Les comptes Koweitiens du Procureur Général du Qatar Ali Bin Fetais Al-Marri

Révélations : Ali Bin Fetais Al-Marri, procureur général du Qatar et avocat spécial auprès des Nations Unies chargé du recouvrement des biens mal-acquis dans les pays arabes, a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Pourtant, cet homme distingué dont la mission consiste à laver plus blanc que blanc, n’est pas aussi immaculé qu’il n’y paraît.

ali-fetais-1
Ce 8 décembre, sur la place des Nations qui accueille les bâtiments de l’ONU à Genève, une statue éphémère de cinq mètres de haut a été dressée, une main argentée tendue vers le ciel. Comme le rappelle le quotidien le Temps, «l’ONU s’est pliée en quatre pour accueillir l’événement», son secrétaire général adjoint est présent, les autorités suisses aussi. L’émir al-Thani, n’a pas pu faire le déplacement mais son frère est présent, au Qatar tout est affaire de famille.

Dès la fin de la somptueuse cérémonie, l’œuvre est démontée, comme pour montrer l’inutilité de l’événement? Ali Bin Fetais al-Marri, maître de cérémonie, l’assure « Ce prix ne serait pas aussi respecté s’il n’était pas transparent.»

Mais, pour le procureur général la transparence est une notion à géométrie variable.

Opacité sans limite

En matière d’anti-corruption, Ali Bin Fetais al-Marri est sur tous les fronts, procureur général, avocat chargé de mission à l’ONU, il a créé, en outre un centre anti-corruption à Doha et Genève, le ROLACC (Rule of Law Anti-corruption Center). Il s’est érigé en pourfendeur des turpitudes financières.

A en croire l’article que le Point lui a consacré, il est un vrai spécialiste du sujet puisqu’il est l’actionnaire principal, à 98%, de la société immobilière (GSG) propriétaire de l’immeuble qui héberge les locaux du… ROLACC.

L’Etat du Qatar paye donc un loyer à son employé. Sachant que le salaire d’un haut fonctionnaire qatari ne dépasse pas les 12000 dollars par mois et qu’il n’avait pas de fortune personnelle, où Ali Bin Fetais al-Marri a-t-il trouvé les 3,3 millions d’euros pour acquérir cette demeure ?

Le magazine ne le dit pas, en revanche, il révèle l’étendue du patrimoine immobilier du procureur. Impressionnant.

Comme il faut bien se loger lorsqu’il est à Genève, il s’est également offert une propriété dans le quartier chic de Cologny, pour la somme de 6,34 millions d’euros. Comme ce parfait francophone, amoureux de la France aime séjourner fréquemment à Paris, en 2013, il s’est également acheté un pied à terre dans cette capitale. Bien entendu, ce n’est pas une chambre de bonne, mais un hôtel particulier de trois étages situé au 86 avenue d’Iéna, tout près de l’Arc de Triomphe. Prix de cette villégiature? 9,6 millions d’euros.

Révélations…

Un épais brouillard entoure la fortune personnelle d’Ali Bin Fetais al-Marri, loin d’éclaircir la situation, les informations obtenues viennent ajouter de l’opacité au patrimoine de procureur adepte de la transparence.

L’hôtel particulier parisien a été acquis par une société immobilière, SCI IENA 86, dont le magistrat possède 98% des actions, les 2% restants appartiennent à ses fils.

Or, cette société possède des comptes à la National Bank Of Kuwait, plus précisément la succursale des Champs Elysées, lieu où cette banque gère ses clients prestigieux. Par ailleurs, la société suisse du procureur général détient également des comptes dans la filiale genevoise de la banque koweitienne.

Ces révélations posent un certain nombre de questions. La première qui vient à l’esprit, la plus évidente est: d’où proviennent les fonds qui ont permis au premier magistrat du Qatar de devenir un propriétaire immobilier prestigieux?

Ensuite, comment expliquer le choix curieux d’une banque koweitienne? Ce choix est d’autant plus étrange que la Qatar National Bank est située au 65 avenue d’Iéna, soit à deux pas de son hôtel Particulier.

Ali Bin Fetais al-Marri ne souhaiterait-il pas que son employeur, le Qatar, soit au courant de ses acquisitions immobilières?

Pourquoi? Mais que fait donc le procureur général? Avec un peu de transparence, répondre à ces questions serait d’une simplicité biblique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.