Disparition de Jamal Khashoggi : l’implication saoudienne se précise

Jamal Khashoggi, journaliste de nationalité saoudienne, aurait été tué le 2 octobre dernier dans le consulat saoudien d'Istanbul. L’homme de 59 ans était connu pour être en opposition frontale au régime des Saouds.

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S’il a bien accueilli l’arrivée au pourvoir du prince héritier Mohammed ben Salmane en 2016, il a rapidement repris son rôle d’opposant, en dénonçant notamment la personnification de l’état et la concentration des pouvoirs entre les seules mains du prince.

Le mardi 2 octobre, Jamal Khashoggi est au consulat saoudien stambouliote pour des raisons administratives. Il souhaite régler des questions liées à son futur remariage avec une femme de nationalité turque. Selon cette dernière, une sympathisante de Fethullah Gülen, intellectuel turc connu pour son opposition croissante à Erdogan, il n’est jamais ressorti du bâtiment. Jamal Khashoggi l’avait chargé de prévenir les autorités d’Ankara en cas de problème. Deux versions s’opposent, celle des Turques, qui confirment que rien ne laisse songer à ce que le journaliste ait quitté les lieux et celle de Riyad qui s’époumone à affirmer qu’il a quitté le consultât sans encombre et peu après son entrée dans le bâtiment. 

Le 6 octobre, des médias citent des responsables turques le considérant comme ayant été assassiné à Istanbul, dans le consulat saoudien. Riyad a rapidement contesté ces allégations, les qualifiant « d’infondées ». Rapidement la police turque confie qu’un groupe de 15 saoudiens est arrivé dans la ville le 2 octobre, jour de la visite du journaliste, à 4h48 en jet privé. Certains médias turcs affirment clairement que le groupe en question est un commando des forces spéciales dépêché dans le seul but d’assassiner l’opposant. A 10h50, ce groupe aurait pénétré dans le consulat après avoir quitté un hôtel une heure plus tôt. A 13h14, Khashoggi serait entré dans le bâtiment. Les hommes auraient ensuite quitté les lieux à bords de deux véhicules -l’un avec une immatriculation turque, l’autre avec une plaque diplomatique - à 15h08 avant de quitter leur hôtel à 20h11 pour retourner dans leur jet.

Le Washington Post a affirmé que les autorités turques auraient annoncé à leurs homologues états-uniens être en possession d’enregistrements sonores mais aussi d’images montrant les supplices et l’exécution sommaire de Khashoggi. Samedi 13 octobre, Abdel Aziz ben Saoud ben Nayef a déclaré à ce propos que « ce qui a été rapporté au sujet d’ordres de le tuer est un mensonge et une allégation infondée ». Selon plusieurs sources concordantes, non encore confirmées, Al-Qahtani, un -très- proche conseiller du prince Mohammed ben Salmane AL SAOUD, serait impliqué dans l’affaire. Les mêmes sources décrivent la présence d’un médecin, spécialiste des interrogatoires, et d’un pilote des services saoudiens. Enfin, le chef opérationnel de ce commando serait Maher Abdulazie Al-Mutrib, un colonel des services de renseignement du royaume ayant travaillé deux années à l’ambassade de Londres.

 

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