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Billet de blog 9 sept. 2019

Débat PNGMDR : Quand la lutte militante bafoue la consultation citoyenne

Depuis 2007 et une certaine Ségolène Royal, la démocratie participative fait parler d’elle sous différents noms. Souvent, il ne s’agit que d’un vaste barnum destiné à donner l’impression au citoyen qu’il a son mot à dire.

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La séquence du grand débat pour calmer la crise des gilets jaunes est tout à fait symptomatique de la manière dont le « participatif » est utilisé pour continuer la même politique. Dans de rares cas, il est toutefois possible de donner son avis et de faire entendre. C’est actuellement le cas pour le débat portant sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Une consultation utile que certains militants écologistes sabotent pourtant consciencieusement. Un exemple de despotisme vert à ne pas prendre à la légère.

Le nucléaire fait le pari d’un vrai débat démocratique…

Depuis le 17 avril dernier, la Commission du débat national public organise un débat ouvert à tous relatif au Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Il s’agit d’une consultation qui se tient tous les trois ans, décidée en 2006 – lorsque Ségolène Royal était dans l’opposition et à peine candidate à l’investiture socialiste. Depuis cette date, les thèmes écologistes ont fleuri, la démocratie participative a été tordue dans tous les sens, mais le débat public sur la gestion des matières et déchets radioactifs en est à sa cinquième édition. Le débat se porte bien malgré les attaques de militants écologistes qui le parasitent pour mieux affirmer que le nucléaire est synonyme de chaos dont il faut à tout prix s’éloigner.

Contrairement au grand débat national qui n’avait de débat que le nom, la filière nucléaire a su s’ouvrir aux citoyens afin d’échanger et de dépasser les frontières techniques et surmonter les postures idéologiques. Les citoyens apprécient de bénéficier d’une électricité nucléaire bas carbone et moins chère que celle de leurs voisins, mais il y a toujours un doute quant à la sûreté du nucléaire. Les accidents de Fukushima et de Tchernobyl (dont le récit est relaté avec brio dans la mini-série du même nom) sont dans tous les esprits ou presque et les anti-nucléaires jouent aujourd’hui sur cette crainte pour avancer leurs pions et en arriver à une fermeture de toutes les centrales en un temps record.

L’objectif est clairement revendiqué, et parce que pour certains, la fin justifie les moyens, le débat sur la gestion des déchets est phagocyté. Le site mis en place par la Commission nationale du débat public est le réceptacle d’avis et de commentaires hors-sujets qui exigent la fin du nucléaire en France alors que les thèmes traités sont de l’ordre de la gestion des déchets, le recyclage des combustibles ou encore le transport des substances radioactives. Alors que les experts et les citoyens échangent afin de trouver les meilleures solutions quant à la fin de cycle des déchets radioactifs, les militants n’ont rien à dire sauf à exiger la fermeture immédiate de tous les réacteurs. Une exigence qui signifierait l’augmentation soudaine et très forte du nombre de matières et de déchets radioactifs à traiter et stocker…

…Les militants écologistes s’enfoncent dans le brouhaha et le hors sujet

Ce n’est pas ce genre de détails qui empêche les écologistes inconséquents de dicter la marche à suivre et quand le débat a lieu en dehors de la Toile, le moyen d’expression favori de ces oiseaux-là est de priver tout le monde de débat. C’est ce qui s’est notamment passé dans la commune de Bagnols, ce 4 septembre 2019, alors que devait se tenir un débat public au cours duquel professionnels du secteur nucléaire, associations et citoyens étaient censés prendre tour à tour la parole. La rencontre-débat devait durer trois heures et apporter des réponses concrètes sur la thématique « Les déchets radioactifs hérités de l’histoire : retrouver leurs traces, les inventorier, les sécuriser ».

Les citoyens curieux n’auront pas eu l’occasion de se forger une opinion, de poser des questions ou de faire des commentaires, car cet exercice démocratique a été perçu comme bien trop dangereux par plusieurs dizaines de militants écologistes notamment du collectif Halte au nucléaire. Répartis dans la salle, ils ont assuré vacarme et applaudissements incessants afin de rendre inaudibles les intervenants pourtant munis d’un micro. Les slogans du type : « débat public, débat bla-bla », « les déchets à l’Elysée », et les cris haineux : « c’est un mensonge, vous faites croire à la démocratie ! » ont donc privé les participants sérieux d’échanger et de se faire une opinion sur l’inventaire et la gestion des déchets.

Le 28 mai, à Lille, les militants écologistes des associations Lilleradiée, ANV-COP21 et Extinction Rébellion avaient atteint un degré supplémentaire dans l’absurde puisque la réunion publique portant sur le PNGMDR avait dû être purement annulée à cause de plusieurs dizaines d’individus bien décidés à ce que le débat ne puisse pas avoir lieu. C’est un genre de manifestations très éloigné des standards démocratiques que ces mêmes personnes prétendent incarner. Le procédé est plutôt étrange, car on crie au déni de démocratie avant d’empêcher qui que ce soit de s’exprimer…

En fait, si la liberté d’expression est entravée, c’est bien pour éviter d’exposer des arguments dont s’habillent les écologistes, mais qui ne tiennent pas la route. Les écolos s’assurent que la filière nucléaire ne puisse pas s’exprimer, que les citoyens pro-nucléaires ne soient pas entendus pour imposer les thèmes et les résultats du débat public. Ils suivent en cela la stratégie du gouvernement lors du grand débat sur les revendications des gilets jaunes. Beaucoup d’élus En Marche, peu de citoyens et encore moins de gilets jaunes. Une représentativité à front renversé qui aboutit forcément à des résultats bien éloignés des aspirations.

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