En Somalie, le Qatar commandite un attentat terroriste

Après les révélations du Wall Street Journal sur le laxisme du Qatar envers Khalifa Al Subaiy, financier d’Al-Qaïda, c’est le New York Times qui explique comment Khalifa Kayed al-Muhanadi, homme d’affaires proche de l‘Émir du Qatar, a commandité un attentat à l’État Islamique pour faire fuir des investisseurs de Dubaï. Décryptage.

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L’article du New York Times ne devrait pas améliorer la réputation du Qatar, régulièrement pointé du doigt pour son soutien au terrorisme.

Dans un enregistrement secret obtenu par le journal américain, Khalifa Kayed al-Muhanadi, homme de confiance de l’Émir du Qatar, expliquait à l’Ambassadeur du Qatar en Somalie comment un attentat à Bosaso avait été planifié en vue de développer les « intérêts du Qatar » en ciblant des investisseurs de Dubaï.

Le 18 mai 2019, soit une semaine après l’attaque menée par une filiale de l’État Islamique en Somalie, l’homme d’affaires affirmait donc à son Ambassadeur « les bombardements et les meurtres, nous savons qui sont derrière », avant de préciser que l’attaque avait pour but de « faire fuir les gens de Dubaï ».

Pire encore, al-Muhanadi, qui voyage régulièrement avec l’Émir du Qatar, ira même jusqu’à dire à l’Ambassadeur « nos amis étaient à l'origine des derniers attentats ». Comme le note le New York Times, le diplomate n’a aucunement protesté lors de la conversation et ne semblait pas mécontent de l’implication du Qatar dans l’attaque.

Interrogé par le New York Times, le diplomate qatari a, dans un premier temps, nié connaître al-Muhanadi avant de rapidement raccrocher le téléphone. Par la suite, le gouvernement du Qatar n’a pas contesté l’authenticité de l’enregistrement mais a tout simplement déclaré qu’il s’agissait d’une banale conversation entre « simples citoyens ».

Comme l’explique Jonathan Schanzer, ancien expert du financement du terrorisme au département du Trésor des États Unis :

« Cela faisait longtemps que de nouvelles preuves du financement du terrorisme par le Qatar n’étaient pas fournies. Je me demandais s'ils avaient franchi un cap ou étaient devenus plus prudents. Il s'avère que rien n’a changé. Même régime. Mêmes tactiques. Même financement du terrorisme. »

Ali Bin Fetais Al-Marri, le Procureur Général du Qatar francophile, pourra-t-il enquêter librement sur ce nouveau scandale ?

Cela semble peu probable. Comme nous l’avions expliqué l’année dernière, Ali Bin Fetais Al-Marri avait lui-même aidé des membres de sa famille qui avaient rejoint Al-Qaïda.

Face à ces nouveaux éléments accablants, il serait intéressant de mettre en place une commission d’enquête auprès de l’ONU. Le Qatar, à n’en pas douter, utilisera une nouvelle fois ses milliards pour blanchir sa réputation.

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