nunocasimiro
Abonné·e de Mediapart

9 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 mai 2020

You are here / Vous êtes ici

L’air était enfiévré par cette démonstration du pouvoir de changer les lois par décret. Les premières grèves et manifestations donnaient l’impression qu’un mouvement citoyen pourrait gagner de l’ampleur et inverser le démantèlement de l’état social et, au moins dans la forme, de la démocratie à la française.

nunocasimiro
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© Alex Gozblau

François Hollande était Président de la république. Le Premier ministre Manuel Valls laissait entre parenthèses le jeu de la représentation parlementaire imposant l’adoption des projets de loi par l’Assemblée nationale sans vote des députés, par le biais d’un dispositif prévu dans l’article 49-3 de la Constitution. Mme. El Khomri, de son côté, arrivait de la sorte à tatouer son nom sur le corpus législatif avec un code du travail qui avoisinait inéluctablement la France du destin des pays où le travail (en dépit des travailleur.ses) n’est plus qu’une marchandise de plus.

L’air était enfiévré par cette démonstration du pouvoir de changer les lois par décret. Les premières grèves et manifestations donnaient l’impression qu’un mouvement citoyen pourrait gagner de l’ampleur et inverser le démantèlement de l’état social et, au moins dans la forme, de la démocratie à la française.

Ce jour-là, j’ai passé la matinée dans la manifestation, et ensuite retourné au bureau car on nous promettait une réunion d’extrême importance avec la D-R-H (direction des ressources humaines). À ce moment, j’étais contractuel dans un conseil régional, intégré dans une équipe d’une vingtaine de personnes, oeuvrant au nom d’un programme européen. D’un point de vue du corset bureaucratique, ce type de programme peut soulever des questions complexes, car nous avons un contrat de travail avec la structure d’un pays, mais nos fonctions dépendent stratégiquement de plusieurs autres. Pour faire court, à en croire, après une dizaine d’années, la région avait découvert qu’il y avait beaucoup de personnes en grade « Administrateur » et il fallait qu’on passe au grade de « Attaché territorial ».
La situation nous a été présentée comme une négociation (le terme « co-construction » n’était pas encore à la mode) malgré le fait que si on refusât le changement on serait orienté.es vers un accord de « rupture conventionnelle ». Une responsable de la DRH est donc venue nous voir. Elle nous a expliqué que la modification de grade n’affecterait pas négativement nos revenus car, si nos salaires baissaient, ils seraient toujours compensés par des primes, de telle façon que, dans la plupart des cas, la « dégradation » de statut se traduirait en plus d’argent à la fin du mois.

Moi : Le problème, madame, est que dans le cas d’un changement d’orientation politique, les primes sont beaucoup plus facilement attaquées que les salaires.
Mme. DRH : Comment ça ?
Moi : Je veux dire que les suppléments salariaux sont les premiers à être touchés. Politiquement et légalement c’est plutôt compliqué de réduire les salaires, mais imposer des taxes ou couper des primes c’est relativement simple.
Mme. DHR : Mais c’est du jamais vu ! Quand est-ce que vous avez vu une chose pareille ?
Moi : Depuis quelques années, un peu partout en Europe, mais particulièrement dans le sud : Portugal, Espagne, Grèce, Italie…

Et là, la dame DRH a éprouvé un moment de soulagement. Son corps s’est agrandi sans presque bouger, le cou s’est allongé, le torse s’est un peu étiré et arrondi, comme une vague prenant la silhouette de virgule avant de s’écraser sur le surfer, les yeux grands ouverts sous les triangles des sourcils surpris, entre le mépris et l’indulgence, la dame DRH m’a alors expliqué : Mais, monsieur, ici c’est la France.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gouvernement
Le malentendu Pap Ndiaye
Insulté par l’extrême droite et critiqué par certains partisans de Macron, le ministre de l’éducation nationale est en réalité un modéré, loin des caricatures indigénistes et des procès en wokisme. Mais, entouré de proches de Jean-Michel Blanquer et du président, Pap Ndiaye aura du mal à s’imposer.
par Joseph Confavreux et Ellen Salvi
Journal — Climat
Face à la sécheresse, organiser collectivement la solidarité
La sécheresse est en train de dévaster l’Inde et le Pakistan. Ce type d’épisode, de plus en plus fréquent, ne se limite plus aux pays en voie de développement. En France, une vingtaine de départements font déjà l’objet de mesures de restriction d’eau.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal — Asie
Au Pakistan, la température frôle les 50 °C et accable les plus pauvres
Classé en 8e position parmi les pays les plus à risques face au changement climatique, le Pakistan vient de subir une vague de chaleur quasi inédite. D’Islamabad à Karachi, des millions de personnes ont fait leur possible pour assurer le quotidien dans des conditions extrêmement difficiles.
par Marc Tamat
Journal
Législatives : comment le RN cible le rassemblement des gauches
Mediapart a pu consulter les documents fournis aux candidats du parti d’extrême droite pour les législatives. Ils montrent que le parti fait manifestement peu confiance à ses troupes sur le terrain. Ils s'en prennent à la coalition de gauche Nupes, rebaptisée « extrême gauche pro-islamiste ».
par Lucie Delaporte

La sélection du Club

Billet de blog
Accès au droit des étrangers : régularisons l’administration !
Des élus de la République, des responsables associatifs, des professionnels du droit et autorités administratives intervenant dans le 20e arrondissement, et à Paris, sonnent la sonnette d'alarme. La prise de rendez-vous dématérialisée auprès des préfectures en vue de déposer des demandes de titres de séjour est devenue quasi impossible. « La déshumanisation et le dévoiement des services publics sont à leur comble ! » 
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
A quoi sommes-nous sensibles ?
La mort des non Occidentaux semble invisible. Qu’ils soient Syriens, Afghans, Nord Africains, du Moyen Orient, d’Asie... Ils sont comme fantomatiques, presque coupables d’effleurer notre champ de vision.
par Bruno Lonchampt
Billet de blog
Couple binational : le parcours du combattant
Si on m’avait dit auparavant, qu’en 2021 je serais mariée, j’aurais éclaté de rire ! Pourtant, par amour, on est capable de tout.
par Amoureux Au ban public
Billet de blog
Mineur·es en danger à la rue, il est urgent de les protéger !
« Les droits de l’enfant ne se discutent pas, encore moins au profit d’affichages politiciens de “lutte contre l’immigration”. » Face au nombre croissant d’enfants migrants en grand danger faute de prise en charge, une soixantaine d'associations locales de terrain et d'organisations nationales tirent la sonnette d’alarme. Ils demandent que « la présomption de minorité soit inscrite explicitement dans la loi. »
par Les invités de Mediapart