La BNP et ses impôts

"Une piètre performance » dans le CIB en 2018, mais de bonnes nouvelles en provenance de la plus grande banque européenne. Notamment pour le FISC.

Le pire n’est décidemment jamais sûr.

Certes, la BNP avait annoncé en février une « très forte baisse de ses revenus dans le CIB (Corporate & Institutional Banking) au dernier trimestre 2018 et une piètre performance sur l’année », mais voilà que S&P Global Ratings vient de relever la note de crédit long terme de la banque de A à A+ et la perspective est stable.

La banque française avait également annoncé une hausse de l’activité en 2018 (+ 3,9 % pour les encours de crédits), une bonne résistance des revenus des pôles malgré le contexte de taux bas et de marchés défavorables (PNS des pôles opérationnels à - 0,4 %), une baisse du coût du risque (- 4,9 %) et des coûts dans les réseaux de détail et CIB (coûts des pôles opérationnels à + 1,7 %) ou encore une bonne résistance du résultat net part du groupe (7 526 M€) et du dividende par action (3,02€). En somme, un « bilan très solide ».

De bonnes nouvelles pour le FISC français

Des chiffres positifs qui ne concernent pas que les clients ou les actionnaires. Selon le classement établi par l’Obs dans son édition du 7 février, le champion bancaire national affiche également l’une des plus fortes « empreintes fiscales » du pays. Avec 4,2 milliards d’euros de prélèvements obligatoires payés en 2017, la banque joue décidément « le jeu de la solidarité nationale ». Elle occupe en effet la deuxième place dans le classement de l’Obs, derrière le Crédit agricole (5,8 milliards) et devant Vinci (3,8 milliards). Avec 1,4 milliard d’euros payé en 2017, le groupe LVMH arrive quant à lui en tête des contributeurs au titre de l’impôt sur les sociétés.

Alors que la question de la fiscalité est depuis quelques mois au cœur de l’actualité, ces chiffres montrent que la réussite des entreprises ne s’oppose pas à la justice fiscale. Elle en est au contraire l’une des conditions indispensables. Ainsi, si « la France est un pays où les inégalités sont parmi les plus faibles des pays riches », comme l’explique Noam Leandri, ancien président de l’Observatoire des inégalités, c’est grâce à un système combinant haut niveau de prélèvement et haut niveau de transferts.

Autrement dit, sans création de richesse, pas de redistribution possible. Un raisonnement simple qu’il convient pourtant de rappeler. « Le fait que les entreprises communiquent sur leur empreinte fiscale montre qu’elles commencent à comprendre l’attente citoyenne et l’inquiétude que nous avons face à un impôt de plus en plus déconnecté de la réalité économique », estime dans les pages de l’Obs Quentin Parrinello, expert pour l’ONG Oxfam.

L’« empreinte fiscale » deviendra-t-elle à terme un indicateur privilégié en matière de RSE ? La BNP semble en tout cas s’y préparer.

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