Ali Bin Fetais Al Marri, le très embarrassant Procureur général du Qatar

Dans un souci d'amélioration de son image et de ses relations avec les pays occidentaux, la mode au Qatar est à la signature de Memorandums of Understanding. Toutefois, le richissime émirat du Golfe, accusé de soutenir le terrorisme islamiste, peine parfois à trouver des contreparties acceptant de parapher ce genre d'accords.

Le sulfureux Procureur général du Qatar, Ali Bin Fetais Al Marri Le sulfureux Procureur général du Qatar, Ali Bin Fetais Al Marri

Les raisons de cette situation sont simples: le Qatar n'est pas un état de droit et les valeurs visées par ces accords ne sont pas respectées dans cette monarchie absolue. Le pays présente entre autres des failles énormes dans le respect des droits de l'Homme, comme le rappelait Human Rights Watch en 2019. De plus, la conclusion de ces mémorandums, qui prévoient par exemple, dans certains cas, des collaborations renforcées dans le domaine de la justice, se heurte à la mauvaise réputation des édiles qataries, notamment de son encombrant Procureur général: Ali Bin Fetais Al Marri.

Un récent cas relaté par le très sérieux quotidien suisse alémanique NZZ (Neue Zürcher Zeitung) illustre les états d'âme des dirigeants helvètes au moment de parapher l'un de ces accords avec le Qatar. Le journal révèle en effet que Simonetta Sommaruga, l'ancienne ministre fédérale en charge de la Justice, fut invitée par Ali Bin Fetais Al Marri à signer le document. Apparemment inquiète des répercussions de la conclusion de cet accord avec le sulfureux Qatari, l'ancienne ministre botta en touche.

Prétextant une incompatibilité de titres, que Simonetta Sommaruga affirma qu'elle ne pouvait pas apposer sa signature à côté de celle du Procureur, quand bien mêmele Procureur général du Qatar est aussi le Ministre de la Justice! Face à ce refus, Ali Bin Fetais Al Marri essaya de convaincre le Procureur général de la Confédération, Michael Lauber, de parapher le document. Ce dernier déclina dans un premier temps la proposition de son homologue qatari, peut-être en raison de la face cachée de ce dernier qui a, en partie, été révélée par la presse dernièrement.

Comme l'affirmait le journal Le Point en février 2018, Ali Bin Fetais Al Marri est empêtré dans une affaire de biens mal-acquis impliquant notamment un fastueux hôtel particulier dans la capitale ainsi qu'une luxueuse villa située dans la commune de Cologny, en Suisse. Cet autoproclamé expert contre la corruption dirige par ailleurs l'opaque ROLACC (Rule of Law and Anti-Corruption Center) dont la raison d'être est la lutte contre la corruption et la promotion de l'état de droit. Le tableau est cocasse sachant que des soupçons de corruption sans précédent visent le Qatar en lien avec l'organisation de la Coupe du Monde de football 2022 dans le petit état gazier.

Une autre facette inquiétante de ce collectionneur montres d'exception dérange d'autant plus: sa promiscuité avec certains membres d'organisations terroristes. Le Washington Post révéla en 2007 qu'Ali Bin Fetais Al Marri entretenait des liens forts avec le très controversé Abdul-Rahman Al-Qatari. Cette figure incontournable d'Al-Qaida fut arrêtée aux États-Unis en décembre 2001 à la suite des attentats du 11 septembre. L'enquête menée alors confirma son extrême dangerosité en retrouvant par exemple sur son ordinateur un dossier intitulé « arène du djihad ».

Ce dossier, contenant des informations sur le cyanure d’hydrogène ainsi que des centaines de données bancaires volées et des documents d'identité falsifiés, laissait clairement penser qu'Abdul-Rahman Al-Qatari fomentait des attentats. Alors détenu à Guantanamo, ce dernier bénéficia de l'aide d'Ali Bin Fetais Al Marri, qui n'est autre que son cousin, pour permettre sa libération aberrante en activant les canaux diplomatiques et le rapatriement, en contrepartie, de deux citoyens américains arbitrairement arrêtés au Qatar.

Quelle ne fut pas la surprise des observateurs à l'annonce de la signature d'un Memorandum of Understanding entre Michael Lauber et son alter ego qatari en mars 2018 afin "d'optimiser la coopération" entre les deux pays en matière de justice.

Comme le soulève la NZZ, il est dès lors particulièrement étonnant que cet accord, prévoyant une assistance mutuelle renforcée, n'ait pas encore permis de faire avancer l'enquête en cours sur les soupçons de paiements douteux et d'achat de voix à la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) depuis de nombreuses années. Ces soupçons portent notamment sur l'achat de voix par l'Allemagne, alors candidate à l'organisation de la Coupe du Monde au Qatar.

L'ancien numéro deux de la Fédération, le Qatari Mohammed bin Hamman, aurait joué un rôle central en ayant été crédité de près de 6.7 million d'Euro par Franz Beckenbauer, en charge du Commuté d'organisation de l'évènement, via un cabinet d'avocats suisse. Mohammed bin Hamman n'a toujours pas été entendu dans cette affaire par les enquêteurs suisses. Nul doute qu'Ali Bin Fetais Al Marri pourrait apporter une aide déterminante dans ce dossier. Pas sûr toutefois que la signature de ces mémorandums ne soit autre chose que de la poudre aux yeux des observateurs.

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