Liberté » et puis quoi encore !? Ah oui, la « Fraternité ».

Et ce fronton perdure… C’est vrai,  ce n’est plus qu’un slogan, un hochet frénétiquement agité en direction des foules pour leur faire croire encore un peu, que leur indignation et leur révolte peuvent trouver appui dans ce qu’ils croient encore constituer « Leur Etat ». Un exécrable leurre d’autant plus répugnant que ceux qui l’utilisent osent, de plus, encore se prétendre de Gauche!

Il est possible (probable !) que « ces gens » l’emportent (et nous emportent également avec eux). Ils semblent capables de tout, sauf peut être d’une seule chose : Détruire les Idées !

Réaffirmons-les ! Explicitons-les ! Elles sont belles et lumineuses… Et, à mon sens, certainement,  notre seule chance de préserver notre humanité.

Pour ne pas être entrainé trop loin, je ne le ferai ici que succinctement, à charge de m’y intéresser une autre fois ou dans une autre vie…

-        L’ « Egalité » procède évidement du refus d’une incarnation institutionnelle de l’Autorité. Elle n’est pas un simple principe d’égalité devant la loi elle est La Loi ! Elle implique et ordonne, par exemple,  que toute personne investie d’une charge administrative ou politique ne puisse en acquérir un quelconque pouvoir sur ceux qu’elle doit servir. Car sa fonction nécessite qu’elle les considère comme des égaux à qui elle se doit d’être utile. Ce qui n’a rien d’utopique puisque chacune d’entre elle ne peut manquer d’envisager qu’elle puisse se trouver dans une situation inversée et ainsi imaginer la manière dont elle souhaiterait, à cette occasion, être elle-même considérée…

-        Et ceci ouvre visiblement sur la « Fraternité ». Si, excluant l’artificiel pouvoir de certains sur d’autres, « égaux » enfin nous sommes, rien ne s’oppose objectivement à reconnaitre l’autre en soi (ou l’inverse). En d’autres temps et d’autres termes nous nommerons ceci,  « le lien (ou le liant) social ». Sans lui nous ne sommes rien, notre pseudo « individualité » s’épanouit dans le vide et notre esprit s’assèche au seul contact de notre propre égo. Pourtant à l’idée de fraternité, à mon sens beaucoup trop connotée à celle de famille, il serait préférable de lui substituer celle de « solidarité ». Notre appartenance commune à la même espèce animale l’impose autant que la survie de cette dernière en dépend. De plus c’est une notion politique, qui débouche nécessairement sur celle de citoyenneté. Indispensable et préalable condition, nous venons de le voir, à la possibilité de notre émancipation.

-        La « liberté », donc ! Car c’est bien là l’objectif. Une humanité désaliénée, dans laquelle aucun de ses membres ne peut être soumis à l’autorité d’un autre puisque son égal et donc exclut tout rapport d’assujettissement.

[C’est en observant notre société à l’aune de ce principe que nous pouvons prendre conscience de l’ampleur de sa faillite car aucune partie de son champ relationnel ne le respecte dans ces termes. En fait le moindre secteur de notre structure sociale, de la base jusqu’au sommet de la pyramide, est sous le joug du principe  hiérarchique et chacun d’entre nous est enchaîné à une double et permanente contrainte de subordination et de domination au sein de notre espace relationnel le plus intime (amoureux, amical, familial) et de celui, bien plus vaste et distant, dans lequel s’inscrit l’ensemble de nos activités économiques, citoyennes ou même récréatives.

Et dans un univers aujourd’hui totalement asservi au modèle entrepreneurial capitaliste, [soit l’exploitation de la majorité par une minorité qui a engendré sur cette planète une iniquité insane (99% des richesses détenues par 1% de la population)] c’est le mythe de la « liberté individuelle » qui se substitue progressivement à l’idée originelle ; qui, en définitif, n’est que celle d’accéder aux « biens de consommation »,  selon bien entendu la place occupée dans la hiérarchie des revenus , qui n’a comme but essentiel que d’extérioriser son rang dans celle des statuts, et dont le nom le plus approprié n’est autre que « servitude consenti » ou « soumission volontaire »…]

 

Alors qu’à contrario, dans cette France de la fin du XVIIème siècle, cette aspiration à l’émancipation, qui ne peut être réduite à une simple abstraction théorisée par de beaux esprits humanistes, est la toute première exigence d’une population révoltée et insurrectionnelle, prompte à renverser tous les pouvoirs de domination qui l’opprime.

Et bien évidemment, derrière et après le roi,  il y a Dieu, surtout tous ceux qui s’en réclament, tous ceux dont la vénalité et la corruption s’affichent au grand jour ainsi que leur patente complicité avec l’aristocratie et l’administration régalienne. Et lorsque ces gens là prendront réellement le pouvoir aux soirs des 9 et 10 août 1792 (révolution au sein même de la révolution bourgeoise qui adjoint  « insurrectionnelle »  à  la « Commune de Paris »), l’éradication des « hommes en noir » s’imposera comme une nécessité prioritaire. Cette mutinerie massive contre l’ordre religieux est, depuis toujours, minimisée voire réduite à quelques péripéties révoltantes (massacre des prêtres, pillage des églises, etc.) perpétrés par une population déchainée et sanguinaire, finalement l’expression avérée de « l’incivilisation », de la barbarie inhérente à ce « méprisable » mouvement révolutionnaire. Et c’est bien pourtant de l’inverse qu’il s’agit ! Dans ce pays admirable et insolite, pour la toute première fois dans l’histoire humaine postérieure à la naissance supposée du Christ, une imposante part de la population va se dresser contre l’absolutisme religieux et va même oser projeter et tenter de « déchristianiser» l’ensemble de la société. Et ce phénoménal sursaut d’émancipation n’est pas orchestré par le haut… Loin s’en faut ! Bien que bon nombre de philosophes des lumières aient manifesté leur hostilité au joug religieux aucun n’en avait imaginé ou peut être même véritablement souhaité l’éradication. Quant à la bourgeoise « révolutionnaire », si elle se méfiait comme de la peste de la puissance cléricale, inconditionnel soutien de la royauté, elle lui était cependant pleinement reconnaissante, comme l’exprime remarquablement Daniel Guérin,

« …de maintenir le peuple dans l’obéissance, de lui apprendre à révérer la propriété bourgeoise, de le faire renoncer à une amélioration de son sort terrestre en lui promettant le bonheur dans l’au-delà. »[2]

 

Tout pouvoir de domination, et la bourgeoisie de l’époque en était un en pleine ascension, ne peut qu’hésiter à priver sa férule administrative de celle du goupillon. Ce n’est donc qu’à pas comptés et prudents  que la république naissante s’engagea sur la voie de la séparation de l’église et de l’Etat… Même Robespierre et Danton (surtout lui) n’ont jamais souhaité la déchristianisation du pays et ce n’est que pris en tenaille entre la contre révolution Girondine et le danger aux frontières qu’ils finiront par céder à la pression des « bras nus », force vive de la révolution sur le front civil et militaire, soutien dont ils ne pouvaient se passer mais dont ils craignaient le débordement. Il est bon de rappeler que la Convention n’est que la représentation du Peuple et qu’à ce moment particulier de l’histoire cela prenait tout son sens. La première Commune insurrectionnelle de Paris [3]est le foyer incandescent de cette révolution ; sans son « coup de force » il est fort probable que la Royauté ne serait pas tombée et que nous ne serions pas dans une République laïque.

S’il est clair que le ressentiment de cette « classe populaire » (si elle ne l’est pas encore, indéniablement elle l’a préfigure) fut instrumentalisé par les « Hébertistes » à ne surtout pas confondre avec les « Enragés ». Ces derniers étaient un groupe de révolutionnaires radicaux qui luttèrent pour l'égalité civique et politique mais aussi sociale, préconisant la taxation des denrées, la réquisition des grains et qui ultime sacrilège, voulaient taxer les riches. Ils sont à l’époque « la gauche de la gauche » et les seuls à pousser la logique révolutionnaire jusqu’à son extrême limite, à savoir la remise en question de la propriété privée, préfigurant le collectivisme. Marx ne s’y trompa  pas en les désignant comme « les représentants principaux du mouvement révolutionnaire ».

[Je renvois ici au Manifeste des Enragés du 25 juin 1793, implacable brulot anticapitaliste d’anticipation, à lire pour savoir!]

A l’exact opposé les premiers, petite partie du mouvement des Exagérés ou ultra-démagogues, dont les meneurs étaient impliqués dans des affaires troubles de spéculation,  en étroites relations avec un puissant réseau de banques européennes (Suisses, Anglaises, Basques, Belges et Autrichiennes) sont très facilement identifiables comme des spoliateurs, profitant d’une époque troublée, qui cherchent à discréditer le mouvement révolutionnaire en le radicalisant tout en restant, bien entendu, des ennemis jurés des seconds.

En déclenchant une campagne nationale de « déchristianisation » leur premier objectif était de détourner les « sans-culottes » de leur lutte contre les possédants. Mais le succès considérable de leur entreprise les prit de court, comme s’ils avaient ainsi soulevé le couvercle de plomb religieux, ce que le peuple, seul, n’aurait peut-être pas eu l’audace de faire. Ecoutons ce qu’en dit Daniel Guérin :

-        « La vague de fond populaire entraîna les déchristianisateurs  au-delà de leurs intentions. On ne pouvait, en effet, s’arrêter en chemin. La logique populaire se refusait aux demi-mesures : si les prêtres étaient des charlatans, comme on venait d’aider le peuple à en prendre conscience, pourquoi bannir seulement les manifestations extérieures du culte ? Pourquoi priver seulement les hommes noirs de leur salaire et les laisser exercer librement leur fonction nocive ? On avait mis le doigt dans l’engrenage. (...) Bientôt, on s’attaqua aux églises elles-mêmes. (...) La décision d’abolir le culte ne vint pas d’en haut, mais d’en bas, des sections, des sans-culottes eux-mêmes. L’une après l’autre, les sections de Paris fermèrent les églises ou les désaffectèrent. Le Conseil général de la Commune n’eut plus qu’à entériner cette unanimité. Le 23 novembre, après le réquisitoire de Chaumette, il arrêta que toutes les églises ou temples de toutes religions et de tous cultes qui ont existé à Paris seraient sur le champ fermés, et que quiconque demanderait l’ouverture soit d’un temple soit d’une église serait arrêté comme suspect. (...) En de nombreuses régions, la rupture entre les paysans et leurs prêtres fut tout à fait sérieuse et profonde. (...) Il y eut certes des régions où la déchristianisation suscita d’assez fortes résistances, régions arriérées, depuis toujours réfractaires à la révolution, et qui virent dans la suppression du culte catholique une occasion nouvelle de témoigner leur hostilité au régime. La Bretagne se plaça en tête des récalcitrants. (...) Ce qui frappe, par contre, c’est l’aisance avec laquelle les masses, aussi bien urbaines que rurales, acceptèrent la suppression du culte catholique. » Daniel Guérin, Bourgeois et bras-nus (Guerre sociale durant la révolution française, 1793-1795), préface de Claude Guillon, Libertalia, 2013…

 

Et ce fait là, extra-ordinaire en son sens initial, ne peut manquer, si on lui accorde l’importance qu’il mérite, de saper en les réfutant les fondements même du « prêt à penser » de l’histoire des peuples. L’imprégnation irréversible des esprits par le pouvoir et la violence symboliques religieux et sa résurgence sporadique est un postulat sans contradicteurs. C’est, par exemple,  pour encore le citer et le contredire, le socle implicite  et non débattu, de la démonstration de Todd dans son dernier opus pseudo-scientifique : « Qui est Charlie ? ». Cet apriori lui permet, ainsi aux autres sociologues et ethnologues d’arrière cour, de légitimer le conservatisme le plus réactionnaire par sa préexistence irrémissible au sein même de la conscience collective. Ce raisonnement circulaire permet d’affirmer l’existence d’une inexorable prédétermination subconsciente ne laissant d’autre choix que la soumission à l’ordre établi et la croyance en l’au-delà  pour supporter un monde, par essence, inamovible.

Même si cet enthousiasmant assaut contre une aliénation millénaire, épicentre imprévu mais indispensable à tout réel renversement de valeur, ne pouvait qu’être entravé puis au final endigué par une bourgeoise effarée, se sentant soudainement elle-même menacée, il demeure, pour ceux, peu nombreux, qui le connaissent le momentané mais incontestable dépassement d’une accablante impossibilité. Car c’est bien cet « allant de soi » que cette intelligence collective désinhibée a fait, l’espace d’un instant,  voler en éclat !

   

Voilà donc en quelques mots ce qu’est « La Gauche » ! Son essence, ce que l’idée en soi signifie,  en dehors de toutes interprétations et d’affublements de circonstance.

Confrontés aux agissements de la « classe politique » qui ose aujourd’hui s’y référer on ne sait si c’est l’exécration ou la nausée qui l’emporte !

Ce qu’elle bafoue, foule aux pieds du haut de sa morgue de caste inculte, c’est au final bien plus qu’une Idée, ce sont les humains qui la portent encore et dont ils ont décrété l’inutilité, l’irrémédiable obsolescence !

La France n’a qu’une seule gloire et ce n’est pas celle d’être « la Patrie des droits de l’Homme ». Ces derniers ont d’ailleurs besoin de tout si ce n’est d’une Patrie ! Mais c’est bien, sur ce sol et parmi les êtres vivants qui y ont un temps vécus, que c’est constituée une conscience collective rebelle à la servitude, qu’elle a fait « corps social » par la solidarité et l’égalité qu’engendre l’adversité, et s’est redressée et soulevée assez haut pour réussir à « décapiter » la Royauté et a même eu l’audace de défier l’ultime absolutisme dont elle procédait : L’idée de Dieu et sa religion.

Ce sont eux, les premiers, qui portent le nom de gens[4] de Gauche ! Et depuis plus de deux siècles, ce « gauchisme » resurgit épisodiquement  partout dans le monde et ébranle à chaque fois l’« Ordre Etabli ».

Il est,  par exemple, possible de penser, encore une fois en opposition frontale avec Emanuel Todd, que les manifestations de Janvier 2015 en furent l’incontestable expression. Mais, dans le même mouvement, la compétence cynique des instances gouvernementales n’hésitant pas un seul instant à oser s’en  réclamer, est  parvenue à l’ensevelir sous un tombereau de « mots d’ordres » récupérateurs et à en dévoyer cyniquement la puissance symbolique pour, in fine, en neutraliser sèchement toute l’énergie.

Je ne sais pas (comment le pourrais-je ?) si cette force vitale, unique facteur de négentropie susceptible de s’opposer à l’effondrement moral de notre humanité,  finira par s’imposer ! Mais ce que je sais et affirme sans crainte c’est que seuls ceux qui la perçoive palpiter encore en eux et la laisse guider leurs pas, sont réellement vivants et dignes de marcher debout.

   

 

Singulier.eu

18 février 2016

 


[1] Consultable ici ( ?). Il fut publié fin septembre 1789, faute d'avoir pu le lire à l'Assemblée

[2] Daniel Guérin, Bourgeois et bras-nus (Guerre sociale durant la révolution française, 1793-1795), préface de Claude Guillon, Libertalia, 2013… Livre indispensable pour tous les désabusés de « l’histoire officielle » !

[3] Extrait de 1792 : La première Commune insurrectionnelle de Paris  : « Ces militantes et ces militants se définissent comme faisant partie d’un même groupe social, « la sans-culotterie ». Ce groupe social est difficile à définir car il a à la fois des connotations sociologiques, politiques, économiques et culturelles. Il se définit en premier lieu par le port du pantalon, par opposition à la culotte aristocratique ou bourgeoise. Être sans-culotte implique de partager des normes et des valeurs opposées à ceux de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Cela veut dire s’opposer à la réaction, à l’aristocratie et s’engager pour la révolution et les valeurs d’égalité et liberté qui sont censées en être le corollaire. C’est enfin, pour finir, ne pas posséder de richesses et n’avoir que ses bras pour travailler. Gracchus Babeuf définira la sans-culotterie comme le groupe de celles et ceux qui n’ont rien, les « impropriétaires ».

[4] La notion de « peuple » est stérile. Le peuple en tant qu’acteur social n’existe pas…Seuls les humains qui lui donnent  forme méritent notre attention ! 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.