Le procureur du Qatar Ali Bin Fetais Al-Marri a-t-il aidé des membres d'Al-Qaida?

Le procureur du Qatar, Ali Ben Fetais Al-Marri, ne cesse de défrayer la chronique. Le puissant magistrat, un temps proche de Rachida Dati, a été récemment épinglé pour des biens mal-acquis et des comptes privés à la National Bank of Kuwait. Une nouvelle fois, son passé le rattrape, ses liens avec des membres de sa famille liés à Al-Qaida refont surfaces… Enquête.

L'influent procureur général du Qatar L'influent procureur général du Qatar

L'embarrassant Dr Ali Ben Fetais Al-Marri

En février 2018, Le Point publiait une enquête catastrophique pour l'image du procureur général, lui, le monsieur propre de la pétromonarchie, se retrouvait empêtré dans une affaire de biens mal-acquis.

Un hôtel particulier situé en plein cœur de Paris, d’une valeur de 10 millions d’euros, par-ci, une société immobilière de 3 millions d’euros par-là, et encore une villa dans un très riche quartier de Genève.

Le Dr Fetais et son amie Rachida Dati Le Dr Fetais et son amie Rachida Dati

Même si contrairement aux potentats africains, la justice française n'a pas daigné ouvrir une enquête sur l'influent qatari, l'affaire est pour le moins gênante. Il ne faut pas oublier que ce haut magistrat dirige, « en famille », un centre anti-corruption à Doha et Genève, le mystérieux « Rolacc » et, étonnamment, a été nommé par l’ONU pour rechercher les biens mal-acquis d'anciens chefs d’Etat arabes.

Ajoutez à cela, les soupçons de corruption pour la coupe du monde de 2022 et les multiples entorses aux droits de l’homme en cours au Qatar, qu’il devrait pourtant faire dénoncer en tant que procureur général…

En effet, lors du procès à charge contre le militant des droits de l'homme et poète qatari Mohammed al-Ajami, pour « insulte à l'Emir », le procureur général avait nié toute irrégularité dans la procédure. Quand une cour d'appel avait réduit la peine, passant de la perpétuité à 15 ans de prison, le procureur général avait attaqué la cour, affirmant même sur Al Jazeera que le poète méritait la peine maximale.

L’addition s’alourdit

Cette fâcheuse médiatisation a attisée la curiosité des journalistes qui ont fait ressurgir des informations passées sous silence lors de leur sortie, comme cet article du Washington Post, daté de 2007. Ce document révélait les liens du procureur général avec son proche, Ali Saleh Kahlah Al-Marri, alias Abdul-Rahman Al-Qatari.

Ali Saleh Kahlah Al-Marri, membre de la famille du procureur général du Qatar, les Al-Marri Ali Saleh Kahlah Al-Marri, membre de la famille du procureur général du Qatar, les Al-Marri

Or, ce personnage n’est pas n’importe qui.

Saleh Al-Marri a été arrêté en décembre 2001 aux Etats-Unis dans la foulée de la chasse aux terroristes post 11 septembre. Il a reconnu être un important membre d'Al-Qaida et avoir préparé de nouveaux attentats, notamment avec des armes chimiques.

Dans son ordinateur, les agents fédéraux ont trouvé des dossiers intitulés « arène du djihad » contenant des informations sur le cyanure d’hydrogène. Lors de son arrestation, il a également été pris avec plus de 1000 faux numéros de cartes de crédits et des documents d’identités falsifiés.

Avant d'arriver aux USA, Saleh Al-Marri avait travaillé pendant plus de 10 ans comme haut responsable à la Qatar Islamic Bank et comme auditeur « senior » pour le gouvernement qatari. Par ailleurs, l’enquête des autorités américaines a prouvé que Saleh avait eu des contacts avec Khalid Sheikh Mohammed, le planificateur des attentats du 11 septembre. Il a finalement été libéré en 2015, après 13 ans de détention.

L’aide précieuse du procureur général

Et c’est là que le Dr. Ali Ben Fetais Al-Marri entre en scène. En réalité, la libération de son homonyme, avec qui il partage un lien de parenté, n’a pas été décidée par la justice américaine, mais obtenue diplomatiquement en coulisses après de longues tractations menées par un « ami proche » du procureur général.

Selon la presse américaine, le haut magistrat a utilisé tous ses contacts pour obtenir cette remise en liberté. En dernier ressort, grâce à cette aide le membre d'Al-Qaida, a été échangé contre un couple d'américains détenus arbitrairement à Doha. Que justifiait de tels efforts ?

Tout aussi surprenant, à son arrivé à Doha en janvier 2015, Saleh Al-Marri a été accueilli « en héro » par les autorités qataries et a même eu l'honneur de recevoir un appel téléphonique du premier ministre qatari ! Un responsable d'Al Jazeera se félicitera sur Twitter du retour du membre d'Al-Qaida. Il faut dire que la famille Al-Marri est devenue influente…

Le procureur général avait également été très actif en 2008, dans la libération de Jarallah Al-Marri, frère cadet de Saleh détenu, lui, à Guantanamo après avoir été arrêté dans un camps d'entrainement d'Al-Qaida en Afghanistan.

Il a réussi à obtenir son expulsion vers le Qatar à une condition, qu’il soit impossible pour Jarallah de quitter le territoire du minuscule émirat. En violation d'un accord avec les USA, celui-ci a voyagé, sans que le Qatar n'informe ses homologues américains.

Selon une note confidentielle de l’Ambassadeur américain à Doha, dévoilée par Wikileaks, le non-respect des accords conclus n'a pas manqué d'alarmer les services américains. Dans la note confidentielle, un responsable était identifié : le procureur général du Qatar.

L'Emir du Qatar L'Emir du Qatar

Sur fond d'accusations de soutien au terrorisme, cette nouvelle polémique ne manquera pas d'embarrasser Tamim ben Hamad Al Thani, le jeune Emir du Qatar et protecteur du procureur général.

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