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Billet de blog 23 août 2019

Le Procureur Général du Qatar censure sa page Wikipédia

Le premier homme de droit du Qatar, Ali Bin Fetais Al Marri, n'a visiblement pas apprécié les révélations successives concernant ses luxueuses propriétés à Paris et Genève, tout comme ses liens avec des membres de sa famille partis rejoindre Al-Qaïda. Hier, toutes les références critiques sur sa page Wikipédia ont mystérieusement disparues. Analyse.

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Un Procureur Général qui multiplie les scandales

Ces dernières années, les journalistes ont multipliés les enquêtes sur le Procureur Général du Qatar, révélant des pratiques douteuses sur un homme censé être irréprochable.

L'année dernière, Le Point révélait qu'Ali Bin Fetais Al Marri était l'heureux propriétaire, via la SCI française IENA 86, d'un hôtel particulier au cœur de Paris. Le magazine demandait comment un fonctionnaire, rémunéré autour de 12,000 euros par mois, avait pu s'acheter un bien d'un montant de 9.6 millions d'euros, soit 800 années de salaire. Une affaire de biens mal acquis qui aurait pu intéresser la justice française.

Le Point expliquait de façon précise une situation grotesque qui ressemble à une blague de mauvais goût :

« Côté pile, Ali Bin Fetais Al-Marri, 54 ans, procureur général du Qatar depuis 2002, lutte sans relâche contre la corruption à la tête du Rule of Law and Anti-Corruption Center (ROLACC) à Genève. Il préside également l'Association internationale des autorités anti-corruption (IAACA). Enfin, il a été nommé représentant spécial auprès de l'ONU sur le dossier des « biens mal acquis ». Côté face, ce haut fonctionnaire, appartenant à une petite tribu du Qatar, les Al-Marri, ne possède (théoriquement) pas de fortune personnelle. Malgré tout, il a pu acquérir en 2013 un hôtel particulier de trois étages avenue d'Iéna à Paris pour 9,6 millions d'euros. »

Cette année, le journal suisse 24 Heures affirmait que le procureur qatari, étonnamment officiellement domicilié à Genève, s'était offert un palais dans le quartier le plus prestigieux de Genève, avec vue sur le lac Léman.

Selon le journaliste, « le procureur général de l'émirat, Ali al-Marri, dépense des millions pour sa résidence dominant le lac. Il se pose en chantre de la transparence, mais ses sources de financement restent opaques ».

En parallèle, les liens entre Ali Bin Fetais Al-Marri et deux membres de sa famille partis rejoindre Al-Qaïda avaient été rappelés au public.

Pas de liberté d'expression au Qatar

Face à la multiplication des scandales, la réputation du Procureur Général en Europe et aux USA est désormais désastreuse. Les mauvaises pratiques du procureur ternissent aussi la réputation du Qatar et de son Emir. Plutôt que de démissionner, Ali Bin Fetais Al-Marri semble avoir choisi une autre option pour améliorer son image : la censure.

Le 21 août 2019, un contributeur anonyme du nom de « 2a01:e35:2fb2:d420:2186:9dba:498c:239d » a tout simplement supprimé toutes les sections évoquant les controverses du Procureur Général du Qatar sur sa page Wikipédia, pourtant mentionnées dans des médias réputés.

Pour le moment, la page Wikipédia anglaise du procureur demeure dans sa version non-censurée. Cette page avait déjà été attaquée de manière radicale par un contributeur du nom de « IAACA4 » et de plusieurs adresses IP basées à Doha. IAACA4, il faut le préciser, correspond à l'International Association of Anti-Corruption Authorities, dirigée par Ali Bin Fetais Al Marri…

Les modérateurs de Wikipédia pourront-ils rétablir une version crédible de la page d'Ali Bin Fetais Al-Marri ? L'hagiographie du procureur va-t-elle demeurer en ligne ?

D'après Reporters Sans Frontières, le Qatar est classé 128ème dans son index de la liberté de la presse, derrière le Zimbabwe, l'Afghanistan ou le Congo-Brazzaville, évoquant « un système de censure draconien ».

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