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Billet de blog 26 nov. 2016

Un livre que Castro n'aurait pas aimé

A présent que Maximo a quitté l'île définitivement, le livre de Hélène Py, «Joif», va sans doute faire des amateurs. Et il serait bon, du reste, que ce livre fasse le tour des librairies, des sacs de plage et des tables de nuit…

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JOIF ou avanie à La Havane, de Hélène Py

Clo Hamelin

Ce livre se trouve sur Amazon          https://www.amazon.fr/dp/B01IAHAJX2

Dès les premières pages, on est soulevé par un vent de sensualité violente aux fragrances de Havane mêlées au sucre frais, embaumant l'air marin saturé d'iode.
 Peu à peu la musique trépidante du saxo, la sonorité sourde des congas, les crépitements des maracas s'insinuent comme la matière végétale de la jungle, non loin. Les trottoirs lépreux où courent les enfants grandis trop vite, dénudés dans la chaleur hurlante de midi. La Havane.


Oréa, une fille belle comme la nuit, artiste peintre, arrondit ses fins de mois dans les venelles de la métropole pour presque rien, et balade son corps de rêve par les rues bouillonnantes à la recherche du prince charmant, blanc de préférence qui l'aiderait à quitter sa ville adorée qu'elle ne supporte plus pour l'entraîner plus au Nord. Elle traîne derrière elle la misère des trottoirs, et comme elle le dit elle-même : " Je passe mon temps à chasser ma trouille comme une mèche de cheveux devant mes yeux. Dès que je vois l'ombre d'un flic, je cherche une colonne."

Elle finit par le rencontrer, son prince charmant : écrivain, beaux, blond, Canadien et bien pourvu en argent comme en caresses. 
Le décor est planté pour un road-movie trépidant. 


A bord du Range Rover du Canadien ou attablé dans la chaleur moite du soir devant un cocktail de rhum aux fruits, on assiste à un réquisitoire sur la mise à sac de l'Amerique du Sud depuis les conquistadores, sur les conditions de vie des Cubains, sur la dégradation de leur quotidien. Castro et les colons en prennent pour leur grade. C'est allongés sous les grandes moustiquaires, que les sens rebelles laisseront la place à la volupté, à l'humour, la tendresse, et cette joie de vivre qu'ont les peuples élevés dans la morsure des privations, des flétrissures et de l'esclavage.


Hélène Py nous emmènent en balade de la Jamaïque à New-York City.
 C'est une palette explosante de couleurs, de découvertes artistiques, de rencontres délirantes, de performances d'artistes. Oréa y rencontre Basquiat et devient son amie, Andy Warhol qui ne trouve rien à dire de son travail mais dont elle ne se soucie pas plus que cela. Telle une fée se servant de son pinceau comme d'une baguette magique sa créativité va embraser la sphère new-yorkaise. Flanquée de ses deux enfants qu'elle aura fait comme l'on respire, elle voyage à travers le monde avec toujours cette vieille langueur de son amant canadien. Le fil rouge est toujours maintenu, mais les méandres et les contretemps de l'existence prolongent le manque.


Et comme rien n'est permanent, cette belle ère d'extraversion, de fraternité, permissive et innovante où le monde ouvrait ses bras à qui voulait y entrer, annonce la fin aussi des trente glorieuses. Puis à peu à peu, on sent une ternissure s'amorcer au même moment où la vie va réunir Oréa et Ric après 17 ans d'absence. 
A l'horizon le cumulus de printemps fait place au stratus d'automne qui s'altère en fournaise et fait place à un autre ordre du monde... cette obscénité...

Et un épilogue au parfum d'au-delà, l'illumination....


C'est avec délectation, aisance et précision qu'Hélène Py secoue le cocotier des idées reçues. A travers Oréa, l'auteur exprime le symbole de la persévérance des femmes, la ténacité, la créativité et la sororité. Elle ne dissimule pas ses sentiments, elle est allergique à la bêtise, et mène la réplique à sa guise, pétrit le verbe, le substantif, émaille sa prose d'hispanismes qu'elle nous dénude toujours, nous entraîne dans une habanera échevelée au travers des rues, sous les frondaisons, dans la sueur et la frénésie d'un pays encore sous la coupe de Misifus. Dans les galeries et les rues de de New-York, dans les plaines de Bolivie, de Chine, de Birmanie où les êtres d'une rare authenticité nous dévoilent leur précarité, leur joie, nous sommes haletant de jubilation.


Il est dit dans l'histoire que l'Humanité a joif de soie, euh non, soif de joie. JOIF !


C'est un livre de femmes fait pour les femmes... et les hommes. 


Une chose encore... ce livre édité à compte d'auteur aurait mérité une attention plus soutenue de la part de notoires éditeurs pour ainsi figurer en bonne place à la devanture des librairies.

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