Jamal Khashoggi : cachez cette exécution que l’on ne saurait voir !

L’exécution du journaliste Jamal Khashoggi dans les locaux mêmes du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul par un commando d’assassins envoyé par Riyad, est une atteinte sans précédent à la dignité de la vie humaine, aux droits de la presse, mais aussi aux principes diplomatiques les plus élémentaires.

Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (10 avril 2018) © YOAN VALAT / POOL / AFP Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (10 avril 2018) © YOAN VALAT / POOL / AFP
On a franchi un cap dans la barbarie en Arabie Saoudite. Le pays, régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits de l’Homme et classé 169e au classement RSF sur la liberté de la presse, continue de s’enfoncer dans l’autoritarisme et la répression aveugle. Des pratiques jusque ici limitées au sol saoudien, mais que le nouveau despote local, le prince-héritier Mohammed ben Salmane, semble vouloir transgresser.

Et ce n’est pas l’Occident qui va montrer au tyran saoudien quelque limite que ce soit. L’assassinat, dans des conditions terrifiantes de sadisme selon des sources policières turques, d’un éminent journaliste (Jamal Khashoggi était notamment le correspondant du Washington Post) sur le sol d’un pays étranger et au sein d’une représentation diplomatique, a engendré une indignation universelle… qui se limite malheureusement aux journalistes et aux simples citoyens.

Les gouvernements occidentaux, européens et américains en tête, se sont pour l’heure contentés de communiqués sibyllins, faisant même semblant de croire la version inique présentée par Riyad et selon laquelle Jamal Khashoggi serait sorti vivant du consulat. On connait tous les moyens de pression dont possèdent l’Arabie Saoudite et MBS, mais le laisser-faire ne peut mener qu’à une fuite en avant.

Depuis son arrivée de facto au pouvoir, le jeune prince héritier a mené des purges inédites dans le monde politique saoudien (plus de 3'000 arrestations), mais il a aussi raflé, en moins d’un an, et sans procès, plus de quinze journalistes selon RSF. Des arrestations massives de journalistes qui viennent se greffer sur une situation déjà catastrophique en termes de liberté de la presse. Les devanciers de MBS étaient déjà des ennemis de la presse, lui se mue en assassin de journalistes.

Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné en Turquie © [Beforeitsnews.com/Facebook Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné en Turquie © [Beforeitsnews.com/Facebook
Les actions des nervis du régime saoudien, envoyés à Istanbul pour un assassinat ciblé et prémédité, montrent la vraie nature de celui qui tentait de faire passer une image de modernité. Prétention à la modernité, associée à des atrocités sans nom : un mélange que le monde arabe a déjà connu par le passé avec les Sadam Hussein et autres Mouammar Kadhafi. L’Histoire a fini par se faire justice.

Pour mieux comprendre qui était Jamal Khashoggi et pourquoi il a été assassiné, il suffit de lire un extrait d’un de ses articles pour le Washington Post :

«MBS semble faire bouger le pays d’un extrémisme religieux d’une autre époque vers son propre extrémisme +Vous devez accepter mes réformes+, sans aucune consultation et avec des arrestations et des disparitions de ses détracteurs. Son programme ignore-t-il la plus importante des réformes, la démocratie?».

Une critique mesurée et argumentée en même temps qu’un appel à la démocratie. Insoutenable pour MBS qui a préféré le liquider… avec la complicité passive de l’Occident.

 

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