Polémique : La FRS s'associe au Procureur Général du Qatar Ali Bin Fetais Al-Marri

Que vient faire la prestigieuse Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) dans cette galère ? Cette fondation vient, en effet, de signer un pacte très surprenant avec le ROLACC, un centre anti-corruption qatari créé par Ali bin Fetais al-Marri, le puissant Procureur Général du Qatar. Ce mélange des genres jette la suspicion sur l’institution.

Ali bin Fetais al-Marri et Jean-François Daguzan à Doha, le 28 mai dernier lors de la signature de l’accord Ali bin Fetais al-Marri et Jean-François Daguzan à Doha, le 28 mai dernier lors de la signature de l’accord

Le mariage de la carpe et du lapin

La presse de Doha a annoncé la nouvelle en fanfare. Selon les médias qataris, avec cet accord : « les deux parties coopéreront dans des domaines d'intérêt commun tels que la lutte contre la corruption, la recherche, la formation à la sécurité sur Internet, notamment la lutte contre les discours de haine dans les réseaux sociaux, la recherche et la formation sur la sécurité maritime. le piratage. » Bizarre… Jusqu’à ce jour, la FRS, n’était pas connue pour ses travaux sur la corruption, mais sur ses recherches concernant la défense nationale et les questions internationales. Inversement, le ROLACC n’a pas vocation à s’occuper des affaires stratégiques de ce monde.

Lors de cette cérémonie, le directeur adjoint de la FRS, Jean-François Daguzan a justifié l’union ainsi : « cet accord s'inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération entre le Qatar et la France et facilitera l'échange à long terme d'expertise dans le domaine de l'état de droit et la lutte contre la corruption entre les deux parties. » Pour un think-tank privé qui revendique haut et fort son indépendance, ces propos sont pour le moins polémiques...

Un procureur pas au-dessus de tout soupçon…

Il fallait oser l’union avec Ali Bin Fetais al-Marri, Jean-François Daguzan l’a fait… En effet, « le monsieur propre » du petit émirat est loin d’être aussi immaculé que sa fonction ne porte à le croire. En février dernier, le Point révélait son riche patrimoine : en cinq ans, il a acquis pour plus de 19 millions d’euros de biens immobiliers à Paris et Genève, des biens qui ne peuvent en être justifiés par son salaire de haut-fonctionnaire.

A cela, il faut ajouter les confusions entre son patrimoine et celui du ROLACC. Dans article au ton ironique, le journal suisse Le Temps expliquait comment le Qatar s'était offert un prix contre la corruption, à travers le procureur. Le directeur de la FRS ne pouvait ignorer ces faits avant de se rendre à Doha.

Questions

Dès lors, les interrogations des chercheurs de la FRS (qu’ils ne manqueront pas de se poser) apparaîtront comme légitimes, car ils sont les premiers à être impactés par cet accord, leur crédibilité est en jeu. Cette signature s’est-elle accompagnée d’un financement ? Qui a payé le voyage de Jean-François Daguzan ? Comment ces chercheurs pourront-ils évoquer le Qatar et plus largement la politique au Proche et Moyen Orient désormais ?

Puisque cet accord « s'inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération entre le Qatar et la France » comme l’a déclaré le responsable de la FRS, que va faire Jean-François Daguzan pour obtenir au moins le transfèrement en France de Jean-Pierre Marongiu? Cela fait quatre ans que ce Français croupit dans une prison qatarie dans une cellule de 10 m2 pour 13 détenus.

Et encore puisque la FRS a ajouté une corde à son arc et traite aujourd’hui de corruption, que dira l’institution sur les conditions de l’attribution du mondial à l’émirat en 2022 ?

En signant ce pacte, la FRS a sûrement cru faire une bonne affaire, en réalité, elle s’est tirée une balle dans le pied. Mauvaise pioche pour un think tank pourtant féru de stratégie…

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