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Billet de blog 19 avr. 2020

la biodiversité est un choix politique

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Chèr.es ami.es français.es
Ça fait un petit moment que je construis ma vie (aussi) dans l’Hexagone. Cependant, n’ayant pas grandi ici, il m’arrive d’être régulièrement surpris par des habitudes que je n’ai pas intégrées comme les plus évidentes, par des goûts inattendus ou par des mots à la résonance extraordinaire pour mes oreilles modelées par d’autres sons. Parfois je me découvre fasciné devant la nouveauté excitante d’une possibilité que j’ignorais. D’autres, je me sens désorienté face à des gestes que, confrontés à mon regard étranger, me semblent venus d’une galaxie lointaine, comme des échos d’un temps déformé ou, au moins, décalé. 

(et même si, d’où je viens, nous pouvons avoir une certaine tendance à tout transformer en spectacle dramatique en technicolor, la perplexité reste justifiée) 

C’est le cas de ma première participation dans un procès électoral en France. 
26 mai 2019, on vote pour le Parlement européen. Dépourvu de mes références politiques et partisanes nationales, j’ai dû réapprendre les règles du vote, car elles ne sont pas identiques. (beh oui, voter ne signifie pas la même chose partout)

Ainsi, la première surprise : il faudrait dépasser un seuil de 5% pour avoir le droit de représentation à Bruxelles (et une semaine par mois à Strasbourg), alors que, sachant qu’il y a 79 places, 1,3% devrait suffire pour élire un.e député.e. 
À la limite, en bons démocrates, on pourrait justifier le seuil minimal et la conséquente déformation du système de représentation comme une solution temporaire visant la stabilité du Parlement – c’est-à-dire, pour prévenir l’ingouvernabilité à l’italienne, avec une myriade de micro partis s’exterminant mutuellement pour monter des coalitions à l’espérance de vie plus limitée que celles du lait non pasteurisé. Or, au Parlement européen, avec des grands groupes politiques transnationaux, ce n’est pas la présence d’un seul individu représentant un petit micromouvement à 1,5% des voix français qui provoquera la disruption de l’usine à directives et règlements. Au contraire, c’est la possibilité d’introduire une vision différente et potentiellement enrichissante (justement pour, si tout va bien, ne pas correspondre à une majorité rodée dans l’inertie) aux travaux parlementaires et autres (enfin, un peu comme moi, en parlant de ce qui m’étonne parce que j’ai eu une formation non-française…). 
L’option ne peut donc se justifier que par l’envie de réduire la diversité des voix, concentrer les options de plus en plus dans un groupe restreint de discours pour ensuite justifier qu’il n’y a pas de vraies (réalistes) alternatives, et ainsi justifier des seuils qui ne feront que réduire la diversité des voix, etc. 

Mais je fus encore plus étonné par la deuxième surprise, en apprenant que c’était aux partis politiques la responsabilité d’assurer que leurs listes imprimées soient disponibles dans chaque bureau de vote. Une condition qu’obligerait chaque mouvement se présentant aux élections à prévoir un budget moyen de 300.000 (trois cent mil) euros juste pour exister dans les bureaux de vote. 
(et dans ma tête une voix à grogné « oh là là, si cela ne conditionne pas la participation au procès « démocratique »…) 

Eh bien, si je suis surpris c’est parce que je connais une autre réalité. Elle n’est pas beaucoup plus brillante sur d’autres aspects mais, sur cela, l’exemple peut aider à améliorer le fonctionnement de la démocratie représentative dans l’Hexagone. 
D’où je viens, ça se passe comme ça : 
Le bulletin de vote est une seule page avec le nom de tous les partis qui se présentent aux élections, chacun suivi d’un carré vide. Aux citoyen.nes de mettre une petite croix sur leur option (comme dans n’importe quelle test aux choix multiples – je pense qu’en français ça s’appelle QCM), plier la feuille en 4 et la verser dans l’urne (pas besoin d’enveloppe, non plus). 
C’est à l’Etat d’assurer l’impression des copies du bulletin de vote. Si on faisait pareil en France, pour la journée électorale du 26 mai, nous parlerions de 47,1 millions de feuilles. Cela représente 30 fois moins de papier que ce que j’ai compris qu’on aurait gaspillé en rentrant dans le bureau de vote et être confronté aux piles de bulletins de chaque parti. 
Pour avoir une idée, en moyenne et pour faire simple, il faut un arbre pour produire 10.000 pages A4. Cela veut dire que, si toutes les listes françaises qui se sont présentées aux élections européennes ont imprimée 47,1 millions de bulletins, le scrutin a demandé le sacrifice de quelque chose comme 160.000 arbres. 
Je sais que le papier est recyclé et que pas toutes les listes ont imprimé autant de papier, mais nous restons sur une belle forêt détruite, alors que des alternatives existent pour améliorer le processus. (voir l’exemple du QCM dans les paragraphes précédents)

Certes, si personne n’en discute, nous allons prendre beaucoup plus de temps à se rendre compte des absurdités. Mais maintenant que vous êtes au courant peut-être que nous pouvons tou.tes faire la pression là, où elle doit se faire pour, disons, préserver la biodiversité. Si l’écologie semble être dans la pensée de tout le monde, ça ne doit pas être compliqué à faire comprendre les enjeux biodivers dans les rituels des votations. Histoire de commencer à y réfléchir avant les prochaines élections. 

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