Lutte contre la corruption : le Qatar donne des leçons…

Le 25 septembre, se tiendra à Genève une conférence qui aura pour thème : « ISO 37001, est-ce que votre organisation est bien protégée contre la corruption ? » Et, cette manifestation est organisée par… le centre anticorruption qatari (ROLACC) ! On croirait presque à une plaisanterie tant le Qatar ne paraît pas le mieux placé pour disserter sur un tel sujet.

A gauche, le procureur général du Qatar et président du ROLACC A gauche, le procureur général du Qatar et président du ROLACC

Pour bien saisir l’incongruité de la situation il faut savoir que l’Organisation internationale de Normalisation (ISO) crée des normes internationales depuis 1947, elle en a produit à ce jour plus de 19 500 utilisées dans plus de 165 pays, ces normes concernent de nombreux domaines tel que la sécurité routière ou les codes informatiques. La norme ISO 37001 touche, elle, à la corruption afin de : « prévenir, de détecter, de traiter les problèmes par le biais de l’adoption d’une politique de lutte contre la corruption, de la désignation d’une personne chargée de superviser la conformité de ses mesures… »

Et, pour bien « prévenir, détecter, traiter les problèmes, lutter contre la corruption… » le Qatar a choisi son homme, son « monsieur anticorruption », il s’agit d’Ali Bin Fetais Al-Marri, qui est tout à la fois, procureur général de l’émirat, patron du ROLACC et avocat spécial auprès de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Avec tant de si prestigieuses et honorables fonctions, la personnalité es-qualité devrait, à tout le moins, être bien au-dessus de tout soupçon.

Or, il n’en est rien. A plusieurs reprises, Ali Bin Fetais Al-Marri a été épinglé dans la presse pour ses acquisitions immobilières à Paris et à Genève. Des acquisitions aussi luxueuses qu’elles demeurent opaques. Sa réputation a été si altérée que le procureur général a été jusqu’à tenter de censurer sa page Wikipédia en y ôtant toutes les références critiques. Peine perdue, aussitôt noyée, les mésaventures du patron du ROLACC ont refait surface sur le média participatif.

Et, malgré ces faits peu élogieux, Ali Bin Fetais Al-Marri organise cette conférence pour expliquer comment une organisation doit se protéger contre la corruption et comment elle peut satisfaire à la norme ISO 37001. S’est-il un instant demandé s’il pouvait s’appliquer ces règles à lui-même ou les faire exécuter par son pays dans le cadre, par exemple, du Mondial 2022 où les scandales financiers s’accumulent ? Apparemment pas…

Il sera donc intéressant à plusieurs titres de se rendre à la conférence du 25 septembre. D’abord pour pour écouter le procureur du Qatar et voir comment Ali Bin Fetais Al-Marri arrive à surmonter ses propres contradictions. Il sera tout aussi passionnant d’écouter les conseils qu’il ne manquera pas de proférer. Mais ce jour-là, le patron du ROLACC ne sera pas seul, il sera assisté dans sa tâche par quatre spécialistes de la lutte anticorruption. Il s’agit de : Malika Aït-Mohamed Parent, qui travaille aussi pour le ROLACC, d’André Caria, de la Fédération Internationale de la Croix Rouge, de Dejan Jasnic, fondateur de ABC Transparency et de Philippe Montigny, Président d’ETHIC intelligence.

Ces quatre experts ont-ils conscience que leur participation cautionne le blanchiment de l’image du procureur général et de son pays à l’heure où le Qatargate bat son plein ?

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