Pourquoi l'Emir du Qatar emprisonne-t-il son cousin le Prince Talal ?

Mi-décembre, Marianne révélait que l'Emir du Qatar avait fait emprisonner son cousin, 5ème dans l'ordre de succession au trône, à 25 ans de prison. Officiellement condamné pour des dettes alors qu'il est millionnaire, l'Emir a voulu faire taire un concurrent qui risquait de révéler des secrets gênants : le financement de groupes terroristes par le Qatar.

Tamim bin Hamad al-Thani, Emir du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani, Emir du Qatar

Un prisonnier politique pas comme les autres

Âgé de 50 ans, le Prince Talal ben Abdulaziz al-Thani n'est pas seulement le cousin de l'actuel Emir, mais il est aussi le fils de l'ancien Prince héritier du Qatar et le petit-fils de l'ancien Emir du Qatar, Ahmad ben Ali al-Thani. Sa détention tenue secrète par Doha jusqu'aux révélations de Marianne - officiellement pour des dettes alors que sa fortune est estimée à plusieurs dizaines, voire centaines de millions de dollars - risque de ternir l'image de l'Emir.

Le Prince Talal al-Thani, cousin de l'actuel Emir du Qatar Le Prince Talal al-Thani, cousin de l'actuel Emir du Qatar

Loin d'être un prisonnier lambda, le Prince Talal était très proche du pouvoir puisqu'il siégeait au Conseil Consultatif, ce qui lui a permis de découvrir plus d'un secret de la pétromonarchie. En fait, c'est surtout dû au risque de révélations gênantes pour son cousin qu'il a été embastillé dans la plus grande discrétion. Condamné à 25 ans de prison pour des motifs fallacieux, le Prince Talal risque donc de finir ses jours dans une cellule « VIP » de 30 m2, sans revoir ses quatre enfants.

Les secrets inavouables de la pétromonarchie qatarie

Si la détention de secrets peut être une source de pouvoir, le Prince Talal semble en payer le prix. En effet, un de ses proches a affirmé dans la presse :

« Talal a toujours dit tout haut ce qu’il pensait, notamment au sein du conseil consultatif, quand il entretenait des relations normales avec le pouvoir. Il n’approuvait pas les sommes versées aux Talibans, à des organisations extrémistes en Somalie, au Sahel, dans le Sinaï. Il est au courant de valises d’argent, de deal au niveau d’achats de pétrole et de gaz. Bref, de secrets d’Etat qui révèleraient la face sombre de l’émirat. Le pouvoir a cherché à négocier avec lui, à lui faire signer des papiers en échange de sa libération, comme quoi il n’aurait plus toute sa tête. Il a bien entendu refusé. »

Le financement du terrorisme par le Qatar semble bien être au cœur de l'emprisonnement du cousin de l'Emir, une décision brutale pour l'émirat qui cherche à améliorer son image avant la Coupe du Monde de 2022.

L'Emir du Qatar ne pouvait pas risquer de voir son cousin révéler aux télévisions du monde entier que le Qatar finance toujours des islamistes radicaux, une accusation par ailleurs déterminante dans le conflit qui oppose le Qatar à ses voisins arabes.

Critique envers l'Iran et l'influence des Frères Musulmans, le Prince Talal aurait pu compter sur le soutien de la Ligue Arabe et éventuellement devenir le nouvel Emir du Qatar. Une menace intolérable pour son cousin.

Le rôle trouble du régime qatari et son soutien à des groupuscules terroristes est bien documenté, notamment dans des câbles diplomatiques américains révélés par Wikileaks. Plus récemment, nous avions aussi démontré comment le puissant Procureur Général du Qatar - le redoutable homme de main de l'Emir - avait facilité la libération de plusieurs membres de sa famille qui avaient reconnu être des membres d'Al-Qaida. Un fait passé relativement inaperçu dans les grands médias.

Ali Bin Fetais Al-Marri, le sulfureux Procureur Général du Qatar Ali Bin Fetais Al-Marri, le sulfureux Procureur Général du Qatar

Face aux dernières révélations de la presse, le sort du Prince Talal pourrait connaitre des rebondissements dans les prochains mois. Ses proches semblent même craindre pour son intégrité physique. Il est peut-être temps que la communauté internationale, les ONGs de défense des droits de l'Homme et les Nations Unies s'intéressent à son cas.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.