Nta Rajel
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Billet de blog 15 mars 2019

EDUCATION POUR TOUTES !

Loi sur l’interdiction du port du voile dans les établissements scolaires publics : 15 ans plus tard, bilan et expression des femmes musulmanes portant le voile.

Nta Rajel
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© Laïla NR

Du 15 mars 2004 au 15 mars 2019.

Les femmes qui n’étaient à l’époque que des jeunes filles peuvent enfin s’exprimer sur les conséquences de cette mesure !

Les droits des femmes sont sans cesse menacés et avec la loi de 2004 ayant interdit le port des signes religieux, notamment du voile dans les établissements scolaires publics, nous pouvons et nous devons fermement affirmer que nos droits, à toutes, ont régressé.

Le premier pas est bien celui de la reconnaissance. De la reconnaissance des femmes qui portent le voile comme des êtres à part entière, de la reconnaissance de leur humanité pleine, de leur raison, de leur force d’agir et de penser. De la reconnaissance du caractère clairement discriminant de cette loi, de sa dimension, disons-le, islamophobe et sexiste.

Quel qu'ait été son but, l’on peut affirmer aujourd’hui, 15 ans plus tard, que la seule fin obtenue est l’exclusion de toutes les jeunes femmes non conformes à la civilité, selon les mots de notre président de la République. Les conséquences, c’est le fichage ethnique, c’est des abus de pouvoir, des violations de droits, du harcèlement scolaire et des humiliations innombrables et inhumaines. Les conséquences, c’est des jeunes femmes poussées à renoncer à l’éducation, c’est toute une partie de notre société qui se retrouve marginalisée, privée d’être elle-même, mise sous tutelle de l’État et des institutions censées l’amener à penser par elle-même. Les conséquences, c’est aussi ce climat qui libère les agressions islamophobes et sexistes, c’est les discriminations à l’embauche constantes et la précarité peu surmontable.

L’éducation, mère de l’émancipation, est amputée à des jeunes filles du simple fait de leur islamité visible.

La loi de 2004 a ouvert une brèche qui a permis une surenchère législative visant spécifiquement les femmes de confession musulmane.Tant de maux infligés, par ailleurs, à travers des polémiques stériles de mamans voilées accompagnatrices, de jupes trop longues, de burkini ou encore de voile chez Décathlon, au pays où la défense des droits des femmes est un argument politique, galvaudé de gauche à droite.

Mais qui se préoccupe des droits de jeunes femmes portant le voile, souvent issues d’une immigration postcoloniale, assimilées à cette religion considérée comme externe ou comme indigne de la République ? Qui sont les premières personnes visées par l’islamophobie ? Quelles sont ces femmes que l’on cherche à libérer d’un joug ‘islamo-patriarcal’ mais qu’on empêche d’accéder aux lieux d’éducation ?

Ces femmes, ce sont nous.

Ce sont les femmes musulmanes portant le voile dont certaines subissant une double peine : les femmes noires musulmanes visibles sont, d’une part, exposées aux mêmes violences islamophobes que les femmes musulmanes non noires. D’autre part, elles sont niées dans leur islamité, exclues et invisibilisées. En effet, contrairement aux représentations dominantes, les femmes qui portent le voile sont plurielles.

Ce sont toutes les jeunes filles portant le voile ayant été scolarisées depuis 2004. Les héritières d’une histoire française et mondiale douloureuse, d’une histoire de dévoilements forcés, les descendantes des indigènes dévoilées lors de la période coloniale. Nos grands-mères devaient être de bonnes indigènes dévoilées et nous devrions être dévoilées pour être de bonnes citoyennes. Cet héritage colonial et patriarcal, nous le refusons. Nous refusons d’être reléguées au rang de citoyennes de seconde zone, nous refusons que quiconque se mêle de notre liberté que nous irons, nous-même, conquérir. Nous n’avons besoin ni du féminisme universaliste et paternaliste, ni de l’État dont la seule préoccupation est de nous maintenir invisibles. Car l’État nous emprisonne et le féminisme universaliste en est complice, préférant lutter contre l’islam que contre le patriarcat.

 Au nom des droits des femmes et d’une laïcité censée garantir le droit de culte de chacun-e, on nous empêche d’étudier, de travailler et d’exister librement dans les espaces publics.Il est temps de réellement s’interroger sur les conséquences sociales et politiques de nos agissements, de nos tolérances, ô combien trop grandes devant une loi indigne d’un pays qui prône l’égalité entre tou-te-s.

En 2019, aucune femme ne devrait se questionner ou se conformer à une dite civilité pour accéder à un droit tel que l’éducation, aucune jeune fille ne devrait être stigmatisée en raison de son genre et de sa religion. Aucune femme ne devrait avoir à choisir entre ses convictions personnelles et son accès à l’éducation.

 Le sans-hontisme français doit prendre fin ! 

Invisibilisées, minorisées et violentées mais toujours déterminées à résister.

SIGNATAIRES : Nta Rajel? - collectif féministe de politique décoloniale de la diaspora nord-africaine, Abdelhamid Maha - Sociologue, écrivaine, militante, Acceptess Transgenres - ONG visant à la lutte contre l'exclusion et la discrimination des personnes dont le genre est non-conforme, ACT UP-PARIS - association de lutte contre le sida et les discriminations, Ali Zahra, Anlya Mustapha - féministe et youtubeuse style, BAFFE - La Brigade des Actions Féministes en Faveur de L'Egalité - Association étudiante et surtout féministe de Paris IV Sorbonne, Boumediene Thiery Alima - avocate, Cécile Lhuillier - Activiste lgbti et féministe, Chouder Ismahane - Co-présidente du Collectif Féministes Pour l'Egalité, CLHEE - Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation, Dayan-Herzbrun Sonia - sociologue, Des Raciné.e.s - Collectif antiraciste politique, féministe décolonial et queer, Emma (BD) - artiste féministe et révolutionnaire, FASTI - fédération d'associations de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s, Fayman Sonia - sociologue, membre de l'Union Juive pour la Paix, FéminiCités, Féministes Révolutionnaires Collectif - Espace politique de formations de débat et de lutte (féministe, LGBTQIAP*, antiraciste), Féministes Contre le Cyberharcèlement, Femmes en lutte 93Fières - Association féministe lesbienne, bi et trans, FUIQP Paris-Banlieue - Front Uni des immigrations et des quartiers populaires - organisation militant pour la creation d'une force autonome des immigrations et des quartiers populaires, Gras Politique - association féministe contre la grossophobie, Guène Faiza - romancière, Guessoum Nassima - Réalisatrice du film 10949 femmesHamidi Malika - auteure d' Un féminisme musulman, et pourquoi pas ?Hammouti Taous - mère au foyer et femme engagée, Irrécupérables Collectif - collectif LGBTQI et féministe contre la récupération raciste de nos luttes, Jeune Garde Lyon, Khamsa CollectifLallab - association féministe et antiraciste, Local de Docs Trans-Inter - Local de Documentation Trans et Intersexe, Makeda Saba - association lyonnaise féministe œuvrant pour les droits des femmes africaines et afrodescendantes, Mosbah Rabab - Gynécologue et obstetricienne, fondatrice de oum need home, association d’aide aux mères isolées, Nadia Bouchenni, journaliste, et Nora Noor, photographes - fondatrices du magazine en ligne Dialna.fr, NRJKIR Paris 8 - groupe féministe en non-mixité queer basé à l'UnivParisVIII, Les Ourses à plumes - webzine féministe, OUTransPaye Ndella - militante antiraciste et afroféministe, membre du collectif Mamans Toutes Egales, Pour une M.E.U.F - Médecine Engagée Unie et Féministe, QitokoQuidam•e•s - association féministe à visée intersectionnelle et inclusive basée à Nancy, ROSA Collectif - Réseau d'Opération Solidaire et d'Action (en aide aux réfugiés), Sarah – militante féministe et antiraciste, Seddik Samra - Sage-femme et militante, présidente d’association, Sem Nagas (Queerasse), STRASS - syndicat du Travail Sexuel, Witch Bloc Paris - collectif féministe militant anonyme en non-mixité de femmes et personnes queer, Women’s march Paris - Chapitre parisien du réseau féministe intersectionnel Women's March Global, Anaïs Bourdet - Paye Ta Shnek, Identités plurielles - féministes antiracistes, Scarlet - la culture des idées, Valérie Rey-Robert - Autrice et militante féministe, Association DiivinesLgbtqi+ - visibilité et représentativité afro-caribéennes LGBTQI+, Maboula Soumahoro - Maître de conférences, Membre du Cercle d'Etudes  Afro-Américaines et de la Diaspora

SOUTIENS : Asiatique decolonial collectifBen Yakhlef Mohammed - conseiller municipal de Villeneuve saint Georges, Bouamama Said - sociologue, chargé de recherche à l'IFAR de Lille, militant du FUIQP, Bouhafs Taha - Journaliste, militant des quartiers populaires, Louati Yasser - Comité Justice & Libertés Pour Tous (CJL) Justice & Liberties For All Committee.

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