Haine de classe et sexiste contre Aïssa Maïga, Adèle Haenel et Virginie Despentes

Après la cérémonie des Césars, le torrent de boue déversé sur les comédiennes Aïssa Maïga, Adèle Haenel et l’auteure Virginie Despentes est l’expression d’une haine de classe sexiste et raciste des classes dominantes contre les dominé-s et les discriminé-e-s qui accèdent à une reconnaissance sociale et artistique tout en refusant de devenir les complices de leur système capitaliste et patriarcal.

Suite à la parution de sa tribune intitulée « Césars : «Désormais on se lève et on se barre», dans le Journal Libération, Virginie Despentes a été attaquée par une universitaire, entre autre parce qu'elle serait « la représentante, la quintessence de l’establishment », d’autres « intellectuel-e-s », « Journalistes », « hommes et femmes politiques » n’hésiterons pas, en plus, à lui reprocher, de manière sous entendue et (ou) directe, ses revenus financiers, conséquence de son talent d’auteure , d’avoir été membre de l’Académie Goncourt : en un mot sa « réussite sociale ».
Fille d’un couple de postiers, militants CGT, elle serait devenue, socialement, une bourgeoise, dont la seule attitude acceptable et décente serait de défendre avec zèle l’idéologie dominante capitaliste et patriarcale.
C’est ce même type de reproche, qui a été exprimé implicitement à Edouard Louis, fils d’ouvrier, originaire d’Amiens, devenu un célèbre écrivain traduit dans de nombreux pays, pour avoir publié : « Qui a tué mon père », livre dans lequel il dénonce les politiques ultra libérales des gouvernements successifs, de droite et (ou) sociaux libéraux qui ont détérioré progressivement la santé de son père. Ainsi, Jérémy Collado, journaliste à Slate.fr et conseiller d'Éric Ciotti, critique « Qui a tué mon père » en écrivant « que ce roman est un chantage à la sociologie et une autofiction qui sent bon la prolophobie », marquée par un « déterminisme extrême » et un « charabia intellectuel ».
Quand des enfants de prolétaires deviennent créateur-trice-s, artistes, comédien-ne-s, chanteur-euses, universitaires de renom, et même sportif-ve-s de haut niveau, et accèdent, à la notoriété et à des conditions matérielles et financières proches ou similaires à ceux de la bourgeoisie, cette dernière exigera qu’ils adoptent les références, les valeurs et le prêt à penser qui légitiment sa position de classe dominante.
Et pourtant, comme l’a écrit Léo Ferré, ils-elles pourraient déclarer à ces dominants : « Vois-tu, la différence qu'il y a entre moi et Monsieur Ford ou Monsieur Fiat, c'est que Ford ou Fiat envoient des ouvriers dans des usines et qu'ils font de l'argent avec eux. Moi, j'envoie mes idées dans la rue et je fais de l'argent avec elles. Ça te gêne ? Moi, non ! Et voilà ! ».
Quand des « célébrités », issues de la classe des dominés, et, à fortiori si elle sont femmes, homosexuel-le-s, « sortent des rails » idéologiques bien pensantes autorisées par les classes dominantes, en refusant de se soumettre à leur diktat, les « Chiens de garde », à leurs ordres, ne s’embarrasserons pas de débattre intellectuellement avec elles. Ils chercherons à les invalider, les faire disparaître, les détruire en s’attaquant à leurs parcours, leurs histoires personnelles, leur entité profonde.
Cela ira de pair avec la volonté de les jeter en pâture, en cherchant à provoquer haine et jalousie de la part des dominé-e-s. Cette pratique politique fasciste, consistant à détourner la haine « du peuple » contre les dominants sur ceux qui ont réussi à s’extraire des « ghettos » où on les avait assigné à résidence utilise les mêmes ressorts pervers que ceux de l’antisémitisme.
Quant aux minorités visibles, issues de l’immigration des pays ex-coloniaux et (ou) ex- esclavagiste, ayant acquis une notoriété intellectuelle et (ou) une reconnaissance sociale grâce à leur opiniâtreté, leur rage et leur désirs, qui refusent de s’intégrer dans le « moule » idéologique des dominants, elles subissent, à la fois des attaques contre la soit disante trahison de leurs origines sociales et ethnique, et un racisme paternaliste, décomplexé et souvent ignoble.
Ainsi, lors de la Cérémonie des César, parce que la comédienne Aïssa Maïga a voulu dénoncer le manque de diversité évident dans le cinéma français, en comptant symboliquement «douze noirs» dans la salle, puis sur le ton de la plaisanterie s’est adressée à Vincent Cassel en lui disant : « c'était toi le renoi du cinéma français avant la diversité ! Je te mets dans le quota ou pas ? », dans les jours qui ont suivi, la quasi totalité des journalistes et de la classe politique s’est déchaîné contre elle, se hissant dans les wagons accrochés à locomotive éditoriale d’Eric Zemmour, journaliste d’extrême droite et raciste.
Quand les « minorités visibles », ayant eu l’outrecuidance d’accéder à la réussite sociale, refusent de devenir les zélateurs du système, ces journalistes préposé-e-s à la défense des dominants de cette société capitaliste, patriarcale et blanche, n’hésitent pas a les calomnier et à les désigner comme bouc émissaires. Leur but étant, étant de les infantiliser et de les réduire à un statut d’exception et de curiosité « exotique » dont toute expression intellectuelle indépendante ne peut être que niées, méprisées, et déconsidérée.
Pour discréditer l’expression revendicative et subversive de la révolte de ces personnalités issues de la classe des opprimés/dominés subissant depuis toujours la relégation, ils usent et abusent de leur nouvel « Hochet idéologique » : la dénonciation d’un soit disant racisme anti-blanc en l’agrémentant de la défense bien pensante d’une méritocratie, alibi d’un système, qui, encore et toujours, continue à générer exclusion sociale et discrimination raciste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.