CET EGO QUI NOUS VEUT DU BIEN

A la relecture des œuvres de Jidu Krishnamurti et Sri Aurobindo, de Mère également, sa compagne de route, il m’est venu à l’idée de faire connaître ou redécouvrir pour certains, cette pensée universelle.

Loin de moi une ambition messianiste, d’autant que ces sommités du monde spirituel ont toujours stigmatisé les religions.

Celles-ci étant justement la cause de ce qui m’amène et responsables pour une bonne part de tout ce bourbier, qu’il soit sociétal, politique, écologique, relationnel, religieux, etc.

 Donc, c’est au travers d’extraits divers de l’excellent livre de Dominique Schmidt, « Le Nouvel Homme, selon Sri Aurobindo et Krishnamurti », que je propose de faire découvrir ou redécouvrir la pensée de ces hommes et femme qui ont lutté toute leur vie avec la même opiniâtreté que le ferait un bon cultivateur envers sa terre, et par là même de nous faire comprendre un peu mieux qui nous sommes et le monde qui nous entoure avec des yeux ouverts, sans œillères. Et peut-être, je le souhaite, d’ouvrir une discussion, et non plus de multiples monologues, sur cette plate-forme en grande partie réservée au politique. Peut-être est-ce le moment pour nous de passer à autre chose que de continuer à nous embourber dans l’inextricable réseau des prises de pouvoir, corruption, délits d’initié et autres bouffissures électorales et financières…

Sri Aurobindo, figure essentielle de la libération de l’Inde, alors sous domination anglaise, arrêta son entreprise politique pour se vouer corps et âme à la libération de l’être sur cette Terre au moyen d’une introspection spirituelle, d’un yoga très particulier. Ses centaines d’écrits d’une valeur philosophique inestimable nourriront sûrement les siècles futurs.

Jidu Krishnamurti, quand à lui faisait fî de toute doctrine spirituelle. Il démonta infatigablement tout ce qui est faux et remit en cause la conscience du Moi comme ultime source de conflit dans ce monde, tant à l’échelle collective qu’individuelle.

Tout deux, à  l’instar d’alchimistes, ont consacré leur vie à transformer la conscience de l’ego afin de provoquer la mutation des cellules.

Bonne lecture…

 

[…] « La connaissane de soi, selon Krishnamurti et Sri Aurobindo, est la clé de voûte qui peut, seule, résoudre tous les problèmes qui assaillent l’Homme, à tous les niveaux de son être et dans tous les domaines de l’existence, religieux, politique, économique, social, individuel, psychologique ou spirituel. Sans cette connaissance préalable, tous ces domaines ne peuvent que contribuer à alourdir le fardeau de l’Homme. La connaissance de soi nous révèle que notre prochain est un autre nous-même. Si nous la possédions il n’y aurait plus personne à exploiter, la notion « d’étranger » disparaîtrait ; le monde serait perçu dans une unité ultime issue d’une même Conscience où chaque être rayonnerait de sa particularité unique.

Avec la connaissance de soi, le système social ne serait plus organisé en privilégiant les classes dominantes ; les métiers seraient choisis en fonction des facultés et du tempérament de chacun. L’argent et le pouvoir ne seraient plus les éléments dominants : l’exploitation ne serait plus possible. La connaissance de soi abolirait sans effort toute perversion sociale et toute aberration individuelle.

Nous sommes actuellement aux antipodes de cette connaissance de soi. Chacun nourrit son moi séparé, et, comme il n’est qu’une illusion, chacun vit dans la contradiction d’une recherche de sécurité là où il ne peut y en avoir. Le monde est le miroir de l’ego, et tant que celui-ci ne sera pas dépassé par une plus haute conscience, il n’y aura pas de solution pour l’Homme. L’Homme est en train de s’autodétruire et de détruire la planète avec lui. Ces deux formes de destruction vont de pair. Nous sommes chacun responsables de cet état de choses. L’action ne doit pas être remise au lendement, car demain engendrera toujours un autre demain. Il ne faut pas se dire : « Mais que puis-je faire seul ? ». Nous sommes tous importants ! La société n’est autre que la somme des individus qui la composent. Le futur est maintenant, nous dit Krishnamurti, c’est l’action d’aujourd’hui qui engendre le lendemain. Seul notre mode d’être aujourd’hui est l’espoir d’une humanité meilleure. Il ne faut pas attendre que les autres agissent, car il n’y a pas d’autres, il n’y a que soi. En soi, toute l’Humanité existe.

La connaissance de soi n’a rien à voir avec toutes les notions inculquées depuis l’enfance. Les noms sont les symboles de la réalité qui nous permettent d’identifier et de « reconnaître » les êtres et les choses. La personne en soi, l’objet en soi, est en fait un grand inconnu, provenant de la Réalité sans nom. Les définitions que nous leur donnons ont une valeur toute relative, constructions nécessaires pour simplifier nos relations et les conventions humaines. Mais quand ces attributs sont considérés comme des absolus, commes des réalités en soi, c’est là que les problèmes adviennent. C’est pourquoi Krishnamurti répète inlassablement que « le mot n’est pas la chose. »

Krishnamurti appréhende le problème de la connaissance de soi d’une manière négative : c’est en comprenant ce qui est faux que le vrai se révèle naturellement. Néanmoins, cette perception de ce qui est faux n’est pas aisée, l’observateur étant conditionné projette sur tout ce qu’il observe ses propres conditionnements. C’est pourquoi la dualité de l’observateur-observé n’est pas facile à déceler.

[…] Le moi, se sentant vulnérable devant le monde, va développer toutes ses aptitudes pour s’affirmer afin de se protéger. Ce « je », ainsi façonné par la pensée, n’est rien d’autre qu’une chaîne de réactions provenant de son ignorance du principe de conditionnement. Le « je » s’identifie avec ce qu’il y a de plus grand. Et c’est dans ce plus grand que le processus du devenir prête une identité durable au moi, au penseur, et lui donne ainsi une pseudo raison d’être : pendant qu’il est occupé à devenir, il est temporairement soulagé de l’inquiétude qu’il ressent devant l’inconnu et l’imprévisibilité de l’existence.

En premier lieu, la connaissance de soi est inséparable d’une prise de conscience du processus du devenir. Cet éveil nous amène à une exploration en profondeur du processus du moi et de l’émergence de l’ego. L’état de pure observation arrête momentanément le temps du devenir nécessaire à l’ego pour atteindre ses objectifs.

Cette pause permet d’avoir un regard serein et détaché sur soi-même et les autres, qui sont eux-mêmes aux prises avec le même problème.

Cette observation se fait ainsi sans jugement de valeur. Le moi personnel et les autres « moi » sont perçus comme un seul et même principe. L’énergie gaspillée dans le devenir devient disponible pour cette recherche intérieure, qui se déroule maintenant dans le mouvement authentique du présent. L’obstacle fondamental à la connaissance de soi tient aux incessantes projections dans l’avenir qui nous empêchent d’être présent… au présent. Lorsque l’on écoute l’autre, on s’aperçoit que presque tout le monde se projette dans l’avenir ou parle incessamment du passé. Ce processus du devenir est un mode de sauvegarde de l’ego : c’est donc un instinct d’autoprotection qui en serait la cause. Même lorsque l’on a compris l’importance de la connaissance de soi, cette compréhension n’est que conceptuelle, elle ne nous libère pas du devenir. Son élimination ne peut se produire que par un état d’éveil ici et maitenant, et non pas dans le temps. […] La connaissance de la connaissance de soi est comme si nous possédions les techniques de natation tirées d’un manuel sans jamais être allé dans l’eau !

[…] Si notre conscience était vraiment universelle, elle serait libérée de toute identification à un groupe, de toute adhésion à un parti, car il ne pourrait plus y avoir de différenciation superficielle dans une conscience qui serait unie au tout : on ne pourrait plus appartenir ni à la gauche, ni à la droite, être ni bouddhiste, ni musulman, ect., ou même adhérer à la pensée de Krishnamurti. Lorsqu’il y a perception authentique d’une vérité, la conscience devient cette vérité. On ne vénère pas le poteau indicateur mais on vit la réalité qu’il pointe. […]

Sans la connaissance de soi, l’Homme est séparé durant son existence de son être authentique et n’expérimente jamais un contact réel et durable avec les êtres et les choses. Il va d’une insatisfaction à une satisfaction précaire pour rechuter de nouveau dans l’insatisfaction qui, avec le temps, le rend insensible, blasé, médiocre et routinier.

Comme la connaissance de soi implique la mort de l’ego, très peu d’entre nous ont le courage de l’entreprendre jusqu’au bout. Même lorsque l’ego est dépisté comme illusion, il en reste toujours une parcelle suffisante pour assurer sa survie.

[…] Explorons ensemble ce voyage vers la connaissance de soi. Il nous faut d’abord prendre conscience de notre fausse identité, quelle qu’elle soit, sans oublier que c’est l’identification à son titre, à sa fonction et non la fonction en soi qui est remise en cause. […] Par exemple, la fonction principale d’un directeur est de diriger, mais si celui-ci éprouve un sentiment de supériorité vis-à-vis de ses employés, c’est l’ego qui est à l’œuvre, et qui profite malhonnêtement de sa situation. C’est cette fausse identité qu’il nous faut remettre en cause. Lorsque le masque de l’ego est ainsi dévoilé, s’effondre en même temps toute la structure de son existence, car ce qui intéressait l’ego n’était pas la fonction en soi, mais le gain qu’il pouvait  en tirer. Un homme politique le resterait-il sans la renommée, le gain, le succès ? Comme la structure de notre société est basée sur le gain et l’intérêt, l’individu évolue à son image, laissant la bride sur le cou à la corruption générale. ce n’est que lorsque l’on est libéré de cette fausse identification, qu’on se rend compte que tous les êtres qui nous entourent vivent aussi le mirage de l’ego et sont victimes des mêmes illusions.

Krishnamurti : « Je ne suis pas propriétaire de la conscience : elle n’est pas individuelle, mais universelle. Ma conscience est identique à la vôtre, ou à celle de n’importe qui d’autre : vous et moi, nous souffrons l’un comme l’autre, nous passons tous deux par de terribles épreuves, ect » (Krishnamurti Cette Lumière en nous p. 83).

On s’aperçoit au bout du compte que chacun est en prise avec le même processus du moi. En apparence, les objets ou les buts convoités diffèrent mais le fond reste le même. Politicien, directeur, gourou, artiste, ect., le but diffère mais la recherche du gain, du succès, de la sécurité, reste la même pour tous. La triple peur, de la vie, de la mort et de l’inconnu est la source réelle du devenir psychologique de l’Homme, et si nous la comprenions, notre existence serait toute différente : elle deviendrait l’expression créatrice de la réalité vivante.

L’enfant évoluant dans l’atmosphère psychique de ses parents sera à son insu soumis à la problématique intime de ceux-ci, qu’il portera durant toute son existence. »

 

La suite… au prochain billet…

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