Le frère de l'Emir du Qatar accusé d'avoir commandité des meurtres

L’affaire Epstein a démontré combien la richesse et la proximité avec le pouvoir permettaient de commettre des actes odieux et de bénéficier néanmoins de l’impunité pendant des années avant d’être pris dans les filets de la justice. Il semble que Khalid Hamad al-Thani, frère cadet de l’émir du Qatar, entre dans la même catégorie.

L'Emir du Qatar va-t-il protéger son frère ? L'Emir du Qatar va-t-il protéger son frère ?

Après avoir accumulé les frasques, notamment les excès de vitesse dans les rues de Beverly Hills au volant de sa voiture de sport, après avoir usé et abusé de son immunité diplomatique pour échapper aux poursuites, voilà enfin cheik Khalid Bin Hamad al-Thani devant des juges pour des affaires d’une extrême gravité.

Le 23 juillet dernier, une plainte a été déposée devant un tribunal fédéral de Floride. Khalid Hamad al-Thani, est poursuivi par deux Américains, anciens membres de son staff. Le premier, Matthew Pittard, occupait le poste d’agent de sécurité, le second, Matthew Allende, était son infirmier personnel. Les deux plaignants reprochent à leur ancien employeur de les avoir fait travailler nuit et jour, 7/7, sans aucun respect du droit du travail américain. La liste des infractions est longue : pas de contrat, pas de fiche de paye, pas de paiement des heures supplémentaires, obligation d’être au service du frère du monarque partout dans le monde que ce soit en Californie à Londres ou à Doha. Mais pour importantes qu’elles soient, ces violations des obligations légales ne sont rien au regard de ce qui suit et de ce que les deux hommes ont enduré.

Dans la plainte, l’avocat de Matthew Pittard accuse Khalid d’avoir demandé à son agent de sécurité de faire assassiner deux personnes en Californie. Toutefois, le document ne mentionne ni les noms de cette femme et de cet homme, ni la raison pour laquelle le prince qatari cherchait à attenter à leurs vies, il est seulement mentionné que Khalid les « considérait comme des menaces à sa réputation sociale et à sa sécurité personnelle ».

Matthew a refusé d’obéir à cet ordre, et a ensuite commis un autre crime de lèse-majesté en aidant un citoyen américain à s’enfuir, alors qu’il était détenu illégalement dans une résidence de Khalid à Doha.

Une fois encore, ni la plainte, ni les journaux anglo-saxons, qui rapportent cette histoire, ne donnent de détails sur cette séquestration. Il semble que l’affaire soit si brûlante, dangereuse peut-être, que les plaignants cherchent à protéger tous les témoins car eux savent de quoi Khalid est capable.

En effet, après ces deux événements, la vie de Matthew aux côtés du jeune maître de Doha est devenu un enfer. Le frère de l’émir a menacé de le tuer en lui pointant un revolver sur la tempe et de « l’enterrer dans le désert », il a également menacé de tuer sa famille. Il lui a confisqué tous ces effets personnels et a fini par le licencier.

Matthew Allende, a lui aussi vécu son lot de malheurs. Heureusement son calvaire a duré moins longtemps, il n’est resté que trois mois au service du frère de l’émir du Qatar, entre octobre 2017 et février 2018. Il pouvait travailler selon les desideratas du prince pendant 36 heures d’affilées sans avoir de pauses repas et sans possibilités de dormir.

Un soir de décembre 2017, après trois semaines sans un seul jour de repos, Matthew Allende a demandé un jour de congé qui lui a été refusé. Alors que les gardes l’empêchaient de sortir, il s’est enfuit en sautant un mur de 10 mètres de haut. Blessé à la cheville, il a dû subir une intervention chirurgicale mais de son court passage dans la cour du prince il gardera toujours des séquelles tant physiques que psychologiques.

Ce procès à venir pour des faits aussi graves est une nouvelle épine dans le pied du Qatar. Mais cette affaire ira-t-elle jusqu’à son terme ou sera-t-elle réglée comme à son habitude : un gros chèque des achats d’armements américains et on oublie tout ? Telle est la question…

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