François Hollande et la Gauche : L’achèvement !

Bonjour,

j'ai découvert le texte ci-dessous sur le site Singulier.eu. Il me semble mériter une large audience...

_________________________________________________

François Hollande et la Gauche : L’achèvement !

Le 6 mai 2012, parlant de François Hollande j’écrivis ceci [1]:

  • « Qu’il puisse aujourd’hui porter l’espérance d’un peuple de gauche est tout simplement hallucinant, alors qu’il est directement issu du même formatage intellectuel que son adversaire, qu’il est le  cacique par excellence d’un parti  qui a depuis fort longtemps rendu les armes au néolibéralisme et qui a renié, pan après pan, pratiquement tout ce que l’idéalisme de Fourier, Proudhon ou même Jaurès  a, un jour, porté d’espoir.  Se laisser convaincre qu’il en est encore un représentant  est  parfaitement irrationnel…. »

Vingt sept mois passés, et manifestement confirmé, il me faut reconnaitre que je n’avais pas envisagé qu’il puisse nous entrainer si bas ! Et ma motivation à, encore une fois, aller voter pour participer à l’action publique qui pouvait nous débarrasser de son prédécesseur s’avère, au final, une grossière erreur. L’espoir est un sentiment particulièrement résistant à éradiquer !

Cet homme est, sans conteste, bien pire que le précédent ! Celui là n’était que le représentant, au-delà des intérêts de la classe économique dominante, d’une population moisie, réactionnaire, repliée sur elle-même et extraordinairement abêtie… Chef de clan par essence, vulgaire et corrompu (on découvre aujourd’hui à quel point !), il n’y avait, pour tout esprit un tant soi peu affranchi, d’évidence rien à attendre de lui. Si ce n’est qu’il parvienne à coaliser, contre sa personne et ce « dont il était le nom », le reste d’intelligence subversive que possédait encore peut être ce pays … Et l’espace d’un instant, il faut bien l’admettre, nous avons recommencé à nous compter…. 

Aujourd’hui, nous voici harassés par la volte-face « bonhomme » et « normalisée » d’un personnage sans contours qui parachève, en toute tranquille traîtrise, l’annihilation de ce que le terme « gauche » a pu, un temps, signifier en politique. Celui qui clamait hier encore

  •   « Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire. Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats. Cette emprise est devenue un empire. » (Meeting du Bourget, le 22 janvier 2011).

est donc le même que celui qui vient de nommer Emmanuel Macron[2]  ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique. Comment ne pas y voir l’illustration parfaite de ce que le terme «  forfaiture » signifie :  Manquement grave à une parole donnée, à son devoir; trahison de la confiance d'autrui ?

Alors posons-nous donc la seule question qui vaille :

Pourquoi tous les politiques dit de gauche (Mitterrand, Schröder, Blair, etc.) qui accèdent au pouvoir renient-ils (presque) immédiatement leurs idéaux (en tous cas ceux de celles et ceux qui les ont portés aux « responsabilités ») ?

Ma réponse est des plus simples : Le pouvoir a toujours été, est et sera toujours de droite !

Ce n’est pas une question de morale personnelle, c’est un schisme idéologique. Les idées d’égalité, de solidarité, de partage sont antithétiques avec celles  de chef, de dirigeant, de guide. Seule la prise en compte de cette implacable logique permettrait de voir émerger une réelle perspective de gauche. Mais bien sûr, si l’écrire me soulage cela ne me permet en rien de penser qu’il existe la moindre chance que cela advienne de mon vivant…. 

Pourtant, réduit à en guetter les maigres signes annonciateurs, je ne peux m’empêcher de souligner, au sein de ce marasme,  ce que l’on pourrait appeler une « bonne nouvelle »…

Il est facile de constater que les deux derniers « locataires de l’Elysée » (à méditer !), ont, l’un après l’autre, irréversiblement consumé l’appareillage politique dont ils se sont servi de marche pied (ou de paillasson) dans leur quête insignifiante de pouvoir.

Tous les partis politiques dits « représentatifs » et « de gouvernements » nous sont ainsi révélés dans leur lamentable et obscène nudité. Leur corruption et leur inutilité, en regard du  bien commun, sont patents. Ils ne servent que les ambitions et les intérêts de ceux qui les dirigent, ne portent aucun projet réel de transformation sociale, ne produisent que de piètres catalogues de « réformes » de surface  à seules fins électoralistes  qui, de toute manière et à terme, ne seront que promesses non-tenues…Ils ne nous servent à rien !

Reste à en accepter l’évidence et en tirer les conséquences… Mais il nous faudra le faire seuls car aucun de celles et ceux qui viennent quotidiennement nous « expliquer » le réel ne le fera à notre place! D’autant que tout commentaire de cette impéritie, même critique, ne peut que la perpétuer. En fait seul ce constat est digne d’intérêt et apte à entrouvrir une alternative, aussi ténue sa possibilité soit-elle.

Le discours « médiatique » sur Hollande, Sarkozy ou Juppé, etc. en fait sur tous ceux qui composent  le champ politique ne contribue qu’à les faire exister en leur donnant une importance qu’ils n’ont de toute manière pas.  S’y intéresser nous accule dans l’impasse de leur médiocrité intellectuelle et de leur assujettissement aux pouvoirs économiques dominants. Le bruit permanent et abrutissant émis par les  institutions censées nous informer quotidiennement sur l’état du monde ne mérite plus notre considération. Nous écoutons et regardons, médusés et nauséeux une description et des commérages sur une réalité qui ne nous concerne plus ; cet univers de femmes et d’hommes de pouvoirs, qui parlent et prétendent agir en notre nom, qui s’agitent, se déchirent et mettent en scène sans vergogne leur confondante ineptie, n’est tout simplement plus admissible ;

La seule issue serait de les ignorer.

J’appelle ici, tout être en résistance à ce pseudo « ordre établi », à ce non pensé du présent au nom d’une imbécile croyance en un « progrès » consumériste infini, à se découpler de ce lavage quotidien de cerveaux. Eteignez vos postes aux moments des « infos », n’accordez plus la moindre parcelle de votre attention à ce brouet infâme censé vous « raconter » le monde ! Oubliez tous ces gens qui prétendent nous gouverner et ceux qui nous en parlent, qui n’existent en définitif, qu’à travers notre soumission volontaire à l’apparat de leur pouvoir. Sans nous ils n’existent pas. Ce qu’ils nous racontent n’a aucun sens. Ils ne sont qu’un mirage produit par nos esprits embrumés ! Souvenons nous que le pouvoir n’est qu’une question de représentation, la mythification d’une supériorité établie, mais par nature artificielle, qui s’effondre dès que le regard qui la sous-tend se détourne.

Réveillons nous et ils disparaitront à jamais !

 

 

Le 28 août 2014

Singulier.eu


 


[1] http://singulier.eu/textes/commentaires/pdf/Elections.pdf

[2] Chargé d’affaire de la banque Rothschild il a piloté le rachat par Nestlé d'une filiale de Pfizer, une transaction de plus de 9 milliards d'euros, qui a fait de lui un millionnaire. « L'argent ne doit pas être identitaire. C'est un instrument de liberté, sans plus », avait-il expliqué au Nouvel Observateur. Et, de plus, excusez du peu, proche de Jérôme Cahuzac depuis 2008. Verbatim d'un entretien réalisé il y a un an par Médiapart :

«L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est» et «Il y aura donc des moments difficiles avec l’histoire de la gauche parce que cela supposera de revenir sur des certitudes passées, qui sont, à mes yeux, des étoiles mortes.» Dont acte !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.