Qatar : Le Vice-Président du PSG accusé de financer les Frères Musulmans

Après « Qatar Papers » le livre de Chesnot et Malbrunot, c’est au tour du journal britannique The Times de livrer une charge sans précédent contre le Qatar. Le Vice-Président qatarien du PSG, Adel Mustafawi, qui est aussi un dirigeant de la banque Al Rayan, se retrouve accusé par le journal de financer des groupes proches des Frères Musulmans et du Hamas.

Le Président du PSG et l'Emir du Qatar Le Président du PSG et l'Emir du Qatar

Dans cinq articles précis et documentés publiés le 5 août 2019, le quotidien britannique accuse le Qatar d’utiliser la banque londonienne Al Rayan, détenue par Doha, pour promouvoir la cause islamiste en hébergeant les comptes de 15 organisations liées à des groupes extrémistes radicaux proches des Frères musulmans et de l'organisation terroriste Hamas.

Al-Rayan Bank une banque pas tout à fait comme les autres…

Anciennement appelée Banque Islamique de Grande Bretagne, Al Rayan est une institution financière du Royaume Uni depuis 2004 ; 70% de son capital est détenu par Masraf Al Rayan, la deuxième banque qatarie, et les 30% restants le sont par un fond souverain de l’émirat.

Comme l'indique The Times, Adel Mustafawi, Vice-Président du PSG, est aussi un dirigeant de la banque Al Rayan, en fait son puissant « Group CEO ». Les décisions et pratiques de la banque ne lui sont donc pas étrangères.

En apparence, cet établissement qui remplit toutes les exigences légales, ressemble à tous les autres, à ceci près que les services bancaires qu’elle fournit à ses 85 000 clients sont tous « charia compatibles » et que ses succursales ferment le vendredi après-midi afin de permettre à son personnel de se rendre à la mosquée.

A ceci près encore, que quatre des organisations controversées qu’elle héberge dans son portefeuille clients avaient vu, dès 2007 pour certains, leurs comptes fermés ou gelés par plusieurs banques qui suspectaient des liens avec des extrémistes : HSBC, Barclays, NatWest et Lloyds TSB.

Des clients pas comme les autres…

La mosquée de Finsbury Park

Dans les organisations controversées citées par The Times figure la mosquée de Finsbury Park, ayant longtemps appartenu à ce qui était nommé à l’époque le « londonistan ». Fief du terroriste, Abou Hamza, aujourd’hui incarcéré aux Etats-Unis pour terrorisme, elle a été fermé en 2003 puis a été réorganisée. Finsbury Park a été rouverte 2005.

Son administrateur jusqu’en novembre dernier, Mohammed Sawalha, fait partie du bureau politique du Hamas et a été cité dans un procès aux Etats-Unis comme un ancien commandant militaire en Cisjordanie.

HSBC, qui n’est pourtant pas une banque réputée pour être très regardante, a, en 2014, fermé les comptes de la mosquée de Finsbury Park au motif que « la fourniture de services bancaires ne relevait pas de leur politique de risques ». Dans la foulée, HSBC a été accusée d’islamophobie…

HHUGS

En ces temps où la communauté internationale dit lutter pied à pied contre le terrorisme, Helping Households under Great Stress, (HHUGS), littéralement, aider les ménages sous un stress important, propose « un soutien et des conseils financiers, émotionnels et pratiques » aux familles victimes d’être accusées d’infractions terroristes…

Cet organisme de bienfaisance enregistré au Royaume Uni en 2010 est soutenu par des imams, des prédicateurs et des érudits, dont le docteur Haitham Al-Haddad. Malmené à maintes reprises dans la presse britannique, Al Haddad, bien conseillé, a toujours gagné les procès en diffamation qu’il a intenté.

Néanmoins, les banques Lloyds TSB et HSBC ont fermé les comptes d’HHUGS en 2007 pour la première et 2012 pour la seconde. En retour, les deux banques ont été accusées par « l’organisme de bienfaisance » de « bigoterie et de préjugés ».

NECTAR TRUST

Le nom de cette ONG est assez peu connu, cependant, son ancienne appellation, Qatar Charity UK, a fait, elle, l’objet de nombreux articles peu élogieux dans la presse, récemment dans l'excellent livre Qatar Papers et dans le Sunday Telegraph, qui a révélé que les autorités britanniques avaient enquêté sur l'ONG.

Elle a été soupçonnée comme son organisation mère, Qatar Charity Doha, d’être l’instrument financier des Frères musulmans pour islamiser l’Occident et y imposer l’islam politique et la charia. Elle a aussi été pointée du doigt pour le financement de groupes terroristes tel Al-Nosra.

The Times dénonce la passivité du gouvernement britannique

Dans un éditorial accompagnant les articles, The Times s’interroge : comment le Qatar peut-il financer en toute impunité des groupes extrémistes, proche d'éléments terroristes et/ou antisémites, violents, homophobes dans toute l’Europe ?

Il dénonce : « Le Qatar semble être engagé dans une double stratégie diplomatique. Utilisant ses vastes ressources pétrolières, il investit dans les pays occidentaux tout en poursuivant ses objectifs idéologiques en promouvant des mouvements extrémistes au niveau international. C'est inacceptable. Le Qatar doit choisir entre une alliance ou une opposition avec l'Occident, et s'il choisit à tort, il doit être isolé. »

Il poursuit : « Ce qui est une question d'intérêt public, c'est qu'un État avec lequel le Royaume-Uni entretient des relations amicales permette à des organisations islamistes de promouvoir une idéologie hostile et anti-occidentale. »

Le quotidien britannique a indéniablement raison, ces révélations sur Al Rayan sont plus qu'intéressantes. Pour le PSG, l'implication de son Vice-Président Adel Mustafawi dans cette banque devrait ouvrir un débat en France. Le premier club de foot français peut-il être associé au fondamentalisme islamiste ?

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