La France, les cranes et le déni de vérité de Macron.

Est-il nécessaire de vous rappeler M. Macron que la colonisation est un crime contre l’humanité, ce à quoi vous aviez répondu : « ni déni, ni repentance, qu’il serait ridicule de verser un subside ou indemniser, et qu’en termes de mentalités, ce n’est pas comme cela qu’on construit l’avenir ». C’est bien là un extrait de votre discours exprimé lors de votre visite effectuée à Alger, en candidat à la présidentielle française au mois de février 2017, visite au cours de laquelle, vous aviez, dans la forme qualifié la colonisation de crime contre l’humanité, peut-être par calcul politicien et uniquement dans le but d’obtenir les millions de voix de la communauté algérienne installée en France. Mais dans le fond et en clair vous avez souligné que la France n’avait pas à présenter des excuses à celles et à ceux qui ont subi cette barbarie, bien que cet acte génocidaire fait partie de l’histoire française. Une histoire qui incompréhensiblement ne figure dans aucun manuel scolaire de la république française.

Que dit cette histoire ? Que raconte-t-elle au sujet du drame vécu par les algériens, que dit-elle exactement au sujet de cette politique systématique de massacres, et de terres brûlées pour conquérir à partir de 1830 cette terre algérienne. Des massacres pour maintenir les algériens dans l’asservissement, tandis que des colons venus de métropole s’emparaient de leurs terres pour les exploiter, en miroitant une trompeuse et hypocrite mission civilisatrice. La justice française Monsieur le président de la république des droits de l’homme, ignore-t-elle à ce point que tous les crimes commis en Algérie, combien même amnistiés, demeurent imprescriptibles du point de vue du droit international.

Certes, la France et les français d’aujourd’hui ne sont pas coupables des crimes abominables commis durant cent trente-deux ans d’une odieuse colonisation, cependant la vérité, avec sa part d’affreuse noirceur et de tragédies doit-être reconnue, et dite aux français. Ce n’est pas en restituant des cranes des victimes de la colonisation, longtemps tenus en « détention », que l’histoire et les consciences seront libérées, au contraire cela confirme un génocide qui n’a pas de nom, et prouve à l’évidence, que la colonisation n’avait rien d’une mission civilisatrice. Nombreux aujourd’hui sur les deux rives, après cette macabre « livraison » se questionnent avec stridence, pour comprendre comment la patrie berceau des droits de l’homme et des libertés fondamentales, a-t-elle pu séquestrer les cranes de ses victimes.

Dans ce contexte, peut-on parler de mission civilisatrice, alors que la colonisation a entraîné la négation du peuple algérien et produit une guerre qui n'était pas digne de la France, parce que des actes inhumains, de la barbarie, et de la torture ont été commis.

L’aspiration des algériens à voir ce passé douloureux connu et reconnu est légitime, la vérité au sujet des innombrables massacres doit être dite qu’il s’agit des enfumages, de la torture systématique, des massacres du huit mai mille neuf cent quarante-cinq, des essais nucléaires, chimiques et bactériologiques dévastateurs au Sahara, et les tueries à grande échelle durant la période 1954/1962. Avec tant de génocides, l’oubli n’est pas possible.

M. Macron, il faut pour cela, avoir le courage de dire les choses et de ne céder à aucune simplification, ce n’est pas en parlant de crimes contre l’humanité commis par la France, que les françaises et les français se sentiront humiliés et blessés, au contraire, c’est beaucoup plus en continuant à leur cacher les vérités amères soient elles, ou difficiles à dire qu’ils le seront, d’autant qu’ils ne sont pas responsables des comportements inhumains des Paul Aussaresses, Jean Marie Le Pen, Soustelle, Lagaillarde, Salan et des tas d’autres génocidaires, qui ont souillé la France des Liberté, Egalité et fraternité.

Nourredine BELMOUHOUB

Défenseur des droits de l’homme.

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