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Billet de blog 2 oct. 2019

Emirats Arabes unis : MBZ, Machiavel prince du désert

Le jeune souverain saoudien qui essuie de fortes critiques dans l’opinion publique internationale en particulier depuis le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi et les attaques contre les civils au Yémen ; MBZ tire jusque-là ses marrons du feu, mais jusque quand ?

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Jusque récemment les agendas stratégiques des deux frères siamois du golfe que sont l’Arabie saoudite et les émirats arabes unis étaiements alignés, mais le très stratège Mohammed Ben Zayed, émir d’Abu-Dhabi, semble prendre ses distances vis-à-vis de Ryadh et de ses alliés occidentaux. À contrario du jeune souverain saoudien qui essuie de fortes critiques dans l’opinion publique internationale en particulier depuis le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi et les attaques contre les civils au Yémen ; MBZ tire jusque-là ses marrons du feu, mais jusque quand ?

L’image de l’émirat reste positive non seulement à la faveur de la coopération économique et militaire avec les principaux pays européens et les états unis dans lesquels il investit des sommes considérables pour gagner en influence et soigner son image par agences de communication interposées. Les occidentaux ménagent ce richissime partenaire qui investi non seulement de gros actifs dans leurs pays, mais qui s’est montré jusque là un allié très actif sur différents théâtres d’intervention militaire au Moyen-Orient comme en Afrique.

Cependant on assiste depuis quelques semaines à une autonomisation de l’agenda émirati qui poursuit sa propre ambition, notamment autour de la corne de l’Afrique, devenant ainsi une sorte de Sparte arabe dont les prouesses militaires sont considérables pour un si petit État. Au-delà cette ambition portée par ce Machiavel du désert, le « Prince » MBZ, les agissements s’écartent des intérêts occidentaux. Le conflit au Yémen, ne joue pas en faveur de la stabilité de la région, et contribue même à renforcer le terrorisme islamiste par la croissance d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique en même temps qu’il écorne l’image des pays occidentaux dont la France qui se voit critiquée pour sa complicité présumée de crime de guerre notamment par l’emploi d’armes françaises ou son soutien logistique dans cette zone de guerre. Notre pays est nommément cité par des rapports officiels d’organisations non gouvernementales ou encore de l’ONU, comme enfreignant les traités sur les armes que la France a pourtant ratifié. En contradiction flagrante avec l’image progressiste et libérale qu’il souhaite donner de lui, l’émirat se sert en réalité des transferts de technologie acquis auprès de ses partenaires occidentaux comme les États-Unis pour surveiller journalistes, opposants politiques ou simples citoyens sur son territoire comme à l’extérieur. Le pays n’hésite pas à bafouer les droits de l’homme non seulement sur le plan d’actes de torture qu’il semble avoir commis au Yémen en 2017, mais également sur le plan de la gestion des libertés publiques à l’intérieur même de ses propres frontières.

Un tel allié ne peut à terme, qu’entacher l’intégrité de notre pays et les valeurs fondamentales qui sont les siennes. De nombreuses voix s’élèvent désormais pour l’arrêt de vente d’armes vers les émirats arabes unis et l’Arabie Saoudite que les millions d’euros de contrats commerciaux engagés ne sauraient plus justifier. Il en va de l’honneur de la France, comme de ses propres intérêts stratégiques, qui ne se conjuguent pas toujours avec ceux de ces deux pétromonarchies aux ambitions belliqueuses de plus en plus affirmées.

Sam GELOBTER

Journaliste Indépendant

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