Le transport des déchets radioactifs: beaucoup de bruit pour rien?

Mardi 17 juin 2019, des activistes de Greenpeace ont tagué un camion transportant des déchets radioactifs, sur l'A13, afin de dénoncer l'inutilité et la dangerosité de ces convois. Or contrairement aux suspicions qu’ils souhaitent véhiculer auprès du grand public, ces transports de déchets radioactifs, certes risqués, restent une activité particulièrement encadrée.

Le 12 juin dernier, des activistes de l'ONG Greenpeace avaient déjà mené une action symbolique en repeignant en orange un train censé transporter des déchets radioactifs, en gare de Vierzon (Cher). « Ce train ne prend pas de voyageurs... et pour cause ! Il est chargé d'uranium de retraitement. Repeint par nos activistes en gare de Vierzon (après 1 passage à Caen et au Mans), il traverse la France du nord au sud », avait notamment tweeté l'organisation dans la journée. Une manière de « [sonner] l'alerte sur ces transports dangereux et inutiles », tout en soulignant « le manque de transparence à l'égard des populations ».

Si la question nucléaire a de tout temps déchainé les passions, en France, les opposants à l'atome redoublent d'efforts depuis que s'est ouverte une session de débats autour du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Un outil de programmation qui « a vocation à décider des choix à venir relatifs à toutes les matières ou à tous les déchets radioactifs qui sont issue, entre autres mais pas uniquement, de l'activité électronucléaire », rappelait en avril dernier Isabelle Harel-Dutirou, la présidente de la Commission particulière chargée du débat public (CPDP).

Tandis que les citoyens montrent un intérêt quelque peu relatif pour le débat PNGMDR, la portée informative – et par conséquent d'intérêt général de ces rendez-vous – peut en plus être « polluée » par les discours alarmistes et très orientés des organisations anti-nucléaires. Qui oublient, la plupart du temps, de préciser que parmi les 900 000 emballages contenant des substances radioactives transportés en France chaque année, une grande majorité d'entre eux (environ 85 %) provient du secteur... de la santé et de la recherche. « Les transports liés à l'industrie nucléaire, eux, ne représentent que 15 % », renseignait en 2014 la Société française d'énergie nucléaire (SFEN).

Et, vu l'appétence actuelle de certains à dénoncer, sans franchement chercher à démontrer, les transports de déchets radioactifs, impossible de chômer. Des « transports dangereux et inutiles », pointe du doigt Greenpeace ? L'ONG doit pourtant savoir que le transport du combustible ou des déchets nucléaires n'est pas pris à la légère par l'industrie, qui respecte des normes techniques et une réglementation très strictes, pour ce faire, sous le contrôle des pouvoirs publics. C'est, par exemple, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), une autorité administrative indépendante, qui est chargée de contrôler les emballages et vérifier leur adéquation avec les déchets ou matières véhiculés. L'ASN, également, qui doit valider les conditions de transport, quel que soit le trajet emprunté (voie routière, ferroviaire ou fluviale). Ou encore l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui vérifie la mise en application de ses exigences réglementaires en matière de robustesse des colis, de fiabilité des opérations de transports ou encore de gestion de crise en cas d’accidents.

« Les déchets radioactifs existent »

En droit interne, les différents règlements internationaux en la matière ont été transposés par l'arrêté « TMD » du 29 mai 2009, pris en application des articles L. 1252-1 et suivants du code des transports. Ces textes n'ont d'ailleurs cessé de se renforcer au fil des années. Les matières et déchets radioactifs de haute activité (HA) et moyenne activité à vie longue (MAVL) sont ainsi transportés dans des emballages de haute technologie (qui peuvent être 10 fois plus lourds que la matière contenue à l’intérieur), toujours agréés par l'ASN. Et des contrôles de rayonnement et de non-contamination ont lieu systématiquement, au départ comme à l’arrivée des convois et à chaque changement de mode de transport. Par ailleurs, il faut savoir que tous les transports donnent lieu à une étude et une autorisation d’exécution du ministère de la Transition écologique et solidaire, dont dépend le Haut fonctionnaire de défense et de sécurité qui a en charge le respect des exigences sécuritaires.

Contrairement à ce qu'aimeraient sans doute les activistes anti-nucléaires, pour l'instant, aucun accident ayant eu des conséquences radiologiques n'est à déplorer... Il en est de même s'agissant du « manque de transparence » qu'ils dénoncent, savent-ils que l'ASN, depuis la loi « TSN » sur la transparence dans le domaine nucléaire adoptée en 2006, délivre une information « live » au public ? « Les résultats des contrôles effectués et les lettres suivant les inspections sont systématiquement mis en ligne sur [le] site internet [de l'ASN] », précisait la SFEN en 2014. Sans compter que dans l'industrie nucléaire, « le transport des colis est suivi en temps réel. Des équipes d'astreinte sont disponibles 24h/24 en renfort des autorités compétentes », ajoutait l'association.

Malgré toutes ces précautions, difficile de raisonner l'irraisonnable. Mardi 17 juin, des activistes de Greenpeace ont de nouveau tagué un camion transportant des déchets radioactifs. Profitant là encore de la médiatisation du sujet, avec le débat sur le PNGMDR qui doit durer jusqu'en septembre prochain. Une double action, en une semaine, afin de dire « clairement que les transports liés au retraitement sont inutiles et que nous pourrions très bien nous en passer », a déclaré Yannick Rousselet, chargé de campagne sur les questions nucléaires pour l'ONG. Un brin absurde, puisque « les déchets radioactifs existent » aujourd'hui quoi qu'il arrive, rappelait Isabelle Harel-Dutirou, le 28 mai dernier à Lille. Après qu'une réunion publique avait été empêchée par des activistes de trois autres associations, Lilleradiée, ANV-COP21 et Extinction Rébellion.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.